Glossaire journalistique

Ce glossaire comprend un lexique du champ médiatique. La plupart des définitions[1] sont écrites à partir de celles des journalistes Jean Luc Martin-Lagardère (« Les différents genres journalistiques in Le Guide de l’écriture journalistique, 1984, réed. 2003 : 91-132) et Jacques Mourilland (« la gamme des genres journalistiques » in L’écriture journalistique, 1997 : 50-75).

L’analyse de fond : C’est un article assez long, présentant une argumentation et dépassant le cadre évènementiel court pour se situer au niveau des principes et des problèmes structurels. Signé par un collaborateur en vue et figurant en très bonne place dans le journal, il constitue ce que le journaliste et écrivain Bernard Voyenne désigne en 1967 désigne sous le vocable anglo-saxon de « leader » : « son ton se rapproche de celui de l’éditorial, mais contrairement à ce dernier, il n’exprime pas nécessairement la position collective de l’organe qui le publie (in Bonnafous, 1993 : 91).

Le billet d’humeur : court article d’humeur sur un fait ou une question d’actualité, caractérisé par sa concision et une chute inattendue : humoristique, impertinente, paradoxale, affective, etc. Cette écriture se justifie d’abord par une volonté de donner une opinion, de mettre au service du lecteur son savoir, sa perspicacité et sa documentation. Le billet d’humeur exprime sous une forme très personnalisée, l’opinion d’un membre du journal. Il engage le journal tout en permettant plus d’écart que l’éditorial.

Brève/Dépêche/Filet : Très lue, la brève est la plus petite information de la presse possible. Sans aucune marque formelle du locuteur, elle se présente comme la reproduction d’une dépêche d’agence parfois même la dépêche telle quelle. Elle va au maximum jusque 500 signes contrairement au filet, un peu plus développé qui peut aller jusque 1000 signes. C’est donc l’information brute, sèche, ramassée en un minimum de mots. Longtemps, parce qu’elles étaient réputées « faciles à faire », elles étaient traitées rapidement dans les rédactions. La brève, peut également être une reproduction identique ou quasi identique d’une dépêche de presse communiquée par une agence de presse. La règle de base étant de se tenir presque toujours à un éclairage factuel faute d’avoir la place d’argumenter selon un autre angle. Avec la brève, on dit qui, où, quand. Si on sait comment et/ou pourquoi, on passe de la brève au filet.

La chronique : Il existe deux sortes de chroniques : – article publié à intervalles réguliers, mais pas forcément dans chaque numéro du journal, sur un thème donné : littérature, philatélique, historique… ; – commentaire libre, réflexions sur l’actualité, revenant à intervalles réguliers sous la signature d’un collaborateur, généralement renommé. Prises de positions et avis très personnels. La chronique est le lieu par excellence où le rédacteur peut prendre un peu de cette distance qui manque tant à ses confrères qui couvrent l’actualité. La chronique peut être confiée à une personnalité extérieure au journal.

Le compte-rendu : Dans cette étude, retranscription d’un procès (audience ou jugement). Il n’y a pas de limites de taille. C’est un genre journalistique « faux-ami ». Pratiqué à l’excès dans beaucoup de médias, il a l’apparence de l’objectivité. L’auteur, en effet, en est aussi absent que possible, reprenant la plupart des évènements ou des propos dont il a été témoin, souvent dans l’ordre chronologique. Dans trop de compte-rendus, ce n’est pas le journaliste, terriblement absent, qui hiérarchise l’information, mais bien ceux dont il a suivi ou enregistré les propos. Il n’est pas loin de jouer le rôle de simple magnétophone.

Le courrier/la lettre des lecteurs : Souvent utilisée pour valoriser le journal. On choisit de publier les lettres les plus élogieuses ou celles qui confortent la ligne choisie par la publication. À la limite, s’il n’en reçoit pas, le journal peut les écrire lui-même. Mais l’autosatisfaction est une pratique dont certains commencent à se méfier. C’est plus une nécessité commerciale (montrer qu’on tient compte de l’avis du lecteur) qu’une rubrique reflétant la réalité des opinions exprimées.

La critique : La critique est le commentaire d’un produit, d’une manifestation dans le domaine des arts et de la culture (films, livres, expositions etc.). Elle évalue les différents aspects (originalité, talent) d’un produit pour éclairer sur sa qualité et son intérêt. Il est bon que le critique connaisse bien le milieu concerné, pour apporter des éclairages complémentaires inédits. La subjectivité est de mise en matière de critique au grand dam des artistes. Cependant, la critique ne peut se dispenser d’un minimum de présentation de l’œuvre concernée qui doit être aussi neutre que possible. La bonne critique s’appuie sur une vraie connaissance du genre littéraire, cinématographique, etc. concerné, des œuvres d’auteurs proches. Elle compare, elle rapproche, elle dissèque. Hélas, le plus souvent, on n’est pas très loin du communiqué de presse diffusé par l’émetteur du produit à critiquer. Néanmoins, elle sait se reconstruire hors de la pression de l’actualité. Pour exemple, l’Almanach critique des Médias de Mehdi Ba et Olivier Cyran (2005) critique sur « l’actualité ».

L’éditorial : Article prenant position sur un fait d’actualité et engageant la responsabilité morale du journal. Il s’agit donc de la position commune de l’ensemble du journal. C’est l’article d’opinion par excellence. Les mots sont forts, le rythme de la phrase soigné. Souvent, le rédacteur le rompt pour marteler ses arguments. L’éditorial doit jouer un rôle noble : défense d’une idée, d’une personne ou d’un groupe de personnes, éveil des consciences sur telle ou telle situation, etc. Il peut aller de la profession de foi à l’appel public en passant par l’agitation, la dénonciation d’un fait ou d’une situation, ou le coup de gueule indigné. L’éditorialiste signe toujours son article (de son nom, de celui du journal ou d’un pseudonyme collectif), qui est parfois accompagné de son portrait photo.

Lettre ouverte : souvent engagé, ce texte destiné à une ou plusieurs personnes en particulier, est exhibé publiquement afin d’être lu par un plus large groupe. La lettre ouverte ose et se risque sur des sujets d’actualités controversés. Pour exemple, celle, pertinente, de l’avocat luxembourgeois Gaston Vogel (proche de Marius D. Sterio) reprise dans l’ouvrage Dans la Tourmente Judiciaire de 1962 a nos jours, Gaston Vogel Luxembourg (2010), « Lettre ouverte a Frieden, l’homme aux cameras de surveillance – A propos de la nécessite d’enregistrer les interrogatoires ». Cette lettre ouverte illustre une liberté d’opinion et de critique (désormais appelée « liberté d’expression ») rare pour être soulignée. Destinée au ministre de la Justice , la lettre a suscité en 2010 déjà, en temps de transition digitale, des interrogations bouleversantes sur les conséquences societales risquées d’une justice robotisée avec un excès de cybersurveillance (Qui plus est, sans considérer l’acteur majeur de la justice qu’est l’algorithme !).

L’interview : Elle donne à entendre ce que tel ou tel peut avoir à dire sur un sujet. L’interview est facile à lire, car souvent elle est de taille courte ou moyenne et que l’alternance des caractères différents pour marquer les questions des réponses facilite l’entrée du lecteur dans le texte. En apparence, c’est un exercice relativement simple à mener. Le risque principal étant celui de la banalité du propos. Contrairement à l’apparence, l’interview est un genre difficile à mener. Elle suppose une première phase de documentation bien menée et une connaissance du domaine, du sujet, du vocabulaire dont l’interviewé va renseigner. Une grande partie du talent de l’interviewer tient dans son sens de la psychologie, et notamment par le choix de ses questions ouvertes ou fermées, la relation de mise en confiance qu’il crée, etc.… Toutefois, la généralisation de l’interview téléphonique, moyen de recueil plus économique et rapide peut biaiser l’interview. L’interaction paraverbale absente, la communication ne sont plus la même.

Le portrait : Article dressant la personnalité d’une personne connue ou non, à travers ses caractéristiques : biographie, activités, déclarations, manière d’être, apparence physique… Le propos du genre est de donner de la chair à un individu, de saisir au-delà de données conventionnelles d’un curriculum vitae la vie, les ruptures, les motivations, etc. Il peut être présenté sous des formes et des longueurs très différentes.

Le programme TV : Dans la PQN, il présente souvent ce qui sera diffusé le jour même dans les différents programmes de la télévision généraliste à des heures de grande écoute, généralement en début de soirée.

Reportage/enquête : Il suppose un déplacement sur le terrain du journaliste ou du correspondant ; il comprend très souvent un ou plusieurs interviews et est toujours assorti de commentaires, plus ou moins explicites, du locuteur. L’enquête et le reportage rassemblent dans un même article des informations d’ordre différentes émanant de lieu différent. Comme le note Jacques Mouriquand, dans une synthèse sur l’écriture journalistique, la difficulté à distinguer les catégories est particulièrement visible dans les médias écrits contemporains où règne une confusion des genres pernicieuse. Jacques Mouriquand prend l’exemple des fréquents emprunts au reportage dans l’enquête : « S’il en résulte assurément un agrément de lecture, la rigueur de la démonstration peut s’en trouver affaiblie » (1997 : 73). Pour le journaliste, un article « ne peut être décliné que sur un seul genre journalistique » (ibid.). Aussi, un risque majeur de confusion des genres trouve son origine avec les découpages de genre entre l’enquête et le reportage. En effet, leurs ambitions n’ont aucun rapport commun. En effet, pour lui, proposer à la fois de montrer (genre du reportage) et de démontrer (genre de l’enquête) amène à « rompre le contrat avec son lecteur [qui] ne comprendra plus très bien si l’on sollicite sa perception ou son sens logique » (id.).

L’article de Une : Il s’agit d’une information d’accroche, de la première information que le quotidien va présenter et qui donne un ton à l’actualité du jour. Le plus souvent l’article de Une est développé dans les pages intérieures du journal.


[1]             Toutes les définitions mis à part celles qui ne sont pas recensées dans aucun des deux ouvrages à savoir : l’analyse de fond qui sera défini par Bernard Voyenne, le programme télévision et la Une.

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