Hommages – Marius – Guy Godefroid

Discours tenu le 18 octobre 2006 au crématorium de Hamm à la cérémonie d’Adieu de mon frère et ami Marius; par Guy Godefroid

Marius, mon frère, mon ami,

 l’effroyable ironie du sort a voulu que tu trouves la mort dans un accident de train, toi qui avais une confiance quasi-absolue  dans les moyens de transport en commun. D’autre part, chacun sait que tu n’étais pas non plus homme à mourir sagement  dans ton lit !

 Je n’ai pas l’intention de vous resservir ici les dates importantes de la vie tellement remplie d’un ami défunt, dates que vous  trouverez dans tous les journaux luxembourgeois de ces derniers jours, mais j’évoquerai plutôt quelques aspects de sa  personnalité, de l’homme qui se cachait derrière ces données brutes.

 Oui, tu étais ce qu’on appelle communément un personnage, un homme comme on n’en rencontre pas tous les jours. Tu  n’étais pas un « Herr Jedermann », un monsieur Tout le Monde. Tu haïssais la banalité, le commun, la vie bien tranquille du  petit-bourgeois installé. De ta manière de te vêtir, de te mouvoir jusqu’à ta façon de parler : tout était au-delà de  l’ordinaire. Tu ne craignais pas de déplaire ; voilà pourquoi tu ne faisais pas non plus toujours l’unanimité. Et c’est ce     courage et cette honnêteté envers toi-même qui m’ont le plus impressionné le jour où nos chemins se sont croisés.

« La fidélité est une qualité morale » écrit le philosophe français Henri Comte-Sponville. Cette qualité rare, tu l’exerçais tant envers toi-même qu’envers tes proches. Jamais je n’ai eu le moindre doute en ton honnêteté, en ta franchise. Tu étais un homme en qui l’on pouvait avoir confiance, tu n’avais qu’une seule parole !

Fidèle, tu l’étais aussi à tes convictions. Lutteur infatigable pour une plus grande justice sociale, tu étais présent sur tous les chantiers où des hommes œuvrent pour l’amélioration matérielle et morale de l’humanité. Tu étais un combattant farouche du fascisme, de l’antisémitisme et du dogmatisme, pour ne citer que ceux-là.

En témoignent tes activités auprès de l‘International Humanist and Ethical Union, pour laquelle tu étais représentant officiel près le Conseil de l’Europe à Strasbourg, la Fédération Nationale de la Libre Pensée et ton engagement permanent pour le respect des « Droits de l’Homme ». Bref, ta vie n’était depuis que tu étais étudiant qu’un unique combat : un combat pour la devise si chère à tout démocrate convaincu : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE.

Dans ta vie professionnelle, tu étais enseignant, plus exactement Professeur aux universités. Tu étais détenteur de 2 doctorats, l’un en Lettres et Sciences Humaines, l’autre en Sociologie. Tu as enseigné à la Heinrich-Heine Universität à Düsseldorf, tu étais attaché de Coopération Universitaire à la Johannes Gutenberg-Universität à Mayence et en dernier lieu Professeur en Sciences de l’information et de la communication auprès de l’Université de Metz. Mais cela ne t’empêchait pas, bien au contraire, de rester étudiant, et de continuer d’apprendre encore et toujours. Tu savais régulièrement épater tes étudiants par ton invraisemblable mémoire. Tu étais aimé et respecté par tes élèves partout où tu enseignais. C’était encore une fois ta façon non conventionnelle, très humaine d’enseigner qui en était la cause. Mais la plus belle leçon que j’ai personnellement pu tirer de toi c’était bien l’usage que tu faisais de ta liberté de pensée.Ton esprit critique ne connaissait d’autre maître que ta conscience. Malheur à celui ou à celle qui aurait essayé de te dominer ou de t’endoctriner !

Il ne fallait pas gratter longtemps pour découvrir derrière ta façade parfois un peu sévère, (une sévérité plus feinte que réelle !) un grand cœur. Comme tu aimais la vie ! J’entends encore ton rire, ton rire éclatant qui pouvait couvrir le bruit de toute une assemblée !

Marius, tu as aussi été franc-maçon et tu ne l’as jamais caché. Tu as été l’un des co-fondateurs du Grand Orient de Luxembourg à son réveil et il serait trop exhaustif d’évoquer ici toutes les fonctions que tu as eues au sein de cette obédience. Je dirai seulement que pendant 25 ans, tu étais toujours et partout présent quand il s’agissait de défendre et de propager les conceptions d’une franc-maçonnerie libérale et mixte à Luxembourg, en Allemagne et en Europe.

Marius, merci !

Merci pour une vie que je caractériserais par le seul mot : service ! Tu as servi ; tu as été un serviteur modèle de la cause humaniste. Mais n’est-ce pas la plus noble tâche qu’on puisse avoir à accomplir en tant qu’être humain?

Il me reste le plus dur devoir : celui d’évoquer ta vie familiale. Tu laisses sans le vouloir, une femme charmante : Marie-Anne et deux filles, Eléonore et Aurélie, seules derrière toi. Je pense pouvoir dire que tu as été un bon mari et un bon père. Je sais qu’à côté des multiples obligations qui te prenaient beaucoup de ton temps, tu t’occupais beaucoup de ta petite famille. Que tu vas leur manquer ! Marie-Anne, Eléonore et Aurélie : il est dur de perdre un mari, un papa comme Marius en était un. Ce qui lui est arrivé, ce qui vous est arrivé, est horrible, effroyable ! En une minute, rien n’était plus comme avant, il faudra tout reconstruire ! Mais sachez et n’oubliez pas que Marius avait de bons amis et que ceux-ci ne vous laisseront pas tomber dans le malheur ! Il ne nous fera plus son petit sourire voltairien, mais nous le garderons dans notre cœur !

Je vous exprime à vous et à toute votre famille mes plus profonds sentiments de compassion, sentiments pour lesquels il n’y a pas de mots adéquats, mais il y a des regards, il y a des larmes et des gémissements qui en disent bien plus !

Alors espérons !

J’ai dit !

Discours tenu le 18 octobre 2006 au crématoire de Hamm lors de la cérémonie d’adieu à la mémoire de mon frère et ami Alexandre Marius Dées de Sterio

Guy Godefroid

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