Ami Fidèle de Messali Hadj

Hadj Omar Lachachi (1924-2020). Le nationaliste devant son bureau de la bibliothèque

Messali Hadj (1898-1974)

Le zaim nationaliste devant son bureau de travail

Hadj Omar

Malgré la différence d’âge, permets- moi, mon cher ami, Hadj Omar Lachachi, de te qualifier d’ami, très cher et aimable. Je sais que l’histoire et la mémoire sont les seuls témoins, après Allah, Celui qui t’a rappelé à Lui, la veille du 58ième anniversaire de l’indépendance nationale, celle qui a été demandée, exigée et rappelée par feu Sid El Hadj, en l’occurrence Messali Hadj (1898-1974), dont je n’ai pas eu l’honneur de rencontrer ou de le côtoyer puisque depuis ma naissance, il a été en France.

Zaim et abou el haraka el wataniya

 A sa mort, en juin 1974, j’étais encore lycéen, donc j’étais dans l’impossibilité de partir en France pour le rencontrer. D’ailleurs, il faut le dire, j’étais encore très jeune pour comprendre la politique. Comme Sid El Hadj (1898-1974), tu es parti avec l’Algérie dans le cœur.

Les bribes de l’histoire et de la mémoire de Sidi El Hadj me reviennent, de temps en temps, pour m’interroger et m’interpeller de cette tranche de vie, commune pour les uns comme pour les autres. Cette page d’histoire que je cherche à faire valoir pour la génération montante et celles de l’avenir qui m’interroge d’une part et m’interpelle de l’autre.

Puis, nous revenons à Hadj Omar Lachachi, né le 14 mai 1924 à Tlemcen et décédé le 4 juillet 2020 à Tlemcen et enterré dans le cimetière de Sidi Snoussi où chaque année, il rassemblait les militants et les sympathisants, à la date d’anniversaire de la mort de Sid El Hadj : un recueillement sur la tombe du père du nationalisme algérien était annuel et collectif jusqu’à la dernière occasion, avant la pandémie du Covid-19.

Feu Hadj Omar Lachachi accueillait personnellement tous les vieux militants et sympathisants chez lui ou dans la zaouia de ses ancêtres, venus pour le rendez – vous annuel de recueillement sur la tombe de Messali Hadj et célébrer l’anniversaire de sa disparition. Il est temps de signaler que son aïeul prenait en charge les travaux d’entretien des mosquées et des mausolées du hawz.

Hadj Omar Lachachi a été l’un des fidèles militants aux côtés de Messali Hadj depuis son adhésion officielle, en 1947, au MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, alors créé en 1946). D’ailleurs, il gardait jalousement sa première carte d’adhésion. C’était une fierté pour lui, en la présentant à ses proches et ses invités dont je faisais partie. J’ai eu le plaisir de la revoir et de la contempler à plus d’une fois. Pour lui, cette carte est pleine d’histoire, de souvenirs et de mémoire.

Hadj Omar

J’écris cette lettre – hommage avec beaucoup de sentiments amicaux, des pleurs dans le cœur, puisque je ne suis pas encore guéri du deuil qui m’a secoué, il y a plus d’une année. Allah Yarhmek w yarham el omma el muslima. Permets – moi de te dire, bien que la phrase soit pour toi, post mortem, « tu as été la fierté de tes enfants, de tes frères et de ta famille, voire les personnes qui t’ont connu et côtoyé dans telle situation ou dans tel contexte. »

Parfois, quelques circonstances pourrait témoigner de ton amabilité pour les gens qui venaient te voir à la maison et surtout de les accueillir dans ton bureau où l’histoire, la mémoire et les souvenirs se côtoyaient pour une meilleure compétition et surtout de faire valoir les enjeux de tes activités qui concurrençaient celles des universitaires, ces chercheurs avertis qui prennent en références tes bulletins de l’association, ACSPA, que tu publiais par tes propres moyens pour les distribuer gratuitement.

Par passion, tu avais créé, en ce premier avril 1991, l’ACSPA (Association Culturelle pour la Sauvegarde du Patrimoine Andalous Maghrébin) pour faire valoir tes initiatives de noblesse et de considération. Son siège était chez toi, bien que tu ne recevais aucune subvention ni aide de quiconque. Tu prenais en charge tous les frais, sans distinction aucune.

Il faut le noter : tu as rendu si belle la recherche, bien que tu sois un autodidacte, versé profondément dans la connaissance du passé révolu dont la mémoire est présente pour faire valoir ses moments de joie et de plaisir d’antan. Tu tenais à l’information, sans penser aux dépenses. D’ailleurs, la stèle, que tu avais réalisée, reste, pour l’histoire et la mémoire des régions de Achacha et de Tlemcen, l’une des plus belles œuvres de ton existence sur cette terre, bénie par le Tout Puissant et arrosée par le sang des martyrs, ceux qui sont tombés au champ d’honneur pour l’indépendance nationale.

Hadj Omar

Tu as été l’exemple dans la conduite et surtout dû faire valoir de l’histoire et de la mémoire de Tlemcen, ancienne capitale du Maghreb central. En effet, tu lui as consacré tout un ouvrage dont tu avais financé la recherche, les déplacements et l’impression chez des maisons d’édition privées. Tu avais illustré ce joyau par des cartes, des vieilles photos, etc. pour les passionnés et les profanes du riche passé de la région.

Ces illustrations ont été d’un grand apport pour la mise en lumière de cette ville, Tlemcen décrite par des géographes, présentée par des grands poètes du hawzi et chantée par les grands interprètes de l’Andalou, cette musique ancestrale et patrimoine culturel immatériel qui rappelle l’Andalousie et ses provinces royales. Ces travaux, publiés, permettent aux universitaires d’avoir recours pour leurs recherches.

Hadj Omar

 Je n’ai jamais connu des personnes si âgées, et si dynamiques que toi. Malgré ton âge avancé, tu te permettais d’aller chercher des documents pour nous les commenter, d’un verbe extraordinaire avec tant de sentiments et d’attaches à ce pays, indépendant depuis 58 ans. Les informations que tu avais récoltées, dans les archives ou lors de tes voyages en Espagne pour rappeler l’Andalousie musulmane. Tes relations de voyage méritaient tant de considérations mais la réduction de tes mobilités pourrait être la cause et la raison de ne pouvoir rassembler tes notes pour en faire, pour les générations futures, un témoignage qui aurait couvert presque un siècle dans le temps.

Pour tes mémoires, de nombreuses informations demeurent éparses à travers les pages de tes publications, qu’ils soient les numéros du bulletin, l’ACSPA (Association Culturelle pour la Sauvegarde du Patrimoine Andalous Maghrébin) et les ouvrages que tu avais publiés, malgré les frais d’impression fortement lourdes financièrement et surtout tu les avais pris en charge, sans demander d’aide ni de financement.

A mon sens, ces publications, entre bulletins et ouvrages, restent « sadaqa Djariya » pour toutes les générations. Ils demeurent, pour l’histoire et la mémoire, un témoignage d’une BA (Bonne Action) que Notre Allah valorise. Ces publications entrent dans le cadre de l’enrichissement des connaissances et du savoir de Tlemcen, ancienne capitale du Maghreb central. Elles sont venues augmenter les étagères de plusieurs bibliothèques, qu’elles soient publiques ou privées puisque la distribution était effective au niveau local, régional, national et international. Des exemplaires de tes œuvres seraient envoyés un peu partout dans le monde, comme par exemple l’Espagne, le pays de tes ancêtres.

 Je ne peux oublier l’arbre généalogique de toute la famille Lachachi que tu avais, pendant des années de recherche pour la réaliser et l’imprimer afin qu’elle soit mise à la disposition de la recherche scientifique et des profanes de l’histoire des familles de Tlemcen. Parmi les personnes, sages et cultivées, figurent quelques-uns de tes ancêtres, enterrés à ‘Ach-‘Acha et Mazouna, dans la région du Dahra.

Hadj Omar

J’ai eu de la chance de t’avoir connu et côtoyé grâce à ton fils, Mustapha, qui a bien voulu, un jour ; me faire un honneur d’un premier contact qui a été, à mon sens et mon avis, symbolique et surtout de grande importance pour la sympathie pour toi, développée en une amitié qui relie deux générations. Merci pour tout ce que tu avais fait, durant tes 96 ans. Que Dieu d’accueille dans son Paradis

Dernier rassemblement organisé

 Comme chaque année, à la date anniversaire de la mort du père nationalisme algérien pour les uns et le zaim el wataniya, Messali Hadj (1898-1974), Hadj Omar Lachachi reçoit, dans le cadre d’un rassemblement annuel des militants, des fidèles et des sympathisants, du mouvement nationaliste algérien. Ces participants viennent de plusieurs villes et localités, à travers tout le territoire national. Cette photo représente la procession rituelle des nationalistes, fervents admirateurs du premier Secrétaire Général de l’Etoile Nord-Africaine, puis son président, avant d’être président fondateur du Parti du Peuple Algérien et du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, respectivement créé en 1937 et 1946

Hadj Omar est parmi les vétérans du rassemblement annuel

Source ; google.fr

Les funérailles, identiques à celles de Messali Hadj

Source : Mustapha Lachachi

Source : Mustapha Lachachi

  • L’accompagnement du cortège funèbre par le poème de la Borda

Source : google.fr

  • Salat dans l’enceinte du cimetière de Sidi Snoussi

Source : Mustapha Lachachi

  • Hayt el djenaiz, mur des condoléances

INNA LILLAHI WA ILAYHI RAJI’OUN

Textes de Mustapha Guenaou suivi de témoignage de notre cher ami Hadj Abderrahim Benmansour

« Hadj Omar !

« Tu nous as quittés ce jour, la veille du 5 juillet, jour combien heureux pour toi qui aimais ton pays au-dessus de tout. Tu nous as quittés après une maladie, une maladie de vieillesse, somme toute naturelle, une vieillesse que tu as supportée comme une dernière jouvence.

« Jusqu’à tes dernières limites, tu n’as cessé de revoir, de corriger les lignes pensées par toi, toi seul, mais dont la mise en forme était dévolue à d’autres, d’autres qui t’estimaient pour ta persévérance à répandre certaines vérités qui seraient tiennes, mais qui, en réalité appartiendraient à tous.

« Tu savais par cœur tout ce que tu voulais transmettre. Combien de fois, ne nous sommes pas querellés à propos d’une phrase, d’une expression, et même d’un mot que tu tenais à remplacer, à ajouter parce qu’il te semblait plus fort, plus expressif dans un contexte expressif qui était le tien.

« Combien tu tenais à transmettre à ceux qui ignoraient la langue étrangère, le contenu de tes pérégrinations intellectuelles historiques et culturelles.

« Tu vouais un véritable culte à ta ville que tu as investie autant que Ibn Msaïb, à travers ses derbs, ses ruelles, ses anciens quartiers, ses ruines, ses bordjs, ses portes. Tu faisais des recherches auprès des anciens, des architectes, des entrepreneurs, de qui pouvait avoir une bribe à signaler. Tu as immortalisé des noms oubliés, des noms mis dans le sac des mémoires perdues.

« Mais combien tu chérissais ta contrée d’origine, ses villes, ses savants, ses coutumes, sa gloire et ses malheurs. Tu as tellement remué les pierres et les écrits que tu es arrivé à retrouver les traces de tes ancêtres.

« Ils sont, disais-tu avec quelque fierté, arrivés, fuyant l’infâme reconquista sur une felouque à la dérive, portés par ce courant marin qui pousse vers les régions de Ach’Acha où ils se sont fixés avant de fuir la cruauté d’un satrape turc.

« Combien tu aimais raconter Grenade et ses splendeurs, ses coutumes et ses sciences qu’elle transmit à l’Europe que tu méprisais pour sa non-reconnaissance envers cette action bienfaitrice qui lui a permis de « se civiliser »

« Tu as fini par ériger une stèle sur les lieux mêmes où tes ancêtres avaient retrouvé la terre ferme.

« Combien tu aimais le père de la révolution du pays « le seul, affirmais-tu, Messali, qui prônais l’indépendance » et qui avait expliqué à cheikh Benbadis les dangers de l’assimilation avant le Congrès musulman tenu à Paris pour demander l’application du statut proposé par Blum-Violette. « Même cette plaisanterie, disais-tu, en plaisantant, ne fut pas retenue par les colons. »

« Tu fus membre du parti avec carte d’adhésion à l’appui. Tu te présentas aux élections municipales du 2ième collège dans une liste avec des personnalités illustres de la société tlemcénienne nationaliste de l’époque.

« Tu fus un authentique fils de ton pays dont tu défendais crânement l’honneur et la dignité, sans failles et sans reproches.

« Cher ami ! Tu étais un exemplaire original d’une espèce d’hommes sincères et honnêtes qui n’agissaient pas pour leur intérêt mais pour l’intérêt de la communauté.

« Puisse Dieu t’agréer avec « As-hâb al yamine » que tu aimais tant citer pour leur place privilégiée dans le monde de la Vérité

« Rahimak Allah, ami Omar et Puisse Allah te compter parmi Ses élus.

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