Cirque romain, polar quotidien, porno, gore, attentats : L’image boomerang

Par Paul GIROUD, Luxembourg

Que montrait le cirque romain ?

Que la vie est un combat à mort contre son semblable, sans solidarité, ni fraternité. La seule sanction, c’est le partage violent entre vainqueurs ou vaincus. Suivi de la répartition politique entre les profiteurs plus ou moins nantis et les survivants, corvéables à merci.

Que montre notre polar quotidien dans la Rome anglo-saxonne ?

La vie, un art d’assassiner son voisin, vérité sociale qu’assume Margaret Thatcher déclarant : « La société n’existe pas ». Et les lobbies pro armes US confirment : il faut apprendre aux enfants que le Mal est partout autour d’eux, et qu’ils doivent se défendre individuellement contre n’importe qui. Mais si le Mal est partout, un jour viendra où le bon, terrorisé, tirera partout dans le tas des méchants : Columbine, Colorado, 1999 : 13 élèves tués. Le cercle infernal, le boomerang du carnage à l’image et retour au carnage est initié … dans l’art immémorial : du bouclier d’Achille aux grimaces de Vishnou. 

Du péché originel, surveillance morale ; à la National Security Agency, surveillance totale

Mais pour rester dans notre ère de civilisation, c’est l’arène du Colisée qui invente les shows et concentre l‘horreur, par l’assassinat moralement collectif et politiquement légitime (l’empereur décide de la mort). C’est le versant punitif dans la gestion du danger social latent. Un seul et même double danger comme l’a montré la révolte de Spartacus cherchant à réunir les ennemis extérieurs et intérieurs (les esclaves). Danger social que Hobbes transpose en état de nature mythique : Homo homini lupus. Alors que la guerre de tous contre tous signe au contraire le passage des groupes solidaires à survie quotidienne aux communautés de l’âge du Bronze, que la conquête de ressources métalliques rares transforme en communautés exo et endo compétitives. La tendance historique à l’endo coercition des sociétés surnuméraires atteint un stade technique avec le projet de Panoptique de Bentham (1791), sorte de Colisée carcéral. Versant du contrôle social par la surveillance exercée par le gardien central qui voit tout et toujours, surveillance externe qui se légitime le dimanche par les principes de surveillance interne, ou morale, que délivrent les sermons du pasteur. Le versant colonial du cirque revient dans les années 80 du dix-neuvième siècle avec Buffalo Bill qui shoot un barbare Indien, dont il brandit le scalp dans ses shows, légitimant spectaculairement l’élection historique du blanc colonisateur et moralisateur. Le Colisée spectaculaire, disciplinaire (Panoptique de Bentham) et colonialiste sera dépassé par l’Ecran qui voit tout, montre tout, absout tout, confondant le voisin et l’ennemi dans le polar, l’enfant et le client. Le cirque romain, qui théâtralise l’organisation et la légitimation du meurtre comme condition de la distribution du pain, a pour rejetons historiques le Panoptique, puis le western. Bientôt suivis du polar, dont le principe est introduit en 1822 dans un essai de Thomas De Quincey, qui transforme le Panoptique en PanEthique individualiste et grégaire, esthète et mortifère, chacun devant, en l’absence d’une « société », s’essayer à ‘L’assassinat considéré comme l’un des beaux-arts’, c’est à dire comme art de vivre. Un siècle après, le roi du show commercial, Warhol, est abattu par son assistante, qui veut aussi vivre, c’est à dire entrer sur la seule scène, par la seule voie possible, médiatique et fatidique : le shooting. Il le constate lui-même : « Right when I was being shot and ever since, I knew that I was watching television ». 

Délire d’interprétation ? Ces respectables britanniques avaient seulement anticipé la National Security Agency américaine qui avec le Big Brother numérique a construit la prison universelle pour les humains, victimes et futurs assassins, les pécheurs originels des lobbies pro armes US. La société romanisée, puis anglo démocratique autoritaire (« Do it yourself ! », Warhol), est un Panoptique mutualisé. Il n’y a plus de lieu de proximité, famille, quartier, région, où se rencontrent des particuliers. Il ne reste que des individus grégaires plongés dans un milieu antisocial par un auxiliaire médiatique où les Regards se croisent et se visent, entre peur et désir, jusqu’à l’assassinat virtuel final : c’est la fin dans le palais des glaces de ‘The lady of Schangaï’ d’Orson Welles. Les romans et films policiers, anticipés par De Quincey, ont la même fonction : emprisonner la pensée dans le suspense, sentence morale suspendue en épée de Damoclès. Colisée, Panoptique, Ecran polémique (pro armes) sont tous issus du péché originel, que Hitchcock reconnaît être le principe sous-jacent de ses films. Mais le « péché », est-ce de montrer les assassins pécheurs, ou bien d’inciter au « péché » d’assassinat, intérieur et quelques fois extérieur, par la jouissance du suspense, au Colisée ou sur l’Ecran ? Car la violence cérémonielle avait d’abord pour fonction d’exorciser la violence, de pacifier la communauté. Avant la pax romana armée du Colisée, il y avait les Jeux Olympiques pacifiques entre Hellènes. Mais pas encore de cirque urbi et orbi. Pourquoi le cirque romain, après l’Egypte, l’Assyrie, les Hittites, la Grèce ptoléméenne égypto hellénistique, royaumes conquérants mais point impérialistes ; après les Jeux Olympiques virils mais pacifiques ? Ces royaumes préparent, au sein de la Confluence polémique proto occidentale, leur unité (d’abord esquissée par la Grèce ptoléméenne égypto hellénistique) qui sera l’oeuvre historique de Rome. En revanche, à mesure que Rome grandit et tend vers l’empire, on passe des sacrifices traditionnels, qui évacuent la peur de l’ennemi ; ou des meurtres occasionnels, enracinés (vol ou vendetta), au meurtre spectaculaire, magnifié en nécessité d’expansion. Au cirque romain le meurtre devient l’un des Beaux Arts, parce qu’il légitime la domination d’un peuple élu comme principe de l’Histoire civilisatrice des peuples par la sélection. L’ArAssassin métamorphose la sacralité transcendante en sélection spectaculaire de dieux vivants, tels César puis Auguste, précurseurs de Goldfinger. 

Car il revient à l’art d’imprégner la mémoire visuelle par l’image boomerang qui fait du spectacle un modèle mental et comportemental, une scénographie de la sélection opérée entre Nous et Eux sur les trois niveaux : physique, social et culturel. 

Rivalité et hiérarchie d’abord physique : combat de gladiateurs, des cow-boys et des Indiens ; 

Rivalité et hiérarchie sacralisées par la cérémonie : meurtre rituel de gladiateurs sur décision impériale ; meurtre juste ou peine de mort du western, du polar

enfin l’assassinat comportemental, la servitude, la ‘mort de peine’ par le travail et le clientélisme électoral, liberté civile escroquée. 

L’escalade du Colisée à Bentham et De Quincey est jetée à la face de l’Anti Société US (pro armes et NSA) par Lucky Luciano, mafieux italo yankee créateur, en 1930, du ‘Syndicat National du Crime’ et de la ‘Murder Incorporated’ ! 

L’Ecran polémique ne fait qu’universaliser grâce à la technique l’infrastructure agonistique de l’ordre politique. Les humains sont des frères, mais lointains ou putatifs, au sens géographique et au sens anthropologique, qui se rapprochent et se joignent en formant des ‘Nous’ par les combats entre ‘Eux’, comme les garçons dans la cour de l’école. A preuve l’unité hellénique, qui ne s’est réalisée que dans le cadre de l’empire romain. Et la ‘guerre des alliés’ italiens contre Rome pour obtenir la citoyenneté. D’une manière générale, l’unité nationale suit les guerres féodales, et l’unité impériale suit les guerres nationales. 

C’est pourquoi Rome enterrait vivants les gladiateurs récalcitrants à l’empire. Ce qui changeait les survivants en morts vivants, à qui la vie n’est accordée que sous condition de tirer sur leurs ombres, leurs frères refusant la soumission qualifiante. Lesquels en se noyant s’accrochent aux survivants, les tirant vers la mort. D’où la cruauté et la culpabilité des prolétaires contre ces cousins. De même, les trimards de l’Est américain soulageaient leur colère rentrée aux spectacles de Buffalo Bill, qui leur présentait un monde juste où les Blancs exterminaient et civilisaient les Indiens des plaines de l’Ouest. De la même façon, on intègre un gang en perpétrant un meurtre, seule façon d’intérioriser la règle sociale fondamentale : Nous contre Eux. La cruauté inflige à autrui ma peur anticipée de mourir par autrui, mort politique et culturelle fondement de l’Homo homini lupus. Dont Valéry a saisi, mieux que Hobbes, la raison: « Qui sait si la première notion de biologie que l’homme a pu se former n’est point celle-ci : il est possible de donner la mort ». La capacité de former cette notion est certes de nature anthropologique, mais au sens historique. Elle ne se constitue en principe culturel qu’à l’âge du Bronze, qui en donne les conditions écosociales. 

Avec l’agriculture, la domestication et ses panthéons, LE NEOLITHIQUE invente la CIVILISATION : guerre et paix, mensonge et vérité, culture et barbarie. En effet, dans les sociétés post paléolithiques surnuméraires la survie s’obtient par l’accès indirect et compétitif aux ressources écologiques raréfiées, via la sélection inter et intra groupale. On est passé de l’invention préhistorique de la sépulture à la création des panthéons de l’âge du Bronze, nécessaires pour légitimer la mort qui de nécessité subie s’est transcendée en la nécessité voulue de la guerre de conquête. Le spectacle, entre action dramatique et cérémonie, en produit la légitimation politico-religieuse. Depuis, l’homo homini lupus régule et démultiplie ses passions en miroir, sur scène ou à l’écran, par western, chasse à l’homme médiatique, fait divers sanglant, tauromachie et finalement avatar vidéo.

Mais qui tient le filet noyant ensemble, transvasant les spectateurs en acteurs et les acteurs en spectateurs ? Tacite, le meilleur historien romain, répond : c’est la culture, continuation de la politique par d’autres moyens : « Et les indigènes crédules… donnèrent le nom de culture à leur esclavage » : première définition du Softpower. Les «indigènes crédules » de l’empire anglosaxon furent d’abord les spectateurs du show de Buffalo Bill. Et Warhol, Buffalo Bill des mégapoles publivores, reprend cette thématique en soumettant les consommateurs à la loi du plus fort sourire. Mais pourquoi les ouvriers de l’Est, puis les Indiens intégrés, haïssent-il leurs frères vaincus des westerns, comme les prolétaires romains au cirque se réjouissaient de la barbarie où sombraient leurs frères ? Le syndrome de Stockholm en constitue la raison sociale : j’admire, j’idéalise et j’embellis celui qui peut sauver ma vie menacée, et dont le pouvoir exorbitant le fait apparaître tout-puissant, transcendant, divin. Je hais ceux qui lui résistent et me mettent en danger. Western et polar prennent en otage les spectateurs qui vivent le syndrome de Stockholm virtuellement, comme principe de leur existence.

Du western au polar : pourquoi Luciano est Lucky

Pourtant, entre le cirque romain et le polar quotidien, la mort passe du sol proche à l’écran lointain. De nos jours, les spectacles semblent ne tuer qu’en image, sur la surface de l’écran. Pourtant, les fumeurs sur écran se reproduisent en fumeurs impénitents, parce qu’en deçà de l’histoire racontée, on imite le geste de la star qui fume : le comédien et le spectateur aiment, fument et tuent ensemble dans le même monde. De la même façon, les armes récurrentes et obsédantes à l’Ecran en sortent pour tuer chaque année 10 fois plus que les assassins du 11 septembre : 30000 morts ! Mais seulement aux USA, pays où les citoyens sont le mieux défendus par leurs armes ! Sous la surface de l’Ecran et sous la bannière du second amendement, westerns et polars tuent impunément, par arme et charme conjugués. Le cirque tuait des gladiateurs, le film tue, y compris hors des USA, les spectateurs noyés dans la fumée et les saveurs qui traversent l’écran souriant. Au vingtième siècle, le grand massacre, qui dépasse de beaucoup les deux guerres mondiales, c’est 1OO millions de mort par le tabac, et autant d’obèses ! Rome munificente offrait en cadeau (munus) la mort des animaux et des peuples sauvages. La nouvelle Rome consumériste donne la mort civilisée, la mort temporisée en jouissance personnelle, orale et visuelle. Silence radio sur ces morts incomparables, la mort entre nous. La guerre, c’est loin et rare. La partition au parking, au boulot, c’est quotidien : la lutte des places. Le cirque et le western magnifient la guerre contre l’étranger, la prédation. Le polar décrit la guerre avec le voisin, la partition du gâteau dans les sociétés qui s’auto détruisent comme elles détruisent leur milieu. A ce jeu mortel, Luciano est Lucky : c’est pourquoi on l’admire. Sa vie, un vrai polar, modèle de réussite et de films. Il fait et dit ouvertement ce que les grands font souterrainement, en créant la ‘Murder Incorporated’ tout en contribuant par ses réseaux locaux au débarquement allié en Sicile, qui libère l’Europe du dictateur rétrograde qui voulait retourner à l’ordre féodal fantasmé en îlot racial. 

En attendant, c’est en tuant autrui sur l’Ecran qu’on croit sauver sa vie par un sursis indéfiniment renouvelé. Tout en fumant pour digérer la tension hors et dans l’Ecran. Mais où sont les ennemis ? Notamment, de quoi les nord-américains ont-ils peur, protégés par deux océans, et par un océan d’armes individuelles ? Ils ont peur d’eux-mêmes. Dans un grand pays encore adolescent écartelé entre les WASP, les hispaniques les asiatiques et autres noirs et juifs, le Mal, c’est le chaos social irréductible surgissant n’importe où, qui a le visage de moi-même vu par l’Autre et de l’Autre vu par moi-même : la Gorgone. Ajoutez à cette poudre culturelle des armes légales pour chacun, et il suffit d’une étincelle pour des feux de Far West récurrents, les nouveaux Buffalo Bill brandissant les scalps des concitoyens indésirables, l’hispanique pour le Wasp et vice-versa, l’asiatique pour eux deux, eux tous pour les noirs, les juifs : qui est américain ? La Gorgone habite notre dos et nous fixe, face à face en abîme, image boomerang. 

L’image boomerang

De l’art pariétal paléolithique à nos jours, c’est le même besoin d’aventures, enté sur des illusions spectaculaires. Pourquoi en est-il ainsi ? Elargissons la focale.

L’être humain ayant largué l’instinct biologique n’a plus pour guide que des images, entités élastiques. L’image choisit et ordonne des éléments externes et internes perçus confusément et leur donne une réalité à la fois stable et modifiable, le déclencheur, actuel ou potentiel, du passage à l’acte. Avant de tenir un rôle de protagoniste, le comédien incarne un être humain en permanence à la croisée des chemins : “le marin, qui calcule et qui doute”, de Hugo. L’image arme en nous une tendance à l’acte plus profonde que l’action décrite dans le scénario, une potentialité anthropologique que des circonstances éprouvantes vont déclencher

Activation médiatique et politico-biographique, hallucination et actualisation

C’est maintenant : le démon que j’ai télé entrevu dans les nuages est là, il faut réagir. Un instituteur, vivant comme victime potentielle dans le bain médiatique, s’inflige lui-même la blessure redoutée, plutôt que de subir l’agression imprévue que les médias annoncent et préparent (France, décembre 2015). Un des musulmans de ma classe, qui pense que je suis un de ces croisés qui depuis mille ans tuent des musulmans, va m’attaquer : il m’attaque avec ce cutter que je tiens. C’est fait, je suis blessé, le présage était vrai. Passage à l’acte ou hallucination, c’est le réel tabou sorti de l’ombre par l’image. 

Sorti d’où, sinon du monde réel, réservoir d’images ? Cela explique qu’on ne puisse évoquer les deux aspects vitaux de la réalité, sexe (les films pornographiques) et sang (les films gore), sans provoquer la réaction tapie de toute éternité, qui traverse aisément la pellicule néolithique juvénile. Sous l’image artistique, c’est le déclencheur éthologique atavique refoulé, déformé et décuplé qui surréagit. Un spécialiste de la montée de l’intégrisme djihadiste, Gilles Kepel, assimile les vidéos de décapitation de DAECH aux films pornographiques. En effet dans les deux cas, l’image boomerang sans distance déclenche directement sa violence (images sans distance anticipées par les peintres américains de l’Hyperréalisme, à l’opposé des européens surréalistes). 

Images de guerre, guerre des images : le boomerang dans l’arme, c’est l’image

La fascination du spectacle rend aveugle au boomerang qu’il contient et emmagasine comme un arc tendu. L’image frappe à court terme car le rideau ferme, enfermant les spectateurs, accélérant l’urgence hors spectacle. Ma fille de cinq ans aperçoit des moutons à distance, tend le bras : « Toucher ! », comme le tireur sur le stand de foire. La panthère rapide s’épuise à poursuivre au point d’échouer souvent, alors que l’homme avec sa lance puis son fusil et enfin son drone à un continent de distance veut atteindre la cible au moment même où il vise, dans l’image. De Zénon d’Elée à la télé la flèche de l’impatience visuelle éblouit le tireur abattu par sa cible, boomerang efficace par sa distance présente. L’oeil idolâtre, l’oeil colt touche sa cible, une image : ‘Ceci n’est pas une pipe’. Notre Dernier Siècle est celui où l’on ne vit plus, on visionne : la vie n’est pas vécue mais vue, plus rapide vers la mort. C’est pourquoi les ‘Eight Elvis’ ont le colt au poing. 

Du Colt de Buffalo et Warhol à Columbine

Warhol a peint, outre les Cocas bottles et les Marilyns, la Cow et le Colt de la Prairie de l’Ouest. Car aux States, puis chez nous, le sourire vendeur est armé. Le colt d’Elvis et le sourire de Liz se sont un jour mariés, je les ai rencontrés ! Déambulant dans une allée commerciale, une jeune femme sexy m’arrête, colt pointé sur moi, depuis la vitrine d’un magasin : consommateur, tu paies ou tu meurs ! C’est par le mental armé d’images que la réalité et la fiction se courent après, comme le chat et son ombre. Ainsi la même nana armée que l’admiratrice de Warhol, ou sa cousine, entra un soir dans la loge d’un chanteur alors célébrissime, Tino Rossi, le menaçant : « tu m’aimes ou tu meurs ! ». Le colt arme l’impatience de l’image. Mort mentale s’entend, la seule réelle. L’exclu, l’amante solitaire, le raté grégaire et solitaire, qui ne peuvent consommer ni nana, ni ersatz de nana tamponné du sourire, n’évitent la mort sociale pointée sur eux qu’en retournant l’arme, accédant d’un coup de feu à l’existence légale, l’image télé qui les exposera aux yeux de tous : voilà Columbine. L’image traverse ainsi l’écran et les continents : les Talibans ont grandi sous les ailes US jusqu’aux vidéos d’Al Qaïda, élève d’Hollywood. La violence constitutive de la culture yankee, Buffalo Bill conquérant l’Est par l’Ouest, Henry Ford enchaînant les gestes comme Warhol les sourires, culmine et sort du réel en acmé pornographique et gore : ‘No limit’. 

Du réel à l’écran et retour, l’image Softpower saute du Panoptique de Bentham à ‘L’assassinArt’ de Quincey, à l’ArAssassin de Buffalo perfectionné en terrorisme pro armes des polars. Alors se lèvent les exclus, le boomerang aveugle poursuit les ‘Esprits criminels’ par d’autres massacres, de Andy, Columbine and Co ; l’océan séculaire de mépris gonflé en tsunami DAECH massacre les Innocents de Syrie à Paris, sûr de l’écho planétaire de son allié mortifère : « The channels switch, but it’s all television ». 

Les sourires de Marilyn ne font-ils pas exception ? Warhol n’y a pas cru : « painting the Marilyns. I realized that everything I was doing must have been Death ». 

Coda : Le cauchemar américain annule-t-il le rêve américain ? Pas plus que le cirque romain ne supprime l’admirable doctrine juridique qui a servi de modèle à l’Europe et au-delà. Les anglo-saxons ont apporté dans l’histoire l’abondance et la liberté inconnues jusqu’alors. Mais cette richesse exubérante suppose une puissance équivalente. Et qui dit puissance dit violence, car l’édification d’une civilisation ne peut se faire sans l’écrasement de tous ceux qui veulent garder leur pré carré. Afin de garder leurs privilèges, les assassins de César prétendaient défendre la République. Ils n’ont fait que déclencher une terrible guerre civile. Car l’empire était devenu nécessaire, et Rome connut une de ses époques les plus heureuses avec le premier empereur, fils adoptif de César, Claude devenu Auguste. Un Indien à qui l’on parlait de la civilisation américaine répondait : quand commence-t- elle ? Je répondrai pour ma part : quand les WASP et les hispaniques, les asiatiques et autres noirs et juifs auront inventé leur homéostasie commune, New York renaîtra en une nouvelle Florence, fertile en Botticellis tout neufs. 

 

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