Auteur/autrice : writters-network

  • Y a pas que la religion qui est un opium

    Hassiba BELHADJ TAHAR, 2008 … à 2024


    Tout ces débats pour répondre aux « problèmes de banlieues » même la problématique à deux balles de ton article [sur le traitement médiatique des « tournantes »]. Ces jeunes qui se disent ne pas être français : j’ai entendu ça dans les « médias ». Ah ouais, ils ont fait un sondage, non, mais ils concluent ca après quelques reportages à la va vite, un match de foot des drapeaux algériens. Depuis quand un supporter de foot est-il un être doué, sensé, depuis quand à 16 ans ou 18 ans a t’on une parole sensée A ce stade on est révolutionnaire, je l’étais, je rejetais amèrement l’idée de citoyen, de république, d’autorité. Ce n’est pas un symptôme de quelque chose, moi je pense plutôt que c’est un salut tant qu’il y aura ca on pourra dire qu’on est dans une démocratie, les révoltés d’hier font les adultes engagés de nos jours.

    Et quand on te parle de « banlieue », y a toujours un mot sur l’Algérie, rappelle toi mon film (sur mon grand père), le pourquoi je l’ai fait, j’avais ce sentiment de ne pas me sentir oui française plutôt je dirai dénoncer les valeurs de la république parce la dernière fois qu’on a parlé de repentance par a rapport à la guerre en Algérie à l’assemblée nationale y a eu un rejet total.
    Y a un médecin qui présente une émission de santé sur France 5 qui a dit moi pendant longtemps j’en ai voulu à la France alors que c’est des français qui ont dénoncé mes parents et qui les ont amené à Auschwitz. Y a un très grand parallèle à faire entre la déportation en France dans les années 30 et la guerre d’Algérie et les conséquences sur les générations d’après. Comment on avale ca quand le pays dans lequel tu es née et que tu aimes, t’as fait du mal.Comment rester avec un mec qui t’as trompé une fois mais qui jure ne pas recommencer, comment pardonner, même s’il y a le droit à l’oubli, y aura toujours des restes et une blessure conséquente sur le couple. Pour moi, là on est dedans, c’est humain…

    Nos politiciens répondent pas à des vrais besoins mais à des politiques émotionnelles. On sert la République mais là, la République a du sang sur les mains. Ces politiciens de l’époque et d’aujourd’hui ont fourvoyé les valeurs de la République: où a été la fraternité, la liberté et la solidarité dans les Aurès ou en 61 sur les quais parisiens ? 
    Là on nous ballade, on nous dit ce n’est pas de notre faute, « c’est la vôtre vous ne savez pas vous intégrer ». C’est de ta faute si je t’ai trompé, tu ne faisais pas la vaisselle, tu t’occupais pas de moi. C’est tellement facile et lâche.

    Alors oui, je te dis on est manipulé tellement que ça remonte même dans des débats journalistiques pourtant de qualité tant dans la recherche, la pensée, l’expertise se fourvoient : « l’abrutissement du peuple »

    Y a pas que la religion qui est un opium.

  • Le „Beschass“

    Pr. Dr. Alexandre Marius Baron  Dées De Sterio

    1. Définition sémantique

    Cette notion si typiquement luxembourgeoise définit à la fois une des occupations préférées du Luxembourgeois et son humour, peut-être un peu lourd pour l’ouïe fine latine. Si l’humour véritable consiste à pouvoir ironiser sur soi-même – la célèbre « self-irony » anglo-saxonne –, il n’exclut nullement au Luxembourg la saveur et la paillardise parfois scabreuse d’expressions populaires qui ne dissimulent point l’origine paysanne et prolétarienne de la quasi-totalité de la population du Luxembourg. En effet le verbe « beschaïssen » pourrait se traduire en français littéralement par « fienter sur quelqu’un, chier sur quelqu’un ». Le résultat de cette action est le « Beschass », ce substantif dont on s’imagine sans peine la traduction littérale.

    Il est difficile de circonscrire le terme de « Beschass » en langue française. Les mots qui viennent immédiatement à l’esprit sont : potins, ragots, cancans, commérages. Le « Beschass » participe de toutes ces nuances, mais il n’en embrasse aucune totalement.

    Le cancan consiste en des bavardages médisants : le « Beschass » peut être médisant, mail il ne l’est pas nécessairement de prime abord ; ce n’est certainement pas du simple bavardage, car il faut souvent beaucoup de persévérance pour accéder aux informations qu’il contient. Je pense que les auteurs du « Dictionnaire luxembourgeois » se sont trompés en le définissant comme « Verleumdung » ou « üble Nachrede ».

    Le terme de commérage est insuffisant : ce sont des propos de commères qui n’ont que peu ou pas d’impact politique et social. Je ne traiterai pas dans cette courte étude de ce « Beschass »-là, bien qu’évidemment il existe. Quelques exemples-types : L’état de santé de la voisine, les études des enfants, la vie sexuelle d’une tierce personne, le mauvais ménage d’un tel, l’héritage de tel autre, et j’en passe. Les hauts-lieux de ce « Beschass »-commérage sont certains pâtisseries, certains bistrots, le trottoir, l’épicerie, le boulanger, le boucher du coin, le téléphone et le « Kaffiskränzchen »-goûter avec pâtisseries entre dames.

    Les termes de potin, petits commérages de peu de valeur d’information, et de ragot qui n’est qu’un commérage malveillant, sont eux aussi à proscrire, car impropres à la définition luxembourgeoise que j’essaie d’élaborer par le présent essai. Il importe aussi de séparer le « Beschass » de la rumeur : le « Beschass », s’il sort d’un cercle restreint pour atteindre le grand public, n’est plus du vrai « Beschass », mais une rumeur invérifiable. Le « Beschass » a toujours une base, un fondement en soi vérifiable. Vérifiable ne signifie pas pour autant qu’il soit vérifié et par les colporteurs et par les destinataires.

    Quelques exemples luxembourgeois de rumeurs récentes :

    1. Lors d’une série de cambriolages se posait la question : qui est M. Julien ? Est-ce un fils de ministre, protégé de ce fait des foudres de la justice ?
    2. Lors d’une série d’attentats à l’explosif, la question se posait sur l’identité de ce poseur de bombes visiblement bien informé des points stratégiques de la Ville de Luxembourg. Est-ce un haut fonctionnaire de la police, protégé par le parti libéral ?
    3. Lors d’un récent scandale politico-policier, la rumeur « savait » que l’ancien Commissaire de police « partouzait » avec de hauts dignitaires du parti libéral afin de les mouiller dans des affaires de vente d’armes et de proxénétisme.
  • Investir dans le mieux-être des Seniors au Luxembourg : une priorité 

    Dans la presse internationale, le Grand-Duché de Luxembourg est souvent célébré pour ses paysages pittoresques, ses transports gratuits, son économie florissante et sa qualité de vie élevée. Mais derrière cette façade de prospérité, la presse locale et de nombreuses organisations spécialisées constatent une réalité paradoxale : un pays « si riche et si pauvre à la fois ». Cet écart économique se fait ressentir particulièrement au sein d’un groupe précieux de notre société, dont on parle souvent peu ou prou : les seniors.  La décadence se fait grandement ressentir en ce qui concerne l’habitat.  Les défis auxquels sont confrontés les aînés en matière de logement ont un impact direct sur leur santé. Pour maintenir leur domicile actuel en bon état ou trouver des solutions de logement mieux adaptées à leur quotidien, il est crucial que le Luxembourg investisse davantage dans des infrastructures adaptées aux personnes âgées, offrant à la fois convivialité et sécurité. Parallèlement, les soins de santé jouent un rôle primordial dans la garantie d’une qualité de vie optimale pour nos aînés. Le Luxembourg doit persévérer dans la promotion de services de santé adaptés à leurs besoins spécifiques, tout en garantissant un accès aisé aux professionnels de la santé et aux traitements spécialisés.  

    Du côté des opinions recueillies par l’illustre acteur politico-algorithmique “Google Avis”, pour se faire une opinion de nos hôpitaux, les critiques internationales, sont nombreuses : l’absence du « U » d’ »Universitaire » dans l’appellation « CHL” suscite des inquiétudes. Pour sûr, il manque le « U » d’« Universitaire » que l’on envie à nos voisins francophones. L’interrogation sur la signification du « L », laisse planer l’idée d’un Centre Hospitalier plus « Lucratif » que Luxembourgeois.  La Zitha Klinik, quant à elle, appartient depuis 2014 au groupe des Hôpitaux Robert Schuman. Elle conserve de jolis couloirs ornés de belles photographies qui illustrent les années où médical rimait avec “amical” et “cordial” avec les Sœurs de la congrégation Sainte Zithe, considérées à ce jour comme les héritières de près de 150 ans de serviabilité, de compassion et d’humanité. Une Belle Epoque, où l’aide et l’empathie pour l’Homme quel qu’il fut (Jean Valjean y compris) prédominait sur le numéro de matricule : “C’est l’hôpital qui se fout de la Carte Vitale” s’insurge-t-on à jusque chez nous ! Informons au moins nos aînés des options qui s’offrent à eux : dans le doute et le désespoir, il est tout de même possible de recevoir des soins à l’étranger, notamment dans nos pays frontaliers. Un outil précieux à cet égard relatif à la Sécurité Sociale est le formulaire S2, qui facilite l’accès à des soins médicaux en Europe et dans quelques autres pays. 

    En ce sens, il est essentiel que le Luxembourg continue de d’informer nos aînés de leurs droits que ce soit en matière de soins spécifiques ou d’équipements médicaux à domicile, de la possibilité d’avoir un aidant ou de bénéficier de services pour une meilleure mobilité subséquemment. Il s’agirait également de soutenir en veillant à une mise à disposition de revenus suffisants pour couvrir leurs besoins de base et profiter de leur retraite en toute dignité. La réflexion européenne sur un revenu universel compensatoire, en complément d’une retraite souvent peu adaptée au mode de vie digital actuel, est une avenue à explorer pour alléger le fardeau financier des aînés. 

    En Afrique, « Un vieillard qui meurt, c’est comme une bibliothèque qui brûle » dit-on. Les « Aïeux », les « Ainés » ou la « Old School« , ont contribué de manière significative à la prospérité du pays. Leur sagesse, leur expérience et leur dévouement à leurs familles et à leur communauté ont joué un rôle essentiel dans la construction de la nation d’aujourd’hui. Kuertz gesot, le mieux-être des pensionnés, méritent une attention et un engagement constants. En investissant dans des logements adaptés à leur santé, des services de santé accessibles, des programmes de prévention et de maintien de la santé, ainsi que des mesures de soutien financier, il s’agit d’honorer leur contribution inestimable au tiny Grand-Duché. Leur capital santé est une ressource essentielle pour les générations à venir.  C’est pourquoi il est temps de nous interroger sur les conditions de vie de nos aînés et de faire en sorte qu’elles soient à la hauteur de leur contribution passée et présente. Si wellen bleiwen wat si sinn.

    Linda Saadaoui – Dr. en Sciences de l’Information et de la Communication

    Editorial paru dans la presse Amiperas, Luxembourg, Octobre 2023

  • Bâtir, stabiliser, bousiller ?

    « La première génération bâtit la fortune, la deuxième la stabilise, la troisième la bousille ». Cette phrase rapportée par Majid MESSOUS, architecte strasbourgeois en visite à Luxembourg, est celle retenue de diverses interactions avec son réseau senior alsacien. En direct de l’Interview, antique café du « nouveau quartier Hamilius », on parle alors architecture et patrimoine « avant/après ».  Cela prête à réfléchir à cette phrase redondante, de laquelle il s’est souvenu : dans un environnement de fortunes immobilières à valeurs et régulations variables, il y a de quoi s’interroger sur ces générations, au prisme du contexte économique dans lequel elles évoluent. Si l’on examine cette pensée dans notre contexte grand-ducal, qu’est-ce que la fortune bâtie par cette première génération ? Comment la suivante parvient-elle à la stabiliser et enfin de quelles manières la troisième en arrive-t-elle à « bousiller » ce patrimoine si laborieusement bâti ?

    Bâtir à travers les siècles …

    Dès le Moyen-âge, les terres luxembourgeoises sont convoitées et le pays connaît la fortune ou l’infortune des conquêtes et reconquêtes : espagnoles, allemandes, françaises[1]. Au début du 18ème siècle, sous domination des Pays-Bas autrichiens, le pays est « pauvre et inculte » (Dées De Sterio, 1999 : 26). L’introduction de la culture de la pomme de terre, nourriture vivrière de base n’apparait qu’en 1707. Á cette même époque, une présence militaire forte se fait ressentir dans ce Luxembourg rural, du fait du passage des différentes armées. Le paysage architectural se dessine alors autour d’une forteresse qui voit s’agrandir la ville, lieu de transit méritant déjà son surnom de Shamal Djebel Al Tariq soit, « Gibraltar du Nord »[2].

    Au 19eme siècle, tant sur le plan sociologique que linguistique, le pays est décrit comme un véritable « pot-pourri prusso-franco-néerlando-belgo-luxembourgeois » (1999 : 44), comme le dépeint le Professeur en Sciences de l’Information et de la Communication Marius DEES DE STERIO,   Si le rôle prégnant joué par la « petite » Monarchie Constitutionnelle dans le concert des nations peut étonner, elle n’est pas sans une histoire qui dévoile de longues souffrances endurées. En effet, libéré en 1944, l’État appauvri doit se reconstruire de l’occupation allemande. La Grande Duchesse Charlotte plaide alors la cause de son pays aux États-Unis, qui en font un membre de l’ONU, puis de l’OTAN en 1949, avant que la capitale ne devienne une plaque tournante de L’Union Européenne avec Bruxelles et Strasbourg en 1957. En ce sens, tout s’accélère pour le Tiny Duchy – qui perçoit à peine son futur poids politico-économique à l’international.

    Au 20ème siècle, le patrimoine bâti par la première génération luxembourgeoise, née autour des années du IIIème Reich s’est donc surtout fondé dans un contexte post-guerre serein, dans un pays à forte croissance économique, avec un niveau de vie relativement élevé. La société en quête d’un mieux-être a réussi son challenge. Sa jeunesse, entrevoit l’avenir de manière positive et elle bâtit, elle achète, elle construit, elle fonde … bien plus facilement que dans le contexte financier actuel, on y reviendra. Ainsi, la seconde moitié du 20ème siècle fut « probablement la période la plus heureuse que les Luxembourgeois n’aient jamais vécu au cours de leur histoire millénaire » comme le souligne l’historien Gilbert TRAUSCH (2001 : 8).

    Stabiliser … en temps de croissance

    Dans les années 60, le pays en expansion se construit à un rythme exponentiel et demeure à l’avant-garde des pays pro-européens en même temps que sa puissance capitaliste se renforce grâce à une législation propice et favorable qui voit des banques internationales s’y installer[3]. Focalisons-nous maintenant sur ces secondes générations qui « stabilisent » d’après les dires des seniors rencontrés par l’architecte strasbourgeois. Si on se penche sur cette génération née dans les années 50 et 60, elle est baby boomeuse et révolutionnaire, en voyant arriver un monde fait d’automatismes industriels. Elle tente la stabilité, elle se lance dans la pérennité et l’optimisation des biens de leurs parents, de rendre encore plus fonctionnel les terrains, jardins, piscines, investir, réinvestir … a sou weider. Avec ça, c’est l’explosion de l’agro-business, et l’émergence de la vénération d’un esprit consumériste dont on ne se détachera plus.

    Cette seconde génération semble évoluer dans un contexte opportun pour stabiliser cette fortune, elle grandit tout comme le secteur de la construction. Avec toutes les évolutions vécues par ce Luxembourg en mutation, toujours plus de flux d’immigration attirés par la sidérurgie et la construction. En plus des besoins de main d’œuvre pour l’exploitation des mines qui se soldent par une migration des pays frontaliers et européens, la nécessité d’autres forces de travail diverses, de facto internationales, ouvrières, qualifiées et/ou diplômées se fait précipitamment ressentir. Désormais dans ce nouvel eldorado européen, la construction d’un paradigme social commun pour cohabiter devient fondamentale, pour les Anciens, la « Old School », mais aussi pour les « nouvelles premières générations » de résidents émigrants.

    Bref, de part et d’autre, on fonde, on construit, on achète dès la vingtaine. C’est la génération «  La petite maison dans la prairie », l’une des séries étasuniennes des années 1970-80 les plus populaires  qui véhicule un message d’espoir avec la représentation du mythe du self-made man, soit Charles INGALLS qui bâtit de ses mains un habitat rudimentaire à l’architecture sommaire. C’est une maison en bois, représentative de l’architecture pionnière, construite en masse, dans la conquête de l’Ouest américain au 19ème siècle : « une architecture du pouvoir déguisée en une architecture du bonheur » ou encore le « reflet d’un design de la domestication spatiale et sociale, d’un design du pouvoir, où l’architecture donne forme au projet colonial »[4] comme le résume Sophie SUMA, Enseignante chercheuse en Etudes Visuelles et Histoire culturelle, urbaine et architecturale, à Strasbourg.  

    Si la série privilégie un point de vue qui soustrait la violence à l’histoire de cette colonisation de l’espace au moyen de l’architecture, on reconnait dans la construction de la fiction pour plaire au grand public : l’homme fonde et la femme soutient. Images du générique : une famille qui arrive dans sa diligence dans une prairie, un couple à l’avant souriant, glorieux, sous le soleil. On y voit également les enfants, qui courent et s’amusent dans la prairie. Avec le chien. Simplement.   Charles est accompagné de ses trois filles et de sa femme Caroline. Caroline fonde en bonne mère au foyer : elle cuisine, elle lave, elle éduque les enfants. Le foyer matériel et familial se fonde au fur et à mesure et on voit les générations y évoluer.  Et devant l’écran, les femmes dans cet âge de gloire, qui ne sont pas encore mariées à l’âge de 25 ans sont mêmes perçues comme particulières, des « catherinettes ».  En Occident, où est diffusée la série, les différentes générations, bien représentées, du bébé au papy, sont grandement séduites et veulent ressembler aux Ingalls.  

    Ces générations de la prospérité ont connu Hamilius[5]. Hamilius, c’était LE point central de la ville de Luxembourg, près de la Post, pour les transports en commun et aussi et surtout pour les piétons. Sous la place Hamilius, en effet un tiers-lieu, un espace de croisements, des couloirs, des commerces en sous-terrain qui évitaient d’attendre pour traverser, de se poser deux secondes pour prendre un café à emporter, de boire ce café en observant les danseurs hip hop qui donnaient des spectacles gratuits, quelques tags et autres peintures, affiches… Un passage qui permettait de se protéger de la pluie sans avoir hâte que le feu passe au vert. Epoque révolue. Si Hamilius voyait le coin qui porte son nom comme le nouvel eldorado des enseignes internationales…  il se retournerait peut-être dans sa tombe (tout comme notre voisin communiste allemand, au passage Karl Marx, s’il savait que pour voir sa tombe à Londres aujourd’hui … il faut payer !)

    Bousiller … à l’ère de l’architecture digitale

    Au XXe siècle, bâtir la finance, c’est aussi bâtir à l’ère de la mondialisation, bâtir des bâtiments modernistes telle la Tour Dexia BIL de 19 étages de Belval. Réalisée par l’architecte français Claude Vasconi, associé au Luxembourgeois Jean Petit, cette tour se situe à la frontière française, au milieu des anciens hauts-fourneaux de l’Arbed, (absorbée depuis par le conglomérat Mittal) géants conservés à titre de témoins d’une époque sidérurgique florissante révolue. Comme le dépeignait déjà en 2007 la presse Les Echos « la juxtaposition des deux mondes est pleinement assumée : la banque salue la vieille industrie à l’origine de la richesse du pays. Elle la côtoie sans l’effacer. Aucune honte, aucun complexe dans le rouge profond de l’acier émaillé qui pare toutes les faces » [6]. Un an après, la crise financière de 2008 qui a durement frappé l’économie a montré que si le prolétariat d’usine n’était plus, le prolétariat digital allait changer la donne pour les prochaines générations souvent décrites comme Y (née entre 1980 et 2000) voire Z (née après 2000).

    Comment ces générations actives contemporaines pourraient elles être considérées aujourd’hui comme cette génération qui bousille ?   Pour les dernières générations de ce siècle, qui ont connu une enfance sans smartphone, les dépenses se sont accrues pour participer à la société numérique, qui a un coût : PC, internet, voire le télétravail contribuent à la productivité des grandes entreprises, qui n’ont plus autant besoin de locaux et d’employés dans une époque où l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle sont les nouveaux moteurs des algorithmes qui nous gouvernent

    Quid de ces « enfants boomerang » qui retournent chez leurs parents[7] , ces « Tanguy » qui deviennent aussi monnaie courante que les Catherinettes pour la génération précédente. La donne s’inverse. Tanguy, film français sorti en 2001 raconte l’histoire d’un jeune homme de 28 ans qui vit encore chez ses parents : une situation choquante pour l’époque, où une grande partie de la jeunesse s’empressait de quitter le foyer pour trouver un logement une fois la majorité et/ou le diplôme passé.  En 2018, « boomerang », le protagoniste a 44 ans à la sortie du film, il revient divorcé avec sa fille qui passe le bac. Aujourd’hui encore, en ayant discuté avec des membres AMIPERAS à Luxembourg, on remarque que nombreux sont ces grands-parents « envahis » par les difficultés financières de leurs enfants et bien souvent aussi de leurs petits-enfants eux même étant lésés par leurs parents … Un cycle vicieux défavorable à tout un chacun.  Nombreux sont également ces parents anciennement banquiers perçus comme les acteurs du NYSE (New York Stock Exchange) du Loup de Wall Street devenus des prolétaires digitaux à copier-coller en direct de leur open-space, à base de « cordialement » à tout va, derrière l’écran… Les conditions de travail en ayant évolué ont aussi amenés leurs pathologies du travail comme le burnout, le bore-out ou encore le brown-out, soit, respectivement : la surcharge, l’ennui ou l’absurdité au travail[8]. Les heures glorieuses et lucratives, la statue de Wuppertal qui représente Ein Neuer Erfolgreicher Tag, « un jour fructueux », ne sont plus si prégnants que ça… Elle n’est plus contemporaine et crédible : un jeune homme en chemise cravate, chaussures de ville, qui fait le poirier, heureux, comme un gosse !

    « Le Luxembourg, si riche et si pauvre à la fois » titrait le 7 mars 2023 notre confrère du Républicain Lorrain, Damien GOLINI. Le chapeau résume en quelques phrases la situation actuelle : « Le pays le plus riche du monde, en termes de PIB/habitant, concentre aussi de grosses disparités de richesse au sein de sa population. Sur fond d’inflation galopante et d’explosion des prix de l’immobilier, près d’une personne sur cinq y vit sous le seuil de risque de pauvreté. Parmi elles, de plus en plus de jeunes. » On constate donc un malaise social commun dans la société contemporaine, celui d’une génération de jeunes adultes qui ont du mal ou qui refusent même de quitter le confort et la sécurité du cocon familial. Ce comportement peut être interprété comme un refus de prendre la responsabilité de leur vie et de leur avenir dans un contexte économique incertain. Ce, au frais du contribuable retraité … et épuisé tout comme ceux qui crient à l’abolition de la réforme des retraites, la situation étant déjà assez compliqué … pour plus d’une génération. En effet, l’actualité liée à la réforme des retraites cache aussi un autre gros malaise social en constatant non seulement pour les générations mais pour tout un chacun un pouvoir d’achat fortement en baisse, avec des prix qui interrogent le citoyen lambda qui hésite à aller dans nos supermarchés voisins à Perl, pour épargner un minimum.  Ce citoyen lambda s’interroge lorsqu’il s’agit de faire les courses du quotidien à Luxembourg : n’y a-t-il pas une forte ressemblance dans les commerces entre l’Euro et le Franc Suisse ? Keng loscht mei

    Bousiller ou bousillée ? Quid de cette jeunesse qui se retrouve être la première génération plus pauvre que ses parents … depuis la nuit des temps ? Quid de ce populisme et de ces partis d’extrêmes droite … sans trouver à quel Führer se vouer.  « Wann die Losung das Problem ist » expliquait Paul Watzlawick. Et désormais cette jeunesse plus locataire que propriétaire, une jeunesse qui ne se sent plus chez elle, dans un marché où les loyers augmentent, ou les AirBnB deviennent lambdas, ou les « smart flat » viennent s’ajouter à la liste des « smart tout » du smartphone au smartcities. « Wann die Losung das Problem ist » ? Entre logements intergénérationnels à partager pour certains, logements qui contribueraient à pallier la solitude des séniors et locations de camping moins chers en basse saison … ça reste du bricolage. Quid de pouvoir suivre ces augmentations burlesques avec un revenu minimum qui nous permettrait d’être à l’égal de nos parents et nos grands-parents qui n’avaient pas à subir les dépenses qu’ont les générations les plus jeunes… au grand dam de notre temps et au grand bénéfice de nos sociétés oligarques ? Si on parle de l’architecture bâtie par nos aïeux, quid de l’architecture qui désigne la structure générale inhérente à un système numérique bâtie par nos contemporains : ces algorithmes qui nous gouvernent : les MAAMA (ex-GAFAM : Google, Facebook, Amazon, Apple, Microsoft), les BATX (Baidu, Alibana, Tencent, Xiaomi) et autres NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber) ? « Wann die Losung das Problem ist » ? Ne s’agirait-il de pallier ce malaise social en redistribuant mieux les richesses ? Pourquoi l’avenir des générations à venir, se discute, se perçoit mieux par les boss des algorithmes tel que Mark Zuckerberg ? En effet, en 2017, lors d’un discours des anciens de Harvard, il se prononce en faveur du revenu universel. Dans le roman Moi, Omega de Erwan Barillot (2022), Ian Ginsberg, double fictif du PDG de Facebook, prononce le même discours et, à partir de 2040, instaure effectivement le revenu de base pour l’ensemble de ses utilisateurs[9]. Le revenu universel – en complément des revenus de tout un chacun – si attendu ici et si méconnu là… Ce dossier qui serait actuellement dans les mains de l’ancien Ministre du Travail luxembourgeois à Bruxelles est attendu. En Allemagne une expérience béhavioriste a été mise en place pour tester cette allocation universelle : 122 personnes ont été tirées au sort pour recevoir 1200 euros par mois. ‘Il s’agit ainsi d’étudier l’effet du revenu de base sur le comportement et la manière de dépenser[10]… pour mieux bâtir à l’avenir.

    Kuertz gesot

    « La première génération bâtit la fortune, la deuxième la stabilise, la troisième la bousille ». A l’international cette phrase entendue en Alsace et discutée à Luxembourg peut être valable à l’ère d’un monde en mutation avec des algorithmes créateurs et porteurs de richesses à prendre politiquement en compte. En attendant, il s’agit de ne pas être fataliste. Majid MESSOUS, co-gérant chez KUB Architecture et Design à Strasbourg, compte parmi cette jeune génération Y qui bâtit et qui repense les vestiges d’architectures qui nous permettent encore de communiquer : la presse. En effet, sa société qui emploie une quarantaine de collaborateurs a déménagé au cœur de la Plaine des Bouchers, dans l’ancien bâtiment de l’usine Spiertz[11], qui a marqué le début de la construction des presses hydrauliques. Les générations des années 80 et après ont donc le capital de la créativité avec eux. Dans une Alsace, un Luxembourg, habitués aux mutations et aux reconstructions et comme plein d’autres lieux de croisements dans le monde, ça agit encore : les dernières générations savent aussi pérenniser optimiser, influencer … et même s’occuper de leurs parents. Kuertz gesot, comme le disait l’artiste Rim-K dans son titre « Bouzillé », il y a aussi cette jeunesse qui se sent bousillée mais qui sait aussi se débrouiller. Une jeunesse qui se construit avec ou sans patrimoine et qui rassure ses aïeux mais aussi les générations suivantes, en leur rappelant le fameux proverbe russe : « Tomber est permis, se relever est ordonné ».


    Linda SAADAOUI – Dr. en Sciences de l’Information et de la Communication

    Article publié dans le trimestriel AMIPERAS, Luxembourg, été 2023.



    [1] Durant le 17ème siècle, le pays est sous domination des Rois d’Espagne et des empereurs allemands (1506- 1684). Entre 1684-1698, a lieu la première occupation française qui ne prendra fin qu’en 1697, lorsque les troupes de Louis XIV seront chassées par celles du Roi d’Espagne. En 1714, à la suite du partage de l’héritage espagnol, le Luxembourg revient au Saint Empire Romain de Nation Germanique « Das Heilige Romische Reich Deutscher Nation ». Peu après, la gestion des Pays Bas Autrichiens ou « Province Belge », puis le gouvernement de l’Empire Français, prend la relève (1805-1814).

    [2] La conquête musulmane de la péninsule Ibérique débute à Gibraltar : Tariq Ibn Ziyad, gouverneur omeyyade berbère, y débarque en 711 et laisse son nom au rocher, Djebel al Tariq (« la montagne de Tariq »), devenu au fil du temps « Gibraltar ».

    [3] Ce nouveau statut de carrefour bancaire permet de résister et de s’adapter aux nouvelles donnes issues des chocs pétroliers et surtout de la crise sidérurgique au cours des années 70. En 1983, une loi sur les Sociétés d’investissement -SICAV- va accélérer le développement et la réputation d’une solide agora financière. 

    [4] Sophie Suma, « Que nous dit la maison de La petite maison dans la prairie ? », RadaЯ [En ligne], 7 | 2022, mis en ligne le 15 juillet 2022, consulté le 17 mai 2023. URL : https://www.ouvroir.fr/radar/index.php?id=508

    [5] Politiciens luxembourgeois, père et fils, Emile Hamilius (1897 – 1971) et Jean Hamilius, né en 1927 ont participé au développement sociétal et architectural de la ville, notamment avec la construction de l’extension “Kueb” à Kirchberg pour le parlement européen avec l’illustre architecte français alors, Talibert (aussi responsable de la Piscine Olympique du Kirchberg). La place porte le nom du père.

    [6] https://www.lesechos.fr/2007/03/la-tour-signal-de-dexia-au-luxembourg-525703

    [7] Les enfants « boomerang » retournent chez leurs parents (la-croix.com)  par Frédéric Mounier, le 31/01/2017

    [8] Salentini Nicolas, Le Monde. « Après le burn-out et le bore-out, voici le brown-out »  (13/10/2016).

    [9] Grégoire Normand, « Mark Zuckerberg se prononce en faveur du revenu universel », La Tribune,‎ 26 mai 2017

    [10] « Un revenu universel à 1.200 euros testé en Allemagne » , Les Echos, https://www.lesechos.fr/monde/europe/lallemagne-teste-un-revenu-universel-a-1200-euros-1319825

    [11] Habiter 2022|Hors-série Or Norme by Or Norme . https://issuu.com/ornormestrasbourg-magazine/docs/on_habiter_webpage_1_/s/17435575

  • Lexique Médias – FR

    Media Lexicon EN

    Burnout

    Terme anglais (du verbe to burn out) qui signifie saturation, épuisement. En particulier, il peut désigner un syndrome d’épuisement professionnel. Le diagnostic de cet état de fatigue classe cette maladie dans la catégorie des risques psychosociaux professionnels et comme étant consécutive à l’exposition à un stress permanent et prolongé. Au Japon, la traduction serait même : « mort par surcharge de travail » (Karōshi). +cf. boreout brownout

    Cloud computing

    Le cloud computing permet de fournir et d’utiliser les aptitudes des systèmes informatiques, basés sur les nuages (cloud en anglais) : un parc de machines, d’équipement de réseau et de logiciels maintenu par un fournisseur, que les consommateurs peuvent utiliser en libre-service via Internet. Les caractéristiques techniques du nuage ne sont pas connues du consommateur et les services sont payés à l’usage.

    Cloudsourcing

    Le Cloudsourcing est un processus par lequel des produits spécialisés de cloud computing (services et et maintenances) sont confiés à un ou plusieurs fournisseurs de services de cloud computing. Il permet aux organisations de retrouver l’intégralité de leur infrastructure informatique à partir d’un « nuage », qui s’intègre facilement à toute plate-forme et ne nécessite aucun frais de gestion.

    Cloudworking

    Même si on ne trouve pas encore de définition stable de l’expression cloudworking, elle est employée quand on veut évoquer un mode de travail selon lequel l’essentiel de la collaboration s’effectue en ligne. Ce terme est marquant car il cristallise un changement d’époque mais il n’est pas à détacher des nouveaux territoires du travail. Dans « nouveaux territoires du travail », il y a l’idée de l’exploration qui décrit bien le contexte actuel où le statut de freelance, de travailleur indépendant ou encore d’auto-entrepreneur attire de façon croissante les actifs.

    Cluster (grappe industrielle)

    Un Cluster (ou pôle de compétitivité) est une concentration d’entreprises et d’institutions inter-reliées dans un domaine particulier sur un territoire géographique. Un cluster peut se définir comme une région, généralement urbanisée, où s’accumulent des savoir-faire dans un domaine technique donné, lesquels peuvent procurer un avantage compétitif à l’échelle internationale. La croissance économique générée tend à se propager aux autres activités locales, notamment dans les services et la sous-traitance.

    Computing

    Le computing désigne toute activité axée sur les objectifs exigeant, bénéficiant ou créant à partir d’ordinateurs. Par exemple, le computing comprend la conception, le développement et la construction de systèmes matériels et logiciels, le traitement, la structuration et la gestion de différents types d’informations, faisant des recherches scientifiques sur et avec des ordinateurs; faisant que des systèmes informatiques se comportent de façon intelligente, créant et utilisant des communications et du divertissement, etc.

    Créativité

    Le terme “créativité” désigne la formulation d’idées nouvelles et l’application de ces idées à la production d’œuvres d’art et produits culturels originaux, de créations fonctionnelles, d’inventions scientifiques et d’innovations technologiques. Aussi, la créativité artistique renvoie à l’imagination et à la capacité de générer des idées et des nouvelles façons d’interpréter le monde, par le biais du texte, du son et de l’image.

    Creative City (ville créative/territoire créatif)

    La ville créative est un concept développé par l’urbaniste Charles Landry dans les années 1980 et est depuis devenu un mouvement mondial qui reflète un nouveau paradigme de la planification pour les villes (Landry, 2000, The Creative City: A Toolkit for Urban Innovators).

    Un territoire créatif serait un lieu associé à une qualité de vie qui serait un élément central dans les stratégies de marketing territorial, en particulier afin d’attirer de nouvelles entreprises. La convergence des technologies et des contenus offre des opportunités de croissance et d’acquisition de positions industrielles spécifiques et compétitives. Ces mouvements font de la culture et de la créativité des enjeux clef pour des territoires, tant du point de vue du tourisme que de leur branding afin d’attirer des investisseurs. La création et la créativité sont alors clairement envisagées du point de vue de l’économie de la connaissance et du numérique à l’ère de la glocalisation.

    + d’infos ? http://en.unesco.org/creative-cities/home , http://creativecities.britishcouncil.org/

    Creative class (Classe créative)

    Le géographe étasunien Richard Florida a introduit le terme « classe créative », pour mettre l’accent sur ​​le rôle créatif de personnes dans le « creative age« . Il soutient que l’économie se déplace à partir d’un système centré sur les sociétés à un système axé sur des personnes. L’expression « Classe créative » désigne donc une population urbaine, mobile, qualifiée et connectée qui se définit principalement par le slogan « Talent, Technologie et Tolérance ».

    À la notion de classe créative, Florida associe une théorie du développement économique des villes qui fait de l’attraction de membres de la classe créative une clef de la création d’activités nouvelles. Cette thèse est appuyée sur de nombreuses corrélations spatiales entre le développement des villes et des indices d’ouverture culturelle et de tolérance.

    (Creative economy) Economie créative

    L’économie créative désigne la montée en puissance de la création et de la créativité dans l’ensemble de l’économie. Elle est un ensemble d’activité exploitant l’inventivité esthétique et artistique de groupes de travailleurs créatifs.

    (Creative Industrie) Industrie créative

    Divers commentateurs ont fourni des suggestions sur les activités à inclure dans le concept d’ « industries créatives» et le nom lui-même est controversé – avec des différences et des chevauchements importants entre les termes « industries culturelles », « industries créatives » et « économie créative » (Hesmondhalgh 2002 ; CNUCED 2008).

    Si l’on se penche sur la genèse de l’expression, on remarque que les origines politiques et théoriques viennent d’une notion britannique : les « creative industries » (Hesmondhalgh 2002, Howkins 2001). Les premiers auteurs parmi lesquels David Hesmondhalgh, chercheur au Media Industries Research Centre à l’Université de Leeds et John Howkins auteur de The Creative Economy: How People Make Money from Ideas (2002), définissent globalement les industries des créations comme une gamme d’activités économiques liées à la production ou à l’exploitation de la connaissance et de l’information. Très vite, cette terminologie est reprise par des organisations internationales, supranationales, des gouvernements, des collectivités locales, des institutions statistiques, des acteurs socio-économiques à travers le monde.

    Les sociologues britanniques Scott Lash et John Urry suggèrent que chacune des industries créatives a un « noyau irréductible » centré sur « l’échange de finance des droits de propriété intellectuelle », (Lash et Urry, 1994 : 117). En Grande Bretagne, le Département gouvernemental de la Culture, des Médias et du Sport (DCMS) décrit les industries créatives comme : « Les industries qui ont leur origine dans la créativité individuelle, la compétence et le talent et qui ont un potentiel pour la richesse et la création d’emplois grâce à la création et à l’exploitation de la propriété intellectuelle » (DCMS, 2001 : 04)

    Il existe aussi une distinction entre les industries qui sont ouvertes à la production de masse et à la distribution (film et vidéo, jeux vidéo, radiodiffusion, édition), et ceux qui sont essentiellement artisanaux et destinés à être consommés dans un lieu particulier ou à un moment particulier (arts visuels, arts du spectacle, patrimoine culturel).

    Trois domaines sont à prendre en compte pour les industries créatives si l’on se base sur les études de l’UNESCO :

    1. Le domaine de la CRÉATION/PRODUCTION
    2. Le domaine de la TRANSMISSION/DIFFUSION (commercialisation)
    3. Le domaine de la CONSOMMATION, de l’ENREGISTREMENT/de la PROTECTION ET PARTICIPATION (ensemble des initiatives politiques déployées pour encadrer et soutenir l’émergence de ces industries créatives)
    Creative Skillset

    On peut imaginer que le Creative Skillset est un des premiers bureaux étatiques – et là en l’occurrence, il s’agit du Royaume Uni – sur les industries créatives. Le “Creative Skillset” est le Conseil des compétences sectorielles qui soutient compétences et formation pour les personnes et les entreprises afin de s’assurer que les industries créatives britanniques restent compétitives et productives. Il a été fondé en 1992 déjà et a été financé conjointement par l’industrie et le gouvernement.  Au 1er Avril 2012, l’organisation a changé son nom de Skillset à Creative Skillset afin de mieux refléter le travail qu’elle effectue avec 65% des industries créatives du Royaume-Uni.

    Commons (Digital commons)

    En anglais, « terrains communaux » au sens propre, « biens communs » au sens figuré. Informatiquement parlant, les biens communs numériques impliquent la distribution et la propriété de ressources informationnelles et technologiques. Les ressources sont généralement conçues pour être utilisées par la communauté par laquelle ils ont été créés. Exemples de biens communs numériques : Wikipedia, Wikimedia, Creative Commons, Open Source, etc.

    Crowd

    En français, on pourrait traduire par foule. Mais aussi par : « un grand nombre de personnes réunies », « les gens du commun/la populace » ou encore « un grand nombre de choses positionnés ou considérés dans leur ensemble ».

    Crowdfunding (financement participatif)

    La finance participative (ou collecte) est une expression décrivant tous les outils et méthodes de transaction financières entre les individus avec pas ou peu d’inter-médiation par les acteurs traditionnels. L’émergence des plateformes de finance participative a été permise grâce à internet et les réseaux sociaux. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus global : celui de la consommation collaborative.

     (Cultural industry) Industrie culturelle

    Les industries culturelles, au sens le plus étroit, recouvrent les secteurs qui, dans le champ de l’économie de la culture, impliquent une reproduction des œuvres et une diffusion à grande échelle. Le terme englobe les industries du cinéma et de l’audiovisuel, de l’édition, du disque (et des enregistrements musicaux).

    Aujourd’hui, le thème des industries créatives complèterait celui des industries culturelles (première traduction en français de l’expression allemande Kulturindustrie,[1] créée par les chercheurs de l’Ecole de Francfort, Theodor W. Adorno et Max Horkheimer en 1944), puisqu’il regroupe les industries culturelles et toutes les activités de production culturelle ou artistique, qu’elles aient lieu en direct ou qu’elles soient produites à titre d’entité individuelle. Pour Horkheimer et Adorno, le monde est structuré par l’industrie culturelle (la culture de masse).

    À ce moment, les industries culturelles sont définies comme un ensemble formé par le cinéma, la radio, la presse, la télévision. Aussi, on remarque que deux auteurs britanniques spécialistes des thèmes des industries créatives (Hesmondhalgh & Howkins) peuvent aussi employer l’expression « industries culturelles » toujours pour parler des industries de la création.

    E-working (télétravail)

    Réalisation du travail par un salarié hors des locaux de l’entreprise grâce à des moyens de communication qui le relient à celle-ci, qu’il s’agisse de téléphones portables, d’ordinateurs portables, de connexions privées au réseau interne de l’entreprise ou à l’accès d’outils hébergés dans le cloud.

    Knowledge economy

    Les expressions « économie du savoir » ou encore « économie de l’immatériel » (« intangible economy« ) voire « capitalisme cognitif » désignent une phase de l’histoire économique liée à une 3ème révolution industrielle depuis la fin du XXe siècle (années 1990). Cette révolution se manifeste notamment par l’essor de modes de transport et logistiques innovants, en lien avec la convergence de sources d’énergie et de technologies de l’information et de la communication innovantes. Dans cette optique, les avancées du numérique dévaluent les tâches automatisables et réévaluent la capacité de traiter les choses complexes et l’innovation. On n’exploite plus la force de travail d’un individu, mais sa force d’invention.

    En 2009, lors de la conférence de la Commission européenne à Göteborg sur le thème « le triangle de la connaissance à la source de l’avenir de l’Europe » trois piliers pour une solide économie de la connaissance ont été mis en valeur :

    1. Recherche-Développement et Innovation ;
    2. Éducation ;
    3. Technologies de l’information et de la Communication.
    Outsourcing / Externalisation

     Fait par lequel une entreprise confie par contrat la gestion d’un ou plusieurs de ses services considérés comme ne faisant pas partie de son métier de base à une entreprise tierce spécialisée. Souvent associé à des licenciements puisque le service concerné n’existe plus au sein de l’entreprise.

    Réalité augmentée

    La réalité augmentée désignerait les systèmes informatiques qui rendent possible la superposition d’un modèle virtuel 3D ou 2D à la perception que nous avons naturellement de la réalité et ceci en temps réel. Elle désigne les différentes méthodes qui permettent d’incruster de façon réaliste des objets virtuels dans une séquence d’images. Elle s’applique aussi bien à la perception visuelle (superposition d’image virtuelle aux images réelles) qu’aux perceptions « proprioceptives » comme les perceptions tactiles ou auditives.

     « Définir la réalité augmentée (RA) n’est pas si simple ! En effet, c’est un domaine transverse qui utilise de nombreuses technologies différentes. Le terme même de « réalité augmentée », qui est apparu en référence à celui de « réalité virtuelle », est de plus en plus remis en questions. C’est assez compréhensible puisque ce n’est pas la « réalité » qui est augmentée mais bien notre propre perception. »

    Source : http://www.augmented-reality.fr/cest-quoi-la-realite-augmentee/


    [1] Kulturindustrie – Aufklärung als Massenbetrug est un chapitre de l‘ouvrage Dialektik der Aufklärung (Horkheimer & Adorno, 1944)

  • Industries Culturelles et Créatives

    C’est au prisme des notions de « culture » et de « création » à l’ère d’un changement glocal – global et local – qu’il s’agira de réfléchir à la question de médiations citoyennes innovantes, d’une gouvernance au sein de laquelle le citoyen lambda a du mal à trouver sa place. En effet, la forte croissance des industries créatives génère une nouvelle division internationale du travail contribuant au développement d’emplois jusqu’alors inexistants, mais créant également une prolétarisation …digitale, où la technologie – même virtuelle – peut remplacer le travail de l’Homme. C’est en ce sens que l’on peut s’interroger sur les portées d’une « économie créative » et du développement de ses acteurs, pouvant être affectés par des maux relatifs au 21ème siècle tels le « burnout », le « boreout » ou encore le « brownout ». Dès lors, quid de nouveaux modes de gouvernance pour ces territoires créatifs ? Avant de se songer à des médiations citoyennes propres aux industries créatives, il faudrait avant tout les définir, les délimiter et considérer leurs impacts sociaux. C’est la raison pour laquelle, il faudra revenir au début du 20ème siècle pour comprendre les impacts – négatifs ou positifs – d’industries culturelles émergentes telle la radio à l’ère de différentes gouvernances.

    Des industries culturelles sous la gouvernance du IIIème Reich

    Avant de se pencher sur les industries culturelles et créatives (ICC), il s’agira de revenir sur l’émergence des premières industries culturelles telle la radio, dans le contexte particulier d’après crise (1929). Si la démocratisation d’un outil élitiste, n’a pas été sans déplaire, les conséquences risquées d’une liberté d’opinions et de de critiques, pas toujours éthiques sont également mis en lumière.

    Impacts de l’émergence de la radio comme industrie culturelle à l’international

    La radio n’a pas eu que des effets de propagande en temps de guerre. En temps de paix également, des biais communicationnels sont à relever tous comme des effes bénéfiques a contrario. »One cannot not communicate» écrivait le théoricien de la communication Paul Watzlawick[2] (1972 :48), certes, mais on peut être mal compris ou non compris …Si, depuis

    Londres, « l’appel du 18 juin 1940 » du général De Gaulle a fait entrer d’une manière positive la radiodiffusion dans l’histoire, il ne faut pas oublier non plus l’impact négatif que pouvait avoir ce même outil technologique, deux ans auparavant. De plus, les industries culturelles en émergeant sans cadres juridiques régulant leurs contenus, génèrent aussi une nouvelle division du travail et de nouveaux emplois « créatifs », à une période propice après les destructions d’emploi dues à la crise financière et économique de 1929. En effet, en 1938 le réalisateur et scénarite étasunien Orson Welles diffuse une émission de radio-réalité « The War of the Worlds »[3] sur une attaque martienne, si réaliste que ses auditeurs affolés en sont descendus dans la rue, provoquants un vent de panique, une hystérie collective.

    Des chercheurs de ce temps ont tenté de mettre en maux les affects des récepteurs sur cet évènement. Le sociologue français Pierre Lagrange a tenté de relativiser au mieux l’impact dramatique de la panique collective engendrée par la radiodiffusion des histoires de Welles. Aussi, il faut noter que la dramatisation de Welles fut moindre car elle marquait peu d’auditeurs relativement à la population, c’est surtout la presse nationale qui s’est emportée contre la petite station de radio, la presse s’inquiétant grandement de l’ampleur que la radio pouvait prendre aux dépens de la presse. Parmi ces inquiétudes, la crainte d’un concurrent économique majeur se hissait, la presse perdant de plus en plus de publicité en faveur de la radio.

    Bien évidemment ces industries à la différence des industries contemporaines dites créatives ou culturelles et créatives (IC ou ICC) ne bénéficiaient pas de la contribution de diffusion ou de participation citoyenne, via la sphère digitale. Cette évolution du champ lexical montre bien qu’avant de se pencher sur des axes de recherches pour les médiations citoyennes, il est nécessaire de revenir dans le temps pour comprendre les répercussions non envisagées du développement de l’industrie culturelle en temps de paix, mais aussi en temps de guerre déjà.

    Communication de risque et maux identifiés

    Quelles places prennent la culture et la communication au sein des industries créatives ? Aussi, quels risques en plus d’opportunités prennent les gouvernances à mettre en valeur ces industries ?

    Lorsque la France discute régulation de nouveaux paradigmes économiques avec la mise en place de législations pour les VTC – permettant des prix plus abordables pour les utilisateurs (par exemple via l’application de la société créative « Uber ») il existe aussi d’autres alternatives de transports émergentes grâce aux technologies de l’Information et de la Communication tels Blablacar, entreprise créative également qui permet des co-voiturages à moindre coût comparées aux sociétés nationales de transport de pays européens. En plus de cela, la valeur écologique introduite en limitant le nombre d’automobiles sur les routes, grâce à ce genre de « nouvelle » division internationale du travail ou encore des services, ne peut être négligé. La perception de l’impact de la technologie tend à être binaire : soit elle sauve, soit elle détruit. L’Internet est une opportunité pour la révolution ; notre vieille société est « perturbée » ; tout devient obsolète les « NTIC » et les TIC. Ou bien les emplois sont perdus à l’automatisation et l’informatique ; drones pour de nouveaux moyens de livraisons, de photos, de nouveaux millionnaires tel Marc Zuckerberg, grâce à une vitesse technologique fulgurante. C’est une des raisons pour lesquelles, proposer de découvrir un pays, à travers son patrimoine et son histoire via notamment des outils et medias numériques, est une des priorités du gouvernement. En 2016, en Algérie, « Taxi Flexi » est une application qui émerge pour promouvoir tel Uber la facilité de déplacement à moindre coût. Ainsi, le premier cluster dédié à l’économie numérique en 2015 : plus d’une vingtaines d’entreprises publiques et privées où des produits comme les boissons, les dattes, la mécanique de précision et la plasturgie, ou encore d’autres activités créatives regroupées autour des produits comme les tapis ou encore le textile, les bijoux et l’artisanat traditionnels[4]. S’adapter en termes de glocalisation « Think global, act local ».

    Pour Nicolas Miailhe, cofondateur et président de The Future Society, organisation non lucrative de la Harvard Kennedy School of Government « il est urgent que le gouvernement organise un grand débat public sur l’intelligence pour penser et piloter les grandes transformations à l’œuvre. Un grand débat associant scientifiques, experts, citoyens, enseignants, chercheurs, associations et acteurs économiques permettrait une politisation salutaire de la question sans pour autant s’engluer dans les discussions sur le déterminisme biologique de l’intelligence ou la pertinence des mesures quantitatives du type QI. Le courage politique réclame qu’on se saisisse de ces enjeux compliqués et du passif historique qui va avec, sans tomber dans des caricatures dangereuses ».

    Penser et voir émerger les industries créatives selon un cadre territorial, c’est essentiellement approcher les acteurs de la création et leurs « produits », c’est aussi analyser le contexte économique, politique, juridique, social particulier selon une approche socio-géographique. C’est aussi s’interroger sur leur importance, à court terme, d’un point de vue tactique mais aussi à long terme, d’un point de vue stratégique. Penser et voir émerger des GAFAM et des BATX « …YZ » c’est revisiter sempiternellement ce qu’est un « nouveau » média. Mais il s’agit aussi de s’interroger sur leurs apports en tant qu’outils de médiation mais aussi  sur une fracture de liens sociaux, menant à considérer les risques de la désocialisation.

     Préconisations

    Favoriser la création de contenus qui puisent dans le local tout en utilisant les outils technologiques modernes : cela peut créer une offre différenciée face à la standardisation globale.

    Renforcer le cadre juridique et la régulation des algorithmes

    Mettre en place une législation claire sur la transparence des algorithmes de recommandation (plateformes de streaming, médias sociaux, moteurs de contenus), afin que les créateurs comprennent comment leur visibilité est influencée.

    Prévoir des mécanismes de recours pour les créateurs ou les utilisateurs lorsqu’ils subissent un préjudice lié à une décision algorithmique injuste.

    Protection du travail créatif face à l’automatisation

    Garantir des droits d’auteur robustes et actualisés, adaptés aux outils automatisés ou intelligents (IA générative, assistants vocaux, etc.).

    Encourager des modèles économiques hybrides : combiner travail humain + support automatisé

    Mettre en place des formations pour que les professionnels des ICC apprennent à cohabiter avec la technologie, à l’utiliser comme outil plutôt que de la subir comme remplaçante.

    Politiques de soutien pour les créateurs

    Développer des fonds publics de soutien spécialement dédiés aux projets où l’innovation technologique est au service de la création (par ex. spectacles, arts visuels, multimédia), tout en incluant des clauses de respect de l’éthique algorithmique.

    Instaurer des incubateurs / accompagnements pour les start-ups culturelles, qui offrent non seulement des ressources financières, mais aussi du mentorat, des ateliers légaux, de la gestion des données et de la vie privée.

    Participation citoyenne et médiations démocratiques

    Créer des espaces de débat public impliquant les citoyens, les créateurs, les experts en technologie, les décideurs, pour discuter des usages des algorithmes, de la robotisation dans la culture, de ses risques et potentiels.

    Développer des médiations culturelles numériques : plateformes ou interfaces permettant au public de comprendre, d’interagir avec, voire de co-concevoir les contenus algorithmiques.

    Veille sociale et santé au travail dans l’ICC automatisée

    Identifier et prévenir les risques liés au stress numérique, à la surperformance liée aux attentes algorithmiques (ex. visibilité, « likes », streaming) — pour éviter burnout, boreout, brownout.

    Intégrer dans les politiques de travail des ICC des normes de bien-être numérique, des pauses, des conditions de travail adaptées aux rythmes imposés par la technologie.

    Valoriser les spécificités locales dans un monde globalisé

    Soutenir les langues, les patrimoines culturels, les traditions locales dans les productions culturelles numériques, afin d’éviter l’uniformisation culturelle due aux algorithmes dominants.

    Conclusion

    A l’heure où l’on pourrait croire que les industries créatives tendent à l’émancipation ou à la libération de l’individu, on constate aussi d’autres effets de ces industries : uniformisation des modes de vie, domination d’une logique économique ou encore un pouvoir autoritaire. Pour les chercheurs allemands, Horkheimer et Adorno, après la seconde guerre mondiale, l’industrie culturelle participe d’une anti-Aufklärung, phénomène ne concernant pas seulement les pays totalitaires, mais également les autres pays, à commencer par les sociétés libérales. Aussi, ce n’est pas anodin si dès les années 70, le champ des Sciences de l’information et de la communication se penche sur cette notion d’industrie culturelle, avec une dimension critique et ouverte à un champ interdisciplinaire de recherche sur la vision et sur l’instrumentalisation de la culture populaire — industrialisée — des médias et des grands groupes de communication.

    Eu égard du manque de recherches quantitatives sur la question, très tôt, la notion d’industries créatives a fait l’objet de nombreuses critiques. Aussi, quelles médiations pour des sociétés où l’Homme et la Machine tendent à se côtoyer, aussi bien économiquement que sociologiquement ?


    [1] DEES DE STERIO Marius (1999). De propaganda fide. Cours du Pr. Marius De Sterio en ligne sur ameddias.org. URL : http://www.ameddias.org/fr/2014/01/08/de-propaganda-fide_1/ .

    [2] WATZLAWICK, P., BEAVIN-BAVELAS, J., JACKSON, D. 1967. Some Tentative Axioms of Communication. In Pragmatics of Human Communication – A Study of Interactional Patterns, Pathologies and Paradoxes. W. W. Norton, New York.

    [3] « The War of the Worlds » est une dramatique émission de radio interprétée par la troupe du Mercury Theatre (en) et diffusée le 30 octobre 1938 sur le réseau CBS aux États-Unis. Écrite et racontée par Orson Welles, c’est une adaptation du roman du même nom de l’écrivain H. G. Wells.

    [4] Source : http://allafrica.com/stories/201511111408.html

  • MALAISE DANS LA CIVILISATION NUMÉRIQUE

    MALAISE DANS LA CIVILISATION NUMÉRIQUE, SOUS L’ANGLE DE L’ÉCONOMIE, DE L’ANTHROPOLOGIE ET DE LA PHILOSOPHIE

    À partir d’une réflexion philosophique et économique,  le Pr. en Sciences de l’Information et de la Communication (SIC), Jean Paul LAFRANCE  s’interroge sur les avantages et inconvénients de la révolution numérique. « Data is the new oil » : c’est precisement sur la place pregnante, visible mais aussi invisible des donnees dans nos vies, que s’interrogera le Pr. LaFrance (Grandement apprecie et respecte par notre reseau SIC Ameddias a l’international au passage !).

     En un mot, le numérique est-il un humanisme qui tient compte du bien-être des citoyens ? Ou est-il plutôt une autre voie vers un capitalisme de surveillance, à savoir une société du marché des comportements individuels ?

    Les données personnelles, offertes inconsciemment par les utilisateurs, sont « le trésor de guerre » des grandes entreprises du web (les GAFAM américaines et les BAT chinoises) et constituent la principale ressource de l’économie numérique. En parallèle des industries médiatiques, se développent les entreprises de services qui utilisent des plateformes de distribution numérique, telles Uber et Airbnb, et contribuent au phénomène de “macdonaldisation” du travail et d’appauvrissement de la classe moyenne. Que faire pour éviter la suppression des emplois engendrée par l’automatisation et la robotisation du travail ? Le numérique peut se révéler toxique lorsqu’il oblige les travailleurs à s’adapter à un système machiniste : l’homme oscille alors entre burn-out et hyperactivité.

    Quelles pistes envisager pour transformer la civilisation numérique en un humanisme ?

    1. Réformer le capitalisme qui nous pousse à consommer toujours davantage ;

    2. Ralentir notre croissance économique et démographique devant l’impératif écologique ; nous vivons dans un monde fini ;

    3. Amorçer une conversion personnelle car, comme nous l’ont enseigné les philosophes gréco-romains anciens (Socrate, Platon, Épicure, Sénèque, etc.),  la principale cause de la souffrance humaine sont les désirs désordonnés, les craintes exagérées de l’insécurité, la peur du futur et de la mort.

    Jean Paul LAFRANCE

    Jean-Paul LAFRANCE est Docteur en philosophie de la Sorbonne, Professeur en sciences de l’information-communication et membre de la chaire de recherche UNESCO ITEN de l’université Paris 8. 

    Il fut le directeur fondateur du secteur académique des communications à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) à partir de 1970, enseignant invité à l’Université Autonoma de Barcelone, de Paris 8 et de l’Université d’Avignon. Auteur d’une vingtaine de livres, de communications scientifiques et de conférences.

  • Hommages a Beth Brandao

    Hommages a Beth Brandao

    Eugenio CIDADE (Ameddias Brasil) nous a fait part d’une triste information : la disparition d’une de nos pairs Elisabeth BRANDAO que nous avons eu la chance de rencontrer ensemble a l’Univ. de Brasilia en 2013. Pour rendre hommage a cette Professeur tres humaniste, AMEDDIAS se joint a ABRAPCORP l’Association brésilienne des Chercheurs en Communication organisationnelle et Relations publiques (Abrapcorp), a l’Association Brésilienne de Communication Publique (ABCPública) et a la Fédération brésilienne des associations scientifiques et académiques de la Communication (Socicom).

    Beth Brandoa a quitte ce monde le 7 avril 2021 après avoir été hospitalisée contre le CoronaVirus.

    Le mot du Pr. Katia BELISARIO, représentante AMEDDIAS Brésil :
    « With great sadness we received the news of the death of  professor Elizabeth Brandão, victim of COVID-19. Beth, as she was knowm , was a reference in studies of public communication in Brazil. She was one of the creators of the  course of Organizational Communication of the Universidade de Brasília.Rest in peace, Beth« .

    Nota de pesar pelo falecimento de Beth Brandão

  • Guerilla marketing

    Le guerilla marketing s’apparente à une stratégie publicitaire qui se concentre sur des tactiques de marketing non conventionnelles à faible coût qui donnent un maximum de résultats.

    Ses diverses tactiques promotionnelles ont pour points communs de laisser une impression indélébile et de générer un puissant Buzz marketing – le tout à petit budget.

    Le terme original a été inventé par l’Etats-Unien Jay Conrad Levinson en 1984 dans son ouvrage « Guerrilla Advertising ». Le terme marketing de guérilla a été inspiré par la guérilla qui est une forme de guerre irrégulière et se rapporte aux petites stratégies tactiques utilisées par les civils armés telles des embuscades, des sabotages, des raids et autres surprises. Tout comme la guérilla, on utilise le même type de tactique dans l’industrie du marketing. Ce style publicitaire alternatif s’appuie fortement sur une stratégie marketing non conventionnelle, une grande énergie et de l’imagination pour un buzz social optimal. On dit que ce marketing marque beaucoup plus les consommateurs par rapport aux formes plus traditionnelles de réclames. Cela est dû au fait que la plupart des campagnes de marketing de guérilla visent à frapper le consommateur à un niveau plus personnel et mémorable.

    Le marketing territorial en temps de crise tend à repenser l’emploi. Un marketing alternatif tel le Guerilla marketing – aussi appelé Street Marketing – propose des types de communication inspirants pour une communication locale et inusuelle, décalée. Ce, pour se démarquer de la masse de publicités ambiantes en marquant les esprits des consommateurs grâce à une démarche où l’art, le visuel et l’humour ont toute leur place[1].

    Relayé par non seulement des médias sociaux mais aussi des sites Internet, le message de ces formes de communication se relai très rapidement et sans engendrer de dépenses en passant par des annonceurs à payer ou des personnalités de star system comme égéries. Ici le marketing parait plus démocratique : tout un chacun peut interpeller ou peut être sollicité pour interpeller. Il s’agit donc d’une technique de marketing directe utilisée pour atteindre sa cible en la surprenant. Ainsi, si les entreprises et les marques vont à la rencontre des gens en occupant la rue et/ou les espaces publics, tout un chacun peut aussi le faire sans être affilié à une quelconque corporation. De ce constat, les lobbys possédant des budgets ne sont plus les seuls à pouvoir faire preuve d’ingéniosité grâce à des moyens et des cadres difficilement accessibles ou chers, par exemple. Les campagnes de Guerilla marketing peuvent donc être individuelles ou légalement financées par les territoires les accueillant.


    [1] Le Guerilla Marketing peut également être “familles” de “Guerilla” : l’Ambush marketing, le Stealth marketing, le Viral marketing, l’Ambient marketing et le Street marketing. Cf. https://www.cospirit.com/magazine/guerilla-marketing-quelques-exemples-inspirants-pour-une-communication-locale-decalee/

  • Glossaire journalistique

    Ce glossaire comprend un lexique du champ médiatique. La plupart des définitions[1] sont écrites à partir de celles des journalistes Jean Luc Martin-Lagardère (« Les différents genres journalistiques in Le Guide de l’écriture journalistique, 1984, réed. 2003 : 91-132) et Jacques Mourilland (« la gamme des genres journalistiques » in L’écriture journalistique, 1997 : 50-75).

    L’analyse de fond : C’est un article assez long, présentant une argumentation et dépassant le cadre évènementiel court pour se situer au niveau des principes et des problèmes structurels. Signé par un collaborateur en vue et figurant en très bonne place dans le journal, il constitue ce que le journaliste et écrivain Bernard Voyenne désigne en 1967 désigne sous le vocable anglo-saxon de « leader » : « son ton se rapproche de celui de l’éditorial, mais contrairement à ce dernier, il n’exprime pas nécessairement la position collective de l’organe qui le publie (in Bonnafous, 1993 : 91).

    Le billet d’humeur : court article d’humeur sur un fait ou une question d’actualité, caractérisé par sa concision et une chute inattendue : humoristique, impertinente, paradoxale, affective, etc. Cette écriture se justifie d’abord par une volonté de donner une opinion, de mettre au service du lecteur son savoir, sa perspicacité et sa documentation. Le billet d’humeur exprime sous une forme très personnalisée, l’opinion d’un membre du journal. Il engage le journal tout en permettant plus d’écart que l’éditorial.

    Brève/Dépêche/Filet : Très lue, la brève est la plus petite information de la presse possible. Sans aucune marque formelle du locuteur, elle se présente comme la reproduction d’une dépêche d’agence parfois même la dépêche telle quelle. Elle va au maximum jusque 500 signes contrairement au filet, un peu plus développé qui peut aller jusque 1000 signes. C’est donc l’information brute, sèche, ramassée en un minimum de mots. Longtemps, parce qu’elles étaient réputées « faciles à faire », elles étaient traitées rapidement dans les rédactions. La brève, peut également être une reproduction identique ou quasi identique d’une dépêche de presse communiquée par une agence de presse. La règle de base étant de se tenir presque toujours à un éclairage factuel faute d’avoir la place d’argumenter selon un autre angle. Avec la brève, on dit qui, où, quand. Si on sait comment et/ou pourquoi, on passe de la brève au filet.

    La chronique : Il existe deux sortes de chroniques : – article publié à intervalles réguliers, mais pas forcément dans chaque numéro du journal, sur un thème donné : littérature, philatélique, historique… ; – commentaire libre, réflexions sur l’actualité, revenant à intervalles réguliers sous la signature d’un collaborateur, généralement renommé. Prises de positions et avis très personnels. La chronique est le lieu par excellence où le rédacteur peut prendre un peu de cette distance qui manque tant à ses confrères qui couvrent l’actualité. La chronique peut être confiée à une personnalité extérieure au journal.

    Le compte-rendu : Dans cette étude, retranscription d’un procès (audience ou jugement). Il n’y a pas de limites de taille. C’est un genre journalistique « faux-ami ». Pratiqué à l’excès dans beaucoup de médias, il a l’apparence de l’objectivité. L’auteur, en effet, en est aussi absent que possible, reprenant la plupart des évènements ou des propos dont il a été témoin, souvent dans l’ordre chronologique. Dans trop de compte-rendus, ce n’est pas le journaliste, terriblement absent, qui hiérarchise l’information, mais bien ceux dont il a suivi ou enregistré les propos. Il n’est pas loin de jouer le rôle de simple magnétophone.

    Le courrier/la lettre des lecteurs : Souvent utilisée pour valoriser le journal. On choisit de publier les lettres les plus élogieuses ou celles qui confortent la ligne choisie par la publication. À la limite, s’il n’en reçoit pas, le journal peut les écrire lui-même. Mais l’autosatisfaction est une pratique dont certains commencent à se méfier. C’est plus une nécessité commerciale (montrer qu’on tient compte de l’avis du lecteur) qu’une rubrique reflétant la réalité des opinions exprimées.

    La critique : La critique est le commentaire d’un produit, d’une manifestation dans le domaine des arts et de la culture (films, livres, expositions etc.). Elle évalue les différents aspects (originalité, talent) d’un produit pour éclairer sur sa qualité et son intérêt. Il est bon que le critique connaisse bien le milieu concerné, pour apporter des éclairages complémentaires inédits. La subjectivité est de mise en matière de critique au grand dam des artistes. Cependant, la critique ne peut se dispenser d’un minimum de présentation de l’œuvre concernée qui doit être aussi neutre que possible. La bonne critique s’appuie sur une vraie connaissance du genre littéraire, cinématographique, etc. concerné, des œuvres d’auteurs proches. Elle compare, elle rapproche, elle dissèque. Hélas, le plus souvent, on n’est pas très loin du communiqué de presse diffusé par l’émetteur du produit à critiquer. Néanmoins, elle sait se reconstruire hors de la pression de l’actualité. Pour exemple, l’Almanach critique des Médias de Mehdi Ba et Olivier Cyran (2005) critique sur « l’actualité ».

    L’éditorial : Article prenant position sur un fait d’actualité et engageant la responsabilité morale du journal. Il s’agit donc de la position commune de l’ensemble du journal. C’est l’article d’opinion par excellence. Les mots sont forts, le rythme de la phrase soigné. Souvent, le rédacteur le rompt pour marteler ses arguments. L’éditorial doit jouer un rôle noble : défense d’une idée, d’une personne ou d’un groupe de personnes, éveil des consciences sur telle ou telle situation, etc. Il peut aller de la profession de foi à l’appel public en passant par l’agitation, la dénonciation d’un fait ou d’une situation, ou le coup de gueule indigné. L’éditorialiste signe toujours son article (de son nom, de celui du journal ou d’un pseudonyme collectif), qui est parfois accompagné de son portrait photo.

    Lettre ouverte : souvent engagé, ce texte destiné à une ou plusieurs personnes en particulier, est exhibé publiquement afin d’être lu par un plus large groupe. La lettre ouverte ose et se risque sur des sujets d’actualités controversés. Pour exemple, celle, pertinente, de l’avocat luxembourgeois Gaston Vogel (proche de Marius D. Sterio) reprise dans l’ouvrage Dans la Tourmente Judiciaire de 1962 a nos jours, Gaston Vogel Luxembourg (2010), « Lettre ouverte a Frieden, l’homme aux cameras de surveillance – A propos de la nécessite d’enregistrer les interrogatoires ». Cette lettre ouverte illustre une liberté d’opinion et de critique (désormais appelée « liberté d’expression ») rare pour être soulignée. Destinée au ministre de la Justice , la lettre a suscité en 2010 déjà, en temps de transition digitale, des interrogations bouleversantes sur les conséquences societales risquées d’une justice robotisée avec un excès de cybersurveillance (Qui plus est, sans considérer l’acteur majeur de la justice qu’est l’algorithme !).

    L’interview : Elle donne à entendre ce que tel ou tel peut avoir à dire sur un sujet. L’interview est facile à lire, car souvent elle est de taille courte ou moyenne et que l’alternance des caractères différents pour marquer les questions des réponses facilite l’entrée du lecteur dans le texte. En apparence, c’est un exercice relativement simple à mener. Le risque principal étant celui de la banalité du propos. Contrairement à l’apparence, l’interview est un genre difficile à mener. Elle suppose une première phase de documentation bien menée et une connaissance du domaine, du sujet, du vocabulaire dont l’interviewé va renseigner. Une grande partie du talent de l’interviewer tient dans son sens de la psychologie, et notamment par le choix de ses questions ouvertes ou fermées, la relation de mise en confiance qu’il crée, etc.… Toutefois, la généralisation de l’interview téléphonique, moyen de recueil plus économique et rapide peut biaiser l’interview. L’interaction paraverbale absente, la communication ne sont plus la même.

    Le portrait : Article dressant la personnalité d’une personne connue ou non, à travers ses caractéristiques : biographie, activités, déclarations, manière d’être, apparence physique… Le propos du genre est de donner de la chair à un individu, de saisir au-delà de données conventionnelles d’un curriculum vitae la vie, les ruptures, les motivations, etc. Il peut être présenté sous des formes et des longueurs très différentes.

    Le programme TV : Dans la PQN, il présente souvent ce qui sera diffusé le jour même dans les différents programmes de la télévision généraliste à des heures de grande écoute, généralement en début de soirée.

    Reportage/enquête : Il suppose un déplacement sur le terrain du journaliste ou du correspondant ; il comprend très souvent un ou plusieurs interviews et est toujours assorti de commentaires, plus ou moins explicites, du locuteur. L’enquête et le reportage rassemblent dans un même article des informations d’ordre différentes émanant de lieu différent. Comme le note Jacques Mouriquand, dans une synthèse sur l’écriture journalistique, la difficulté à distinguer les catégories est particulièrement visible dans les médias écrits contemporains où règne une confusion des genres pernicieuse. Jacques Mouriquand prend l’exemple des fréquents emprunts au reportage dans l’enquête : « S’il en résulte assurément un agrément de lecture, la rigueur de la démonstration peut s’en trouver affaiblie » (1997 : 73). Pour le journaliste, un article « ne peut être décliné que sur un seul genre journalistique » (ibid.). Aussi, un risque majeur de confusion des genres trouve son origine avec les découpages de genre entre l’enquête et le reportage. En effet, leurs ambitions n’ont aucun rapport commun. En effet, pour lui, proposer à la fois de montrer (genre du reportage) et de démontrer (genre de l’enquête) amène à « rompre le contrat avec son lecteur [qui] ne comprendra plus très bien si l’on sollicite sa perception ou son sens logique » (id.).

    L’article de Une : Il s’agit d’une information d’accroche, de la première information que le quotidien va présenter et qui donne un ton à l’actualité du jour. Le plus souvent l’article de Une est développé dans les pages intérieures du journal.


    [1]             Toutes les définitions mis à part celles qui ne sont pas recensées dans aucun des deux ouvrages à savoir : l’analyse de fond qui sera défini par Bernard Voyenne, le programme télévision et la Une.

  • Media Communication Strategies : lexicon

    Media Communication Strategies : lexicon

    Lexique Media FR

    These definitions reflect the evolving landscape of ICT (Information and Communication Technologies) and ICS (Information and Communication Sciences) and its pervasive influence on society, emphasizing the interplay between technological advancements and their practical applications in various domains.

    Agenda Setting

    Agenda setting is a concept where the issues the public believes are important, are decided by the media. Agenda Setting is first mentioned by Maxwell McCombs and Donald Shaw in 1972. It was introduced when they conducted a survey for the 1968 U.S Presidential elections to figure out what issues were important at the time for voters. What they found was that the issues important to voters were the same issues mass media were reporting as important. Basically, media decides what issues the public will focus their attention on, which makes the public believe those issues are more important than the rest. This is seen mostly during political campaigns, where media shapes issues importance instead of reflecting on them.

    cf. McCombs, Shaw, « The agenda-setting function of mass media », Public Opinion Quarterly, 1972, vol. 36, p. 176-187.

    Algorithm

    An algorithm is a kind of a recipe that describes the exact steps indeed to reach a goal. The word algorithm has its roots in Latinizing the name of Muhammad Ibn Musa Al-Khwarizmi in a first step to algorismus.

    cf. « Panique algorithmique, ces algorithmes qui nous gouverne », Le Point, illustration

    https://www.cesep.be/index.php/72-publications/analyses/enjeux-de-societe/698-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent

    Augmented reality

    Augmented reality refers to a computer systems that make possible the superimposition of a virtual 3D model or 2D the perception we have of course the reality and this in real time. It refers to the various methods to embed realistic virtual objects in an image sequence. It applies as well to visual perception (virtual image superimposed on real images) as « proprioceptive » perceptions such as touch or auditory perceptions.

    Burnout

    Saturation, exhaustion. In particular, it may designate a burnout syndrome. The diagnosis of this state of fatigue classifies this disease in the category professional psychosocial risks and as a consequence of exposure to extended. In Japan, the translation would even be « death by overloading work » (Karōshi). + cf. boreout /brownout.

    Citizen journalism

    The expression “citizen journalists” emerged after the tsunami in Southeast Asia in December 2004 as people took video’s and pictures that were published online.

    The role of citizen journalism is to develop information and communication to the internet. It´s an active role from the lambda citizens, in the process of collecting and reporting news and it can be anyone. Any citizen that has a smart phone and who is on social media platforms can perform a « Glocal news´´ and being an eye journalist, as the object is happening if front of citizens.

    The Article about the 4th European conference for science journalists that took place in Copenhagen in 2017 citizen journalism; a phenomenon that is here to stay: it´s also mentioning that citizen journalism is a threat to the professional, as the video’s and photos posted by citizens from an event before the professional journalists appears.

    For Stuart Allan, Head of the school of journalism, media and cultural studies at Cardiff University: “the term includes someone who happens to be in the right place at the wrong time with their smartphone in their pocket and as the presence of mind to bear witness to something unfolding before them”.

    cf. https://www.allisonpr.com/blog/citizen-journalisms-effect-on-brand-reputation/

    Cloudsourcing/Cloudworking

    Cloudsourcing is a process whereby specialized computing products (services and maintenance) are entrusted to one or more cloud computing service providers. It allows organizations to recover their entire IT infrastructure from a cloud, which integrates easily to any platform and requires no management fee. Even if we do not yet find a stable definition for the expression cloudworking closed to « e-working« , it is used about a mode of work according to which the main part of the collaboration is carried out on line. This term is marking because it crystallizes a change of epoch but it is not to detach from the new territories of work. In « new territories of labor », there is the idea of exploration, which describes the current context in  which the status freelancer, self-employed or self-entrepreneur is increasingly attracting assets.

    Cloudworking refers also a realization of the work by an employee outside the company’s premises by means of communication which connect him to this one, whether mobile phones, laptops, private connections to the internal network of the company or hosted tools in the cloud. In time of Covid Crisis, cloudworking in French can also refer to « distanciel » (opposite of »presentiel »).

    Cluster

    A cluster (or cluster of competitiveness) is a concentration of interconnected companies and institutions in a geographical territory. A cluster can be defined as a region, usually urban areas, where there is accumulated know-how in a given technical field, which can competitive advantage at the international level. The economic growth generated tends to spread to other activities, particularly in services and subcontracting.

    Computing

    Computing refers to any activity that focuses on objectives requiring, benefiting or creating from computers. By example, computing includes the design, development and construction of hardware and software, processing, structuring and managing different kinds of information, doing research scientists on and with computers; that computer systems behave in a way that intelligent, creating and using communications and entertainment, etc.

    Creativity

    The term « creativity » refers to the formulation of new ideas and the application of these ideas to the production of works original art and cultural products, functional creations, scientific inventions and innovations technology. Also, artistic creativity refers to the imagination and the ability to generate ideas and new ways of interpreting the world, through text, sound and image.

    Creative City /Creative territory

    The creative city is a concept developed by the town planner Charles Landry in the 1980s and has since become a global movement that reflects a new paradigm of planning for cities.

    A creative territory would be a place associated with a quality of life that would be central to territorial marketing, in particular in order to attract new businesses. The convergence of technologies and offers opportunities for growth and acquisition of specific and competitive industrial positions. These movements make culture and creativity the key stakes for territories, both from the point of view of their branding in order to attract investors. Creativity and creativite territories are then clearly considered from the point of view of the knowledge economy and the digital world in the era of glocalization.

    More info ? http://en.unesco.org/creative-cities/home , http://creativecities.britishcouncil.org/

    Creative class

    US geographer Richard Florida introduced the term « creative class » to emphasize the role creative people in the creative age. He argues that the economy moves from a companies to a people-oriented system. The term « creative class » therefore refers to a population urban, mobile, skilled and connected, which is mainly defined by the slogan « Talent, Technology and Tolerance « .

    To the notion of creative class, Florida combines a theory of economic development of cities that makes the attraction of creative class members a key to the creation of new activities. This thesis is supported by spatial correlations between the development of cities and the indices of cultural of tolerance.

    Creative economy

    Creative economy refers to the growth of creativity and creativity in the economy as a whole. It is a group of activities exploiting the aesthetic and artistic inventiveness of groups of creative workers.

    Creative Industry

    Various commentators provided suggestions on activities to be included in the concept of « creative industries » and the name itself is controversial – with significant differences and overlaps between the terms cultural industries creative industries and creative economy (Hesmondhalgh 2002).

    If we look at the genesis of expression, we note that the political and theoretical origins come from a British notion: creative industries (Hesmondhalgh 2002, Howkins 2001). Early writers such as David Hesmondhalgh, researcher at the Media Industries Research Centre at the University of Leeds and John Howkins, author of The Creative Economy: How People Make Money from Ideas (2002), define the creative industries as a whole, economic activities related to the production or exploitation of knowledge and information. Very quickly, this terminology is taken up by international, supranational organizations, governments, local authorities, statistical institutions, socio-economic actors throughout the world.

    Nowadays, Creative economy refers to the growth of creativity in the economy as a whole. It is a group of activities exploiting the aesthetic and artistic inventiveness of groups of creative workers.

    Commons (Digital commons)

    In English, « communal lands » in the literal sense, « common property » in the figurative sense. Informally speaking, digital common goods involve the distribution and ownership of information and technological resources. Resources are generally designed to be used by the community through which they were created.

    Examples of digital commons: Wikipedia, Wikimedia, Creative Commons, Open Source, etc.

    Social Media/Community manager

    The community manager – or even the community animator for french speakers– refers to somebody which the role in a business is to involve animating and federating communities on the Web for a structure, a company, an association, a NGO, a brand, a celebrity, an institution or a product, for examples. The community manager is involved both in the monitoring of information, the setting up of content and the creation and running of communities.

    Cross-Cultural Communication

    Cross-cultural communication has become strategically important to companies due to the growth of global business, technology and the Internet. Understanding cross-cultural communication is important for any company that has a diverse workforce or plans on conducting global business. This type of communication involves an understanding of how people from different cultures speak, communicate, and perceive the world around them.

    Cross-cultural communication in an organization deals with understanding different business customs, beliefs and communication strategies. Language differences, high-context vs. low-context cultures, nonverbal differences, and power distance are major factors that can affect cross-cultural communication.

    More info ? http://study.com/academy/lesson/cross-cultural-communication-definition-strategies-examples.html

    Cross cultural management

    Cross-cultural management is the study of management in a cross-cultural context. It includes the study of the influence of societal culture on managers and management practice as well as the study of the cultural orientations of individual managers and organization members. At the individual level the values, cognitive structures, and reactions of individuals to their cultural context and experience figure prominently. Contributing disciplines include cross-cultural psychology, sociology, and anthropology as well as the broader disciplines of management and organizational behavior and the related area of international human resource management. General topic areas include the cultural context in which management must take place, the various roles of the international manager, the influence of culture on organizational structure and processes, and management across nations and cultures.

    Cross cultural studies

    Cross-cultural studies are research comparing human behaviors across two or more cultures. This, in order to understand variations of human behavior as it is influenced by cultural context. The first cross-cultural studies appears by the 19th century, with anthropologists such as the British Edward Burnett TYLOR (1832 – 1917) or the New Yorker Lewis H. MORGAN (1818-1881). In the recent decades historians and particularly historians of science started looking at the mechanism and networks by which knowledge, ideas, skills, instruments and books moved across cultures, generating new and fresh concepts concerning the order of things in nature. Cross-cultural studies, also called comparative studies, is a specialization in anthropology and other Human Sciences (sociology, psychology, economics, political science, information and communication sciences). Cross cultural studies uses field data from many societies to examine the scope of human behavior and test hypotheses about human behavior and culture. Cross-cultural studies is the third form of cross-cultural comparisons. Unlike comparative studies, which examines similar characteristics of a few societies, cross-cultural studies uses a sufficiently large sample so that statistical analysis can be made to show relationships or lack of relationships between the traits in question. These studies are surveys of ethnographic data.

    Cross cultural management

    Cross-cultural management is the study of management in a cross-cultural context. It includes the study of the influence of societal culture on managers and management practice as well as the study of the cultural orientations of individual managers and organization members. At the individual level the values, cognitive structures, and reactions of individuals to their cultural context and experience figure prominently. Contributing disciplines include cross-cultural psychology, sociology, and anthropology as well as the broader disciplines of management and organizational behavior and the related area of international human resource management. General topic areas include the cultural context in which management must take place, the various roles of the international manager, the influence of culture on organizational structure and processes, and management across nations and cultures.

    More info ? http://www.oxfordbibliographies.com/view/document/obo-9780199846740/obo-9780199846740-0074.xml

    Crowdfunding

    In French, one could translate « crowd » by « foule ». But also by « a great number of people gathered together », « the common people / the populace » or « a lot of things positioned or considered as a whole ».

    Participatory finance (or collection) is an expression describing all the tools and methods of financial transaction between individuals with little or no inter mediation by traditional actors. The emergence of participatory finance platforms has been allowed through the Internet and social networks. This trend is part of a more global movement: that of collaborative consumption.

    Cultural awareness

    Someone’s cultural awareness is their understanding of the differences between themselves and people from other countries or other backgrounds, especially differences in attitudes and values.

    Cultural industry (Frankfurt School)

    Cultural industries, in the narrowest sense, encompass those sectors which, in the field of culture economy, involve reproduction of works and widespread dissemination. The term covers the film, audiovisual, publishing, record (and musical record) industries. Today, the theme of the creative industries would complement that of the cultural industries (first translation into French of the German expression Kulturindustrie, created by the researchers of the Frankfurt School, Theodor W. Adorno and Max Horkheimer in 1944).

    Founded in the 1930s by them, the Frankfurt movement suffered from the second world war as many of these intellectuals had to run away from Germany to the USA. THe name came into use in the 1950s when the Institute for Social Research where these intellectuals were located re-opened its doors.

    Sometimes called Francfort Circle to demonstrate the fact that it was more a group of people oriented towards the same subject than a well-established school of thinking, the 1960s and the cold war will make its theory more vivid with the arrival of Habermas or Axel Honneth. Main characteristics of analysis must be self reflexive, encompass multiple fields (e.g. litterature, musicology in addition to sociology), ability to re-invent the initial goal of the school based on present evolving context, diversity of opinions of any repetion of a dogma.

    It brings together the cultural industries and all cultural and artistic production activities, whether they are live or produced as an individual entity.

    For Horkheimer and Adorno, the world is structured by the cultural industry (mass culture).At that time, cultural industries are defined as a group formed by cinema, radio, press, television. It is also noted that two British authors on the subject of the creative industries (Hesmondhalgh & Howkins) can also use the term « cultural industries » to refer to the creative industries.

    Cultural Relativism

    Cultural relativism refers to the idea that the values, knowledge, and behaviour of people must be understood within their own cultural context. This is one of the most fundamental concepts in sociology, as it recognizes and affirms the connections between the greater social structure and trends and the everyday lives of individual people.

    E-reputation

    « e-reputation » is a generic term targeting the digital area, for any organization and any person’s reputation. To KISS, it is a digital identity that algorithms create « with or without agreement », on the Web. As soon as a person is present on the Web, he gives birth to his own online reputation.

    When we perform a search on a search engine with the first and last name of a person or with a company’s name, the obtained results reveal to us, in record time, the image, true or false, of the latter. Whether it goes trough customer reviews, articles, comments, photographs etc., any content, especially if they appear in the first results pages, establish the e-reputation of a name.

    Like off-line reputation, e-reputation can be good/positive or bad/negative. Web being an ocean of a disconcerting virality information, it’s very fast to change at all its online image.

    « It takes 20 years old to build a reputation and five minutes to destroy it. » Warren Buffet

    Ethnocentrism

    Ethnocentrism is the belief that one’s own ethnic group, nation, or culture is superior, or any reason based solely on their heritage. It is a major cause for divisions amongst members of different ethnicities, races, and religious groups in society nowadays

    While many people may recognize the issue, they may fail to realize that ethnocentrism occurs everywhere and everyday at both the local and political levels and they have themselves a biased day-to-day ethnocentric behavior.

    More info ? http://examples.yourdictionary.com/examples-of-ethnocentrism.html

    Gatekeeper

    The Gate Keeper is a word derived from the IT field. It is the person that applies to the process for dissemination, whether for publication, broadcasting, the Internet, or some other mode of communication.

    This means Gate Keeping falls into a role of surveillance and monitoring data. It is a  theory of mass communication is a method which allows us to keep our ability to think and behave in a normal and rational manner. the person who is responsible for controlling passwords and access rights or permissions for software that the company uses.

    A secretary who controls who gets an appointment with a president of the company is an example of a gatekeeper.

    Glocalization

    Glocalization is a mixture of the end result of combining the words globalization and localization. Glocalization refers to the practice of conducting business by taking simultaneously into account both the universalizing and particularizing tendencies in contemporary social, political, and economic systems. The term, was popularized by the sociologist Roland Robertson in 1994 and coined, according to him, by economists to explain Japanese global marketing strategies for their products or services designed to benefit a local market while at the same time being developed and distributed on a global level. The phrase « Think global, act local » has been used since in various contexts, including planning, environment, education, mathematics, and business.

    GDPR

    The GDPR (General Data Protection Regulation) concerns the protection of private data. It increasesand unifies the data protection for the persons living in the European Union. The GDPR is applied since the 25/05/2018 in the 28 UE states. Its goal is to increase at once the protection of concerned persons by a treatment of theirs data privacy and the responsibility of players of this treatment. But now some websites are unattainable for UE citizens with the GDPR. And with the article 13 someother websites will be unattainable for UE citizens.

    Guerilla/Streetmarketing

    Guerrilla Marketing is an advertising strategy that focuses on low-cost unconventional marketing tactics that yield maximum results.

    The original term was coined by Jay Conrad Levinson in his 1984 book ‘Guerrilla Advertising’. The term guerrilla marketing was inspired by guerrilla warfare which is a form of irregular warfare and relates to the small tactic strategies used by armed civilians. Many of these tactics includes ambushes, sabotage, raids and elements of surprise. Much like guerrilla warfare, guerrilla marketing uses the same sort of tactics in the marketing industry.

    This alternative advertising style relies heavily on unconventional marketing strategy, high energy and imagination. Guerrilla Marketing is about taking the consumer by surprise, make an indelible impression and create copious amounts of social buzz. Guerrilla marketing is said to make a far more valuable impression with consumers in comparison to more traditional forms of advertising and marketing. This is due to the fact that most guerrilla marketing campaigns aim to strike the consumer at a more personal and memorable level.

    More info ? http://www.creativeguerrillamarketing.com/what-is-guerrilla-marketing/

    Hub

    A hub can design literaly speaking, a central part of a wheel, rotating on or with the axle, and from which the spokes radiate. In term of business, nowadays, it is considerate as the effective centre of an activity, region, or network as a central airport or other transport facility from which many services operate.

    ICT (Information and Communication Technologies)

    Historical Context: The term gained prominence in the 1990s with the rise of the internet and the convergence of telecommunications and computing technologies.

    Etymology: The term « Information and Communication Technologies » emerged in the late 20th century, combining « information » from Latin « informatio » (a concept) and « communication » from Latin « communicare » (to share).

    Information and Communication Sciences:

    Leadership

    Leadership is political, psychological, social influence of an individual or group of individuals on a group or other group. The leader has personal skills that make him different and allows him to be listened and followed by a group of people. Leadership does not equal management.

    Management

    The concept of management is uncertain. Its epistemological status is controversial. According to the authors, it would be an art, or a science, or a process, or a function. For cross cultural studies, we will consider management as the control and the organization of a business or other organization. It can also be considered within plural : a group of people responsible for controlling and organizing a company, a corporate structure.

    It should not be confused with leadership. According to « Trends and Perspectives in Management and Leadership Development » by Richard Bolden from the Centre of Leadership Studies « Leadership development is distinct from management development in the extent to which it involves preparing people for roles and situations beyond their current experience. Management development, he argues, equips managers with the knowledge, skills and abilities to enhance performance on known tasks through the application of proven solutions, whilst leadership development is defined as “orientated towards building capacity in anticipation of unforeseen challenges.” »

    Miscommunication

    Miscommunicate is the failure to communicate ideas or intentions successfully. For Paul Watzlawick (1921-2007), Austrian-American family therapist, psychologist, communications theorist, and philosopher from the Palo Alto School, « One cannot not communicate » but « one can be misunderstood or not understood » (Pr. Alexandre Marius Baron Dées De Sterio – 1944-2006).

    Narrowcasting (versus Broadcasting)

    as the term implies « narrow » which means limited or restricted. Narrow casting has to do with the transmission of information to a specified group of people or audience. Thus form of information dissemination is targeted. Eg: an agricultural information transmitted as an enlightenment program to farmers or to a specific region.

    In addition, the use of cable tv is a good example of narrow casting because it requires subscription and only subscribes are able to view content of the information disseminated.

    Finally, narrow casting can be restrictive and could require a login details from site. This is possible due to the presence if new media technologies. Eg: the use of emails.

    Broadcasting: this concept encompasses the use of old media such television and radio. The information is far reaching and not restricted. A large audience is able to receive this information through network TV. In other words, anyone who owns an antenna can receive information through TV or radio. Broadcasting is not targeted to any region, or audience.

    • Personal Branding

    Prejudice

    A prejudice can be defined as a preconceived judgment or opinion ; an adverse opinion or leaning formed without just grounds or before sufficient knowledge or even an irrational attitude of hostility directed against an individual, a group, or their supposed characteristics.

    Prosumer

    A prosumer is a person who consumes and produces a product. It is derived from « prosumption, » a dot-com era company term meaning « consumer manufacturing. » These terms were invented in 1980 by American futurist Alvin Toffler and were commonly used by many technology authors of the moment. Today it usually relates to a individual using commons-based peer production.

    This blurring of the roles of consumers and producers has its origins in the cooperative self-help movements that emerged during various economic crises, e.g. the Great Depression of the 1930s. Another example of prosumer would be: Solar, wind and other renewables, on-site battery storage, and microgrids are the future, not fads. They’re becoming reality as governments and regulators incentivise grid defection, with seemingly scant regard for the utilities that enable this change.

    i.e. Solar panels for electricity / Wind turbine for water

    Public Sphere

    Habermas’ definition of a public sphere is the first and founding trigger to classification attempts of the formation of public opinions and the legitimization of state and democracy in post-war Western societies. It is accepted as standard work but the concept of it is challenged by many critics. Public Sphere is defined as a domain of social life where opinions can be formed. For Habermas :

    “The parliament no longer is an ‘assembly of wise men chosen as individual personalities by privileged strata, who sought to convince each other through arguments in public discussion on the assumption that the subsequent decision reached by the majority would be what was true and right for the national welfare.’ Instead it has become the ‘public rostrum on which, before the entire nation (which through radio an television participates in a specific fashion in this sphere of publicity), the government and the parties carrying it present and justify to the nation their political program, while the opposition attacks this program with the same opennes and develops its alternatives.”

    Source: https://www.goodreads.com/author/quotes/31386.J_rgen_Habermas

    Robotization

    • Etymology: « Robot » from Czech « robota » (forced labor) and « ization » indicating a process.
    • Historical Context: The concept of robotization became significant in the late 20th century with the advancement of industrial robots, particularly in manufacturing, starting with the introduction of Unimate in 1961.

    Social listening

    Le Social Listening est une technique de veille en ligne, sur les medias sociaux consistant à suivre les echanges mentionnant une marque, des produits, des concurrents en lien avec un domaine d’activité en général. Il s’agit d’utiliser ces données pour parler directement aux clients, saisir des opportunités ou bien pour adapter une stratégie marketing (ex: Brets Fromage et CeriseNoire, Twitter)

    Stereotype

    A stereotype refers to a widely held but fixed and oversimplified image or idea of a particular type of person or thing.

    Symbolic interactionism (Chicago School)

    Theory which presents society as the result of people engaging in social interaction. Social reality can therefore only described and exists in the context of the human behavior. Athough the theorical works of George Herbert Mead, this theory gained popularity thanks to Herbert Blumer, while teaching at the University of Chicago in the 1930s. The 3 main principles are:

    1. Humans act towards things (including other individuals) on the basis of the meanings they have for or give to them.
    2. The meaning of things arises out of the social interactions one has with another.
    3. Meanings are modified through a cycle: a person gives meaning to things, interacts with these things based on these meanings, and then changes and revises this meaning based on the output of his interaction.

    Derived ideas include that these social interactions are possible because humans are capable of thought and this capacity comes from and is shaped by social interaction, and all these actions and interactions are the basis for making up societies or groups of people.

    Think Tank

    Research institute (usually independently financed) staffed with interdisciplinary group of experts engaged in the study of policy issues in business and government. The term, first applied in 1940’s to the Rand corporation (funded largely by the Ford Foundation), is now loosely applied to any group formed to solve a problem or to study a particular topic.

    Viewertariat

    Viewertariat is defined as viewers that use publishing platforms and social media to freely comment, exchange ideas, opinions, experiences, and viewpoints while watching live tv (Anstead and O’Loughlin, 2011, p.441). Recent technological advances have made it possible for individuals to exchange their opinions through Social media on a real-time basis while watching TV. Live tweeting while watching political leaders give speeches or debate is an example. The emergence of Viewertariat shows a shift in consumption from passive which is when audiences are not engaging or questioning the message or information, to active which means that the audience is actively involved with the content and interprets what they are viewing it in their own personal and social contexts.

    Watchdog Journalism

    An individual or individuals that share information concerning institutions, companies, governments, societies etc to the public. This information shared is usually shared with the aim of getting a public reaction. One could say it’s another word for “whistleblower”.

    The role of a watchdog is like that of a guardian, in order to protect the people from higher institutional abuse of power.  Before sending or sharing the information, a watchdog must fact check, construct interviews, beating reports, and investigative journalism in order for the information is accurate and adequate enough for the public.

    Bibliography

    ADLER, Nancy J., with Allison GUNDERSEN (2007). International Dimensions of Organizational Behavior. 5th ed. Mason, OH: Thomson Learning.

    DERESKY, Helen (2013). International Management: Managing across Borders and Cultures, Text and Cases. 8th ed. Upper Saddle River, NJ: Prentice Hall, 2013.

    EARLEY, P. Christopher (2002). « Redefining interactions across cultures and organizations: moving forward with cultural intelligence ». In B. M. Staw. Research in Organizational Behavior.

    HESMONDHALGH, David; BAKER, Sarah (2006). «Creative work in Cultural Industries». Communication au colloque international “Mutations des industries de la culture, de l’information et de la communication”, September 25, 26, 27, La Plaine Saint-Denis.

    Available : http://www.observatoireomic.org/fr/art/180/creative-work-in-the-cultural-industries.html.

    FLORIDA, Richard (2008). Who’s your city? How the Creative Economy Is Making Where to Live the Most Important Decision of Your Life, New York, Basic Books.

    HOWKINS, John (2002).The Creative Economy: How People Make Money from Ideas, London, Penguin Press.

    LANE, Henry W., MAZNESKI Martha (2014). International Management Behavior: Global and Sustainable Leadership. 7th ed. Chichester, UK: Wiley, 2014.

    LANDRY, Charles (2000). The Creative City: A Toolkit for Urban Innovators.

    THOMAS, David C., PETERSON Mark F. (2014). Cross-Cultural Management. 3d ed. Thousand Oaks, CA: SAGE.

    More info ?

    https://www.collinsdictionary.com/dictionary/

    https://dictionary.cambridge.org/dictionary/

    https://www.oxforddictionaries.com/

    https://www.businessdictionary.com/

  • Friedrich ENGELS

    Friedrich Engels
    Friedrich ENGELS (1820-1895)

    Friedrich Engels (1820-1895) est un nom grandement étudié au sein des Sciences de l’Information et de la Communication. C’est un des auteurs qui aura change la donne en mettant en maux les travers de nos sociétés capitalistes dans lesquelles souffrent un prolétariat inerte. En ce sens, il est vu comme un des pères, avec son ami Karl Marx, du « socialisme scientifique ».

    Originaire de Barmen, Wuppertal, Engels vient d’une aristocratie économique aisée. Petit, il grandit en famille avec l’entreprise familiale, les ouvriers et les enfants d’ouvrier. Il est alors destine a reprendre l’entreprise économique de son père. Or, Engels aime la vie, s’amuser, jouer aux cartes, il évolue dans une optique « Il faut que jeunesse se fasse ». Et ce, pas forcement dans la lignée du papa. Aussi juste avant de passer son examen du bac pour l Université, il est envoyé par son père au Royaume-Uni pour être forme dans le commerce, en business. Mais quand il arrive a Manchester … la suite Arte raconte tres bien :

    https://www.arte.tv/fr/videos/097515-000-A/friedrich-engels-dans-l-ombre-de-marx/

    https://www.arte.tv/fr/videos/086127-010-A/quand-l-histoire-fait-dates/

  • Projections médiatiques autour des « migrants »

    Projections médiatiques autour des « migrants »

    Projections mediatiques autour des « migrants ». De la quête d’un mieux-être au faire face du rejet ?
    Media projections around « migrants » – Searching well-being or to face a rejection? / Article EN

    « Migration ». Un terme omniprésent dans l’actualité politique, juridique, économique, environnementale … Que désigne la sphère médiatique par-là ? De nos jours, nombre de chercheurs préfèrent parler de “mobilité” ou de “circulation”, les termes étant plus explicites pour comprendre des flux à géographie variable dans le temps. « Migrants ». Un terme qui englobe tous types de citoyen dans un contexte de circulation, causé par les guerres, l’environnement, l’économie – de citoyens refugiés, des demandeurs de protection internationale, des déplacés du climat, des travailleurs frontaliers, une fuite des cerveaux, des exilés pensionnés ou encore fiscaux… Parmi tous ces types de profils, un point commun : la recherche d’un mieux-être. Dans cette quête, on peut observer quelques constantes positives au cours de l’histoire comme la stabilité de pays d’accueil ou la richesse d’échanges socio-culturels. Or, la récurrence des discours de rejet reste dominante. On constate ainsi à travers le temps les enjeux d’une information déontologique quant aux représentations de populations en déplacement (envahisseurs, criminels, violeurs…). Ce sont de ces représentations médiatiques de la « migration » dont nous traiterons au prisme des faits divers les plus stigmatisants, aux caricatures les plus dénonciatrices, de l’Ancien Régime à nos jours, dans le bassin méditerranéen.

    Mots clefs : e/im/migration, histoire, presse, stigmate, caricature

    Parmi toutes les régions du monde, le bassin méditerranéen est un observatoire remarquable : de l’Égypte à la Grèce antique, en passant par la période des croisades, de l’Empire Ottoman ou du 19ème siècle ouvrier jusqu’à aujourd’hui, les migrations de masse se renouvellent. Ces flux contribuent ainsi à la construction de nouveaux espaces. Malgré la variété des contextes historiques et des ruptures, il est possible de déceler dans la narration des phénomènes de migration, un certain nombre de permanences, d’images qui se répètent. Si l’on se penche sur les représentations médiatiques de ces permanences, il faut au moins remonter au 19ème siècle avec l’apparition de la presse des tribunaux sous l’Ancien Régime. En ces temps de migrations intra-muros puis frontalières, les faits divers s’appuient sur des compte-rendus tendant à stigmatiser violemment l’ensemble des migrants. De nos jours, ce genre de stigmatisation se renouvelle et s’accroit avec la digitalisation de l’information. Pour illustrer ces couvertures médiatiques, seront ainsi sollicités des travaux de disciplines croisées entre Histoire (Vigarello, Noiriel, Gastaut, Kalifa), Sciences de l’information et de la communication (Bonnafous) et des Sciences transdisciplinaires du réseau MIMED (Migrations en Méditerranée). Nous nous concentrerons ainsi sur les perceptions médiatiques des 19ème et 20ème siècle avant de nous focaliser sur la réception de l’information sur les flux de circulation actuels en Méditerranée, à travers les caricatures du dessinateur de presse Ali Dilem. Pour finir, nous préconiserons une information plus éthique concernant la quête d’un mieux-être et le risque de rejet auquel ledit “migrant contemporain” devra faire face.

    Du migrant rural dans la presse de l’Ancien Régime

    Du latin migratio, dérivé du verbe migrare, le terme “migration” désigne le fait de migrer, de s’en aller d’un endroit, changer de séjour, partir, émigrer… Comprendre les flux migratoires contemporains, c’est aussi prendre en compte leur complexité à travers l’histoire. Des populations partent, certaines ne font que passer, d’autres font des allers-retours avec le pays d’origine. Cependant, de tous temps, avec les déplacements de population, les nouveaux arrivants sont souvent incriminés.

    En France, sous l’Ancien Régime, le monde urbain exècre les migrants ruraux et les changements sociétaux liés à de nouvelles formes de travail. La figure de ces immigrants se construit sur des préjugés : celle d’étrangers, envahissant l’espace et prenant le travail des autres pour des paies moindres. En ces temps, il s’agit de travail de service dans l’hôtellerie, la restauration, de gestion et de ventes en boutique. Les ruraux sont donc considérés comme des voleurs de travail, de métiers plus faciles et initialement réservés aux femmes, puisqu’ils nécessitaient moins d’efforts physiques, en ces temps industriels. Si l’on se focalise sur la perception médiatique de cette classe ouvrière, on remarquera aussi via le fait divers, qu’en plus, le rural, le « gueux », le « pouilleux » est souvent décrit comme coupable de crimes les plus abjects comme le viol. Ce sont les mêmes crimes tabous, aux chiffres gris[1], commis dans toutes autres classes sociales mais semblant qui sont surmédiatisés lorsqu’il s’agit des migrants ruraux, la classe sociale « inferieure » paraissant la plus criminelle et inéduquée parmi les Français. Ainsi, au début du 19ème siècle, l’opinion publique assimilait les agresseurs à des monstres frustrés issus du monde rural. Comme résumé par l’historien Georges Vigarello, les populations mal connues étaient derechef stigmatisées comme « barbares » et coupables (1998 : 187) :

    « Les industries, leur encombrement, les migrants plus nombreux fascinent et inquiètent. La crainte de la violence vise moins celle des campagnes que celle des rues, cette promiscuité jusque-là inconnue dans les villes […]. Les « sauvages de Paris », ceux de Georges Sand ou d’Eugène Sue, sont autant de « barbares vivant au milieu de nous », « peuplades » renforçant la certitude d’un accroissement du crime, ouvriers d’un nouveau genre, migrants des campagnes transportant l’inquiétude au cœur des cités ».

    Avec ces nouvelles populations inconnues autour de la ville, les portraits dépeints par la presse n’ont pas forcément aidé à leur intégration. L’image de cette migration intra-muros dans la métropole, se remarque avec la presse française La Gazette des Tribunaux. Né en 1825, le journal spécialisé dans le compte-rendu de procès, n’échappe pas à la mode du fait divers, fonds de commerce lucratif[2]. À cette époque, sa formule repensée fait partie d’une nouvelle presse qui fabrique de la curiosité en s’adressant à toutes les classes de la société. Comme le constate Georges Vigarello (1998), le quotidienrépercute de la sorte une nouvelle topographie criminelle lorsqu’il établit en série, autour de 1840, les crimes de mœurs commis par des ouvriers, entremêlant viols d’adultes et viols d’enfants : « les attentats à la pudeur se renouvellent de façon effrayante » (12/10/1838), ceux surtout d’ « ouvriers carriers » (20/05/1833), d’ « ouvriers maçons » (06/05/1841), de « garçons fumistes »(20/06/1833), de « charbonniers »(02/04/1842), de « deux hommes à demi ivres sur une ouvrière » ou sur « une jeune fille revenant d’un bal » (20/04/1842). Perçus comme des personnes fausses, des personnes à bannir, ils sont associés a des lieux oublies du progrès et dépravés. Ils viennent des faubourgs – des bourgs de la ville – et sont perçus comme faux et emplis de faux bourgeois inéduqués tout comme les banlieues renvoient à des gens « bannis du lieu », au moins éloignés à une lieue de la ville, en ces temps. Des titres de presse relatifs à ces quartiers populaires s’enchainent : des « jeunes gens du Faubourg Saint-Antoine sur une jeune fille mineure », ou encore « 12 ouvriers imprimeurs du faubourg » incitant La Gazette à « appeler toutes les sévérités de la justice » (12/10/1838) pour des actes « renouvelés plusieurs fois, toujours dans les mêmes conditions au Faubourg Saint-Antoine » (01/05/1841)[3]. On constate que le fait divers révélateur des représentations sociales fonctionne avec un mécanisme particulièrement redoutable dans le cas de l’immigration : il révèle un malaise social, mais aussi un rejet, une certaine xénophobie. Le lieu nourrit les stigmates. Pour la presse de ce temps, l’atteinte violente de vols et de violences appartiendrait d’abord au monde des villages et des hameaux. L’argument est même systématisé depuis le 18ème siècle, fixé sur une conviction : « l’incompatibilité entre l’existence de certains crimes et l’existence de la civilisation » et « l’appartenance du meurtre ou du viol à un monde rural fait d’archaïsme opposé à un monde urbain fait de modernité » (Vigarello, 1998 : 131-133). Le progrès se lit à l’aune de l’urbanité : la ville, son développement et ses lumières devraient éloigner la violence et le sordide. Finalement, l’utopie d’une civilisation industrielle et citadine, prête à remédier à tous les maux de la société, se met lentement en place : la civilisation devrait effacer crimes et délits. C’est au cœur de ces certitudes, pourtant, que prennent source des questionnements sur la réalité de la violence autant que sur la manière de l’évaluer, la ville et le crime suggérant des inquiétudes jusque-là inconnues.

    Effectivement, en parlant d’un « monde des villages et des hameaux », et en le comparant à des « lieux oubliés du progrès », on peut voir, au travers d’analyses de presse, s’opérer un « procès de civilisation » désignant comme « non civilisés » ici, les migrants français ruraux, et, par association simpliste, les opposer à la modernité, en tant que primitifs et ignorants supposés (Saadaoui, 2010). Ces réflexions mènent à s’interroger sur les effets d’une pathologie urbaine. La ville serait plutôt un contre-exemple, un « antre poisseux de corruption, un gouffre de tentations » dont l’entassement aviverait tous les dangers tout comme l’augmentation des crimes et délits signifierait uniquement une croissance des « turpitudes et dépravations urbaines » (Vigarello, 1998 : 136).

    Aussi, des travaux de démographie tels ceux de Jean-Claude Chesnais (1981) rejoignent les constatations de l’histoire des représentations susmentionnées. Ils se penchent sur la perception de ces sempiternels nouveaux migrants, qui sont désormais des couples de migrants, des familles regroupées et non pas des hommes seuls arrivant en ville. Si la figure du meurtrier barbare fait encore partie de l’imaginaire du crime, la presse informe alors sur une menace qui devient plus précise, plus localisée : c’est la peur du migrant voisin qui se substitue à la peur du campagnard, le migrant frontalier – quand bien même citadin – étant encore plus « étranger » que le Français rural : l’Italien et le Belge en premier lieu.

    « Procès de civilisation » du migrant économique frontalier

    Jusqu’aujourd’hui, on pourrait voir se répéter dans ces réprobations historiques un lent « procès de civilisation » (Saadaoui, 2010 : 17) qui découlerait des travaux sur les processus de civilisation de Norbert Elias (1969) qui voudrait que la société « civilisée », la « société de Cour » se donne le devoir de civiliser les autres classes sociales à son image. Avec ce procès de civilisation, apparaît alors une nouvelle sensibilité urbaine : « cité redoutée, vénérée et haïe où naissent les normes morales et sanitaires du XIXe siècle » (Vigarello, 1998 : 186), comme les normes de comportement confirmant l’« émergence d’une autre France » évoquée par l’historien Yves Lequin (1983 : 193). Les idées reçues sont entérinées, notamment celle selon laquelle les étrangers seraient une charge pour la société et un danger pour la cohésion nationale. Difficile de répondre à ces idées préconçues sur les migrants, sans parler d’un contexte politique favorable ou réticent à l’immigration.

    Via un regard plutôt médiatico-politique, les préjugés sur des immigrés en provenance d’Afrique, d’Amérique latine ou d’Europe de l’Est s’accroissent avec de fortes montées d’extrémisme. Si l’on retourne à l’époque de l’Ancien Régime en France explicitée par Georges Vigarello, on s’aperçoit que les compte-rendus de La Gazette des tribunaux (27/02/1887) avec la représentation des auteurs de viols ou de viols collectifs commis par des accusés « étrangers » : du « sujet italien, ignoble personnage », des « sujets belges » faits d’« ignorants » ou encore d’« abrutis », habités par des « passions perverses »font régulièrement l’actualité, avec des appellations réductrices. La Gazette fabrique ainsi une « culture du crime » ce qui accroit son audience nationale, demeurée longtemps modeste à ses prémisses. L’historien Dominique Kalifa (1995 : 121) renforce ces constations en parlant de la presse de l’époque qui a tendance à plus dévoiler des affrontements violents quand ils sont commis par des étrangers, surtout s’il s’agit de rixes après des beuveries, entre ouvriers, entre Français et Italiens et aussi entre Italiens. Ce genre de stéréotypes semble avoir souvent visé les étrangers qui intègrent les classes sociales défavorisées, assimilées par la presse à des « barbares », des gens non civilisés, à des nouvelles « classes dangereuses ». Comme l’explicite l’historien Gérard Noiriel (1988 : 249) à la fin du 19ème siècle, s’il est vrai que les Italiens et les Belges ont été victimes d’une intense xénophobie surtout dans le monde ouvrier, il faut constater par ailleurs que les trois crises économiques modernes françaises (à la fin du 19ème siècle, et au 20ème siècle dans les années 1930 et à partir du milieu des années 1970) ont suscité autant de vagues de xénophobie contre de nouveaux migrants venus travailler. On comprend que la jeunesse française issue du monde ouvrier effraie et que ce ne sont plus désormais les ruraux ou les étrangers « migrants » des frontières françaises, mais les classes populaires et ouvrières qui tiennent « le rôle de la menace ».Le poids des mots est à prendre en considération dans un discours qui peut déboucher sur des polémiques sensibles comme l’ont illustré les faits divers discutés du 19ème siècle. Un travail d’analyse des formes discursives sur la représentation d’une population sociodémographique particulière est utile pour comprendre l’image des immigrés dits de première génération, puis de seconde génération, dans la presse écrite de la fin du 20ème siècle. Le traitement d’un sujet à polémique et les discours médiatiques qui en découlent sont particulièrement à considérer de manière prudente. C’est précisément le point sur lequel renseigne la chercheuse en Sciences de l’Information et de la Communication, Simone Bonnafous, avec son ouvrage L’immigration prise aux mots. Les immigrés dans la presse au tournant des années 80 (1991). Cette étude s’est intéressée aux attaques virulentes qui ont été émises à l’égard de populations originaires d’Afrique du Nord dans une partie intitulée « Extrême droite : de la théorisation à l’attaque » (1991 : 48-62). Elle montre notamment à partir d’exemples tirés de la presse comment reportages et enquêtes sur les faits divers peuvent s’organiser autour de récits décrivant l’horreur des crimes et délits commis par des immigrés. Ces derniers sont par ailleurs accusés par la presse d’extrême droite des années 50, Minute, d’être les violeurs de « nos » femmes. Pour exemple, le titre du reportage du 5 au 11 octobre 1977 : « Victime de quinze voyous, Brigitte est mutilée à jamais et pourtant… les VIOLEURS arabes sont EN LIBERTÉ ».

    Stigmates des générations dites de l’immigration

    A la fin du 20ème siècle et au début du 21ème siècle, l’histoire se répète encore et cette fois-ci pour la génération d’enfants nés en France, socio-politiquement appelée “seconde génération de l’immigration”. Les stigmates se pérennisent et se renouvellent toujours avec les crimes les plus abjects – tels le viol commis en réunion qui sera désormais appelé par la sphère médiatico-politique “tournantes” : on tournerait une femme, comme une activité ludique pornographique, comme dans un “gang bang”. Encore une fois, il s’agit d’un processus d’exploitation du « faits divers qui fait diversion » sur les malaises économiques du pays comme l’interroge en temps de délocalisations industrielles de masse, la thèse en Sciences de l’Information et de la Communication de 2010 « Traitements et interventions médiatiques autour des ʺtournantesʺ: du fait du divers à la question de l’immigration ? » (Saadaoui, 2010). Ce, dans un contexte où d’autres discours interfèrent, où les thèmes de la montée de l’insécurité et de la xénophobie sont prégnants au sein des débats qui accompagnent les campagnes électorales présidentielles de 2002. Le fait divers ciblé envers une population apparaît comme un élément supplémentaire déclencheur de « paniques morales » nationales — comme l’évoquait déjà pour les migrations françaises du 19ème siècle Gustave Lebon dans l’ouvrage pertinemment intitulé Psychologies des foules (1895). Le manque d’éducation et de repères de ladite première génération de l’immigration a souvent été un fer de lance pour expliquer les délits ou crimes commis en périphérie de la ville engendrant des peurs et psychoses. Nombreux sont les traitements médiatiques s’intéressant aux « enfants de l’immigration en déshérence » (Le Figaro, 05/11/2002).

    En 2002, durant l’année où la presse a le plus discuté de viols commis en réunion en tant que « tournantes », sur France 2 à une heure de grande écoute, ce sont 100 minutes pour convaincre qui sont attribuées à des personnalités politiques, invitées à réfléchir sur le climat social français, non pas en relation avec les préoccupations socio-économiques prioritaires des Français, mais en relation avec le thème de l’insécurité[4]. Aussi, le ministre de l’Intérieur en fonction, Nicolas Sarkozy, annonçait-il une volonté de politique de fermeté face aux « barbares » : « Quand, à dix, ils se mettent dans des tournantes, j’appelle ça des barbares qui commettent un crime. Il est temps d’employer le bon vocabulaire » dit-il sur le plateau de télévision. Dans cette optique, est-ce alors si surprenant de voir s’afficher sans précautions aucunes sur le site Internet du parti d’extrême droite Mouvement National Républicain, cette définition de la tournante :

    « Tournante : viol collectif d’ordre « initiatique », caractéristique des banlieues et des cités soumises à la loi des bandes ethniques […] ? Bien que difficile à évaluer en raison du silence des victimes qui craignent des représailles, le nombre de ces crimes odieux, qui frappent surtout des mineurs, serait selon tous les spécialistes, en hausse constante ».

    Nombreux sont les partis extrémistes et xénophobes qui vont s’approprier les discours sur les « tournantes » pour pointer des problèmes de civilisation parmi les auteurs de viols collectifs. D’autres sites Internet ouvertement islamophobes ne tarderont pas à faire le lien entre viols collectifs, immigration et religion, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Pour en arriver à la présence de tels propos sur la toile, il est intéressant d’observer le glissement de sens opéré du fait divers via le fait de société par le discours informatif.

    Encore une fois, sont moins médiatisées des informations touchant à « l’image de la France d’en haut ». Le procès relatif aux CRS parisiens écroués pour viol en réunion sur des prostituées étrangères (Le Figaro et Le Monde, 13/12/2003) ou encore celles de policiers lillois écroués pour viol en réunion (Le Figaro, 28/05/2002) sont plus occultés. Un procès d’excès de pouvoir est un tant soit peu médiatisé, à la suite d’un compte-rendu d’audience de quatre policiers en fonction à Albi, relatant les Assises évitées pour quatre gardiens de la paix, présumés auteurs de viols. La journaliste Françoise-Marie Santucci pour Libération (03/07/2002) racontait le drame de la victime, Laetitia, une jeune mère de 19 ans et la peine infligée aux auteurs : un simple sursis requis pour plusieurs viols commis entre décembre 1999 et janvier 2001. Un autre journaliste Stéphane Thepot (Le Monde du 04/07/2002) relate encore un propos de Maître Gaubert, avocat général, non sans interpeller de par la comparaison : « Ce n’était pas une « tournante » comme dans les cités, mais une « farandole » », affirme M. Gaubert, qui demande la confirmation des peines prononcées ». Si à travers ces compte-rendus d’audiences, les protagonistes diffèrent de ceux ciblés dans le traitement des tournantes, on remarque dans cette « affaire de farandole » un schéma de défense pour les auteurs présumés, qui est le même pour la plupart des présumés auteurs se défendant en arguant de l’argument du consentement de la victime, de l’absence de perception de la gravité des actes.

    Outre frontières, toujours en pleine crise économique de délocalisation industrielle, les représentations de l’immigration s’équivalent, avec encore une fois, une image salie de leur descendance. Si l’on se penche sur les presses francophones frontalières, belges ou suisses, le fils de l’immigré apparait tout aussi dangereux. En Belgique, pour le quotidien Le Soir, la faute est imputable à l’autre, à l’étranger, souvent à l’« Africain ». En témoigne, pour exemple l’article intitulé : « Justice – Arriéré judiciaire. Tribunaux paralysés faute de policiers (Le Soir du 18/05/05) » :

    « Du côté de la 54e chambre correctionnelle, en vue de donner la priorité qui s’impose à une grosse affaire de viol collectif, imputé à une bande de jeunes africains, la MAF (pour Mafia africaine), peu d’affaires avaient été fixées ».

    Sabine Pirolt pour la presse suisse L’hebdo (23/11/2007, pp. 76-82) consacrera un dossier consacré aux « tournantes de Suisse » intitulé : « Viols collectifs : demain, votre fille ? » Dans cet écrit, le traitement médiatique des viols commis par des étrangers en Suisse se rapproche d’articles de quotidiens de France ou encore de Belgique, à la différence près que les populations immigrées ou enfants d’immigrés visés sont souvent des étrangers des Balkans. Le traitement médiatique en Suisse et en Belgique, pour une partie de la seule presse francophone, révèle qu’il n’y a pas de frontières idéologiques pour le fait que la culture du pays d’origine puisse être stigmatisée dans le pays d’accueil. Le relai médiatique du viol s’impose encore une fois, sous l’angle de l’immigration, non seulement pour les immigrants mais aussi pour leur descendance, quand bien même ayant évoluées dans des valeurs d’égalité et de fraternité.

    En ce sens, le traitement médiatique des viols commis en réunion, dénommés « tournantes » au début du 21ème siècle révèle un processus d’intégration difficile des migrants dans l’histoire de la société française plutôt qu’un phénomène d’exclusion spécifique au temps présent.

    Prémisses de la caricature du « migrant méditerranéen » ?

    Que ce soit par le biais de l’image (cinéma, télévisions, illustrations de presse) ou du texte (articles, reportages, dossiers), on voit que les grands titres des presses quotidiennes nationales et régionales, des hebdomadaires alimentent généreusement, jusqu’à son paroxysme le phénomène de « panique morale ». Ce qui montre que des représentations sombres de l’immigration attribuée à une population particulière est un sujet important à étudier aujourd’hui encore. Si l’on prend l’exemple des médiatisées traversées des migrants venant d’Afrique pour rejoindre l’Europe par la méditerranée, les traitements journalistiques ont contribué à un climat de panique déjà durant les flux de circulation : du pathos, des discours plaignant le sort des « migrants » mais aussi des projections socio-économiques menaçantes pour le pays d’accueil.

    En termes de caricatures sur les crises des traversées des migrants dans le bassin méditerranéen, nombreuses ont été les parutions établies par Dilem, dessinateur de presse algérien[5] dont l’humour se lit dans la caricature entre cynisme, raillerie, ironie, sarcasme ou encore burlesque. Sous le titre « Migrants – L’Europe débordée » (Figure 1) répondent en chœur, les passagers dans une embarcation fortuite fortement remplie, « Pas plus que nous » (Liberté, 01/09/2015).  Un autre dessin, montre de nouveau une embarcation remplie en mer, avec en titre « 137 000 migrants ont déjà traverse la méditerranée en 2015 » (figure 2), et le mot des passagers : « c’est l’Afrixit ! » (TV5 Monde, 03/07/2015). Cela renvoie aux préoccupations financières du Brexit comparées à celles de citoyens d’Afrique – du Nord au Sud. Nombres de caricatures dénoncent en temps de révolution industrielle digitale, les conditions de vie des Africains quittant le continent vers un mieux-être économique telle politiquement parlant, le Royaume-Uni.

    Outre la traversée des migrants, ce sont aussi les arrivées qui sont caricaturées. Pour exemple celle où l’on voit arriver une embarcation pleine sur une plage où un gendarme français plante un panneau « STOP ». Et un passager de répondre : « …Et comment vous aller faire pour gagner la prochaine coupe du monde ? » (figure 3 – Liberté, 19/07/2018). Cette image dénonce une inhumanité face à une immigration économiquement choisie plutôt qu’une aide humanitaire ignorée.

    En ce qui concerne les arrivées d’Afrique, on peut voir deux hommes dans les eaux de mer en train de lever les bras et l’un crier « au secours ». Face à eux, un homme de la Croix Rouge avec une bouée à son bras, leur répondant « Désolé !… Je ne reconnais pas l’accent syrien ! » (figure 4, Liberté, 12/09/2015), supposant ainsi que la France ne semble que concernée par les Demandeurs de protection internationale que sont les Syriens expatriés. En ce sens, c’est l’hypocrisie de l’Europe et subséquemment des ONG qui financent des dispositifs plus politiques, qu’humanitaires qui est dépeinte. Dispositifs intéressés encore, comme l’illustrent encore les rixes européennes sur l’intérêt des opérations, face au nombre croissant de morts et disparus en mer entre 2011 et 2015.

    En 2013, le gouvernement italien et sa marine militaire, initient Mare Nostrum, opérations de sauvetage en mer face mais cette mesure sera supplantée fin 2014, par Triton, uneopération européenne sécuritaire – et non humanitaire – consistant à dissuader les citoyens en partance d’Afrique. Cette volonté de rejet s’est notamment soldée par des aides financières et des formations, hors de l’Espace Schengen, auprès de pays déstabilisés telle la Lybie[6]. Quand bien même l’immigration semble légale avec des flux d’immigration, elles ne semblent toujours pas bienvenues avec des arguments qui pousseraient à diriger une famille de migrants typée d’Afrique du Nord, dans une Europe des Balkans plutôt que dans une autre Europe, implicitement, une « Europe des Six »[7]. Ainsi ces pays que sont la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, la Roumanie et la Slovénie, désormais membres de l’Union européenne semblent tout autant être dépréciés et rejetés, telles que présentés (figure 5). En somme, une Europe de seconde zone, moins chère et plus accessible, comme des places de football pour des équipes nationales, vendues au noir devant des entrées de stade (TV5, 26/10/2015).

    Une caricature remarquée de Dilem s’intitule « Regroupement familial en Méditerranée » (figure 6, Liberté, 19/04/2015). On y distingue une maman et trois enfants, rejoindre au tréfonds de la mer, le papa noyé, allongé sur le ventre au milieu d’une faune et d’une flore vivantes, poissons, coquillage, étoile de mer, algues… La bulle du poisson « ?! » peut traduire une forme de questionnement candide, sur ces arrivées improbables dans leur environnement. Le dessin a été repris sur la page Facebook de la LICRA[8], entrainant ainsi de nombreux messages désobligeants, ce qui l’a contrainte à retirer le dessin. Pour l’hebdomadaire français Courrier de l’Atlas, le journaliste Nadir Dendoune s’est particulièrement intéressé en 2015, à cette caricature et à ses retours. Pour le journaliste, via le media social, de nombreux internautes se sont indignés « d’une liberté d’expression à géométrie variable régulièrement pointée du doigt ». Il cite notamment Sadia, un Sénégalais installé à Paris qui témoigne de cette charge de « deux poids deux mesures » qu’il ressent : « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde mais le problème est que tout le monde rit de nous ». Le journaliste cite encore, entre autres témoignages sur les injustices du monde vu par le dessin de presse, Fatou, une Marseillaise :

    « En 2015 on dessine encore les Noirs avec de grosses bouches rouges tel Tintin au Congo, c’est pathétique. Mais je ne pense pas que ce soit pour se moquer des migrants mais plutôt pour dénoncer ce qui se passe. Je ne pense pas que l’humour soit dirigé contre les Noirs. Mais, ils dénoncent plutôt les passeurs : ces vendeurs de morts. Ils dénoncent l’inertie de la communauté européenne et internationale. Bien sûr, c’est peut- être choquant mais c’est ce que je vois quand je regarde ce dessin ».

    Cette représentation de Dilem apparait sans doute aujourd’hui comme l’une des plus illustres dénonciations de ce qu’il se passe en Méditerranée ; comme une sonnette d’alarme pour « mettre en maux » une réalité plus qu’une fiction sur le quotidien de ce que l’on appelle dans le monde arabe les « harragas », des « brûleurs » – en ce sens brûleurs de frontières. Ahmed Ould Djemri Saadaoui, président de l’Amicale des Algériens en Europe à Nancy[9] faisant partie de la dite première génération de l’immigration économique française dans les années 50 témoigne de la perception des migrants dans l’actualité de ces crises du Bassin méditerranéen. Pour ses pairs, l’immigration était choisie et désirée par les pays nécessitant une immigration de travail. Cette génération sacrifiée dont traite le sociologue Abdelmalek Sayad (1999) a participé de surcroit, à l’économie de son pays depuis l’étranger. En somme, avec la même volonté que lesdits migrants contemporains, qui sont eux considérés comme des rejetés, indésirables mais participant pourtant à une économie transversale des deux côtes de la méditerranée. Pour lui, cette image de harragas traversant la mer parle beaucoup des sociétés d’où ils proviennent.

    « Il faut remarquer la contribution des harragas à la prise de conscience d’un mal être dans des pays, pourtant riches de ressources et riches d’une jeunesse motivée. Ces départs sont une fracture douloureuse pour la famille, mais aussi pour la patrie avec une fuite, un désarroi d’une jeunesse rêvant d’une société optimisée par leurs compétences. Elle n’en rêve plus devant une corruption que les gouvernements rendent “légale”, une oligarchie toute puissante, qui méprise son peuple en lui donnant des miettes… Des gouvernements encore plus gavés par des politiques et multinationales profitant des peuples et richesses africaines. Les départs des harragas montrent l’urgence à revoir les systèmes dits démocratiques. »

    Le politologue Cherif Dris, dans un article traitant des « Nouvelles figures de l’immigration. En France et en Méditerranée » (2008) interrogeait justement la place de la question migratoire dans les rapports euro-méditerranéens en mettant l’accent sur les paradoxes de la politique de l’UE en matière d’immigration. Désormais, l’intensification de la lutte contre l’immigration clandestine vire à l’obsession sécuritaire d’un côté ; détournement de la matière grise des pays du Sud de l’autre. Qu’il s’agisse d’immigration dite « choisie », « non subie » ou « concertée », le risque est le même : le maintien de ces pays dans une situation de dépendance et de sous-développement permanents. Au final, autour du bassin méditerranéen, les interventions médiatiques sur l’immigration ont fait beaucoup de vagues et le thème a été repris au niveau international. D’autres pays ont utilisé le fait divers et ont aussi connu des dérives médiatiques. Dès lors, il semble judicieux de relire l’historien Gérard Noiriel déjà en 1988 :

    « De tous les vieux pays d’immigration, la France est celui où les flux d’immigration ont toujours été le plus étroitement dépendants de l’état de marché au travail. C’est pourquoi, il y a ici un lien plus fort qu’ailleurs entre crise économique et xénophobie. En effet, dans les sociétés démocratiques, le rôle essentiel des porte-paroles est de nommer la crise, de désigner des responsables, de proposer des solutions. Chaque société nationale, compte tenu de ses traditions politiques propres, dispose d’un « stock » de formules stéréotypées, d’explications toutes faites, de boucs émissaires tout trouvés, qui sont mobilisés pour satisfaire les électeurs et que l’on retrouve dans la presse politique. »

    Pour Vincent Geisser, politologue dont les travaux se centrent dans la même période que ceux de Simone Bonnafous précédemment cités, ce type de représentations par la presse dans les années 90 sont des symptômes d’ethnicisation de boucs émissaires choisis pour des fins politiques nationalistes. Une trentaine d’années plus tard, à l’issue des élections européennes de 2019, ce sont soixante-treize eurodéputés d’extrême droite, menés par le Rassemblement national et la Ligue italienne qui ont annoncé la création du groupe parlementaire « Identité et démocratie (ID). Les chercheurs du réseau MiMed (Migrations en Méditerranée) d’Aix en Provence, Virginie Baby-Collin, Sophie Bouffier et Stéphane Mourlane ont pour objectif de croiser les disciplines de l’histoire, de l’archéologie, de la sociologie, de la géographie, des sciences politiques, etc. Leurs travaux rejoignent les conclusions de chercheurs pluridisciplinaires suscites, des sciences de l’Information et de la Communication, de l’Histoire, de la sociologie ou encore de la démographie : cela n’a pas de sens au regard de l’histoire de s’imaginer qu’on peut fermer les frontières et vivre entre soi. La vision du monde d’un chacun chez soi n’est certes pas nouvelle. Les discours de rejet se répètent au fil de l’histoire. Seules les populations changent quand chaque nouvelle génération de migrants est sempiternellement accusée de tous les vices. La répétition dans l’histoire de ces discours s’appuie sur l’idée que les migrants représentent une menace. Ils sont perçus comme des ennemis sur le plan politique, comme une source de troubles pour la société, comme une concurrence déloyale sur le marché du travail ou encore comme facteurs de dégénérescence culturelle. Les chercheurs du MiMed axent encore leurs travaux sur les migrations comme initiateurs de synergies menant à la création d’autres cultures enrichissantes à la fois pour les locaux et les migrants. Cela rejoint encore la réalité socio-démographique voulant qu’en plus de l’intégration de personnes à des cultures différentes de la leur, il y a aussi la construction de nouvelles identités profitables à tout un chacun. Et indubitablement, les exemples observés en Méditerranée ne sont qu’un concentré de ce qui se passe ailleurs dans le monde.

    Conclusion

    Si on remonte dans le temps, on voit que les migrations ont toujours apporté des richesses inégalables avec des échanges de cultures et de connaissances diverses. Le rejet du résident fixe, qu’elle que soit son origine ou son héritage géographique prévaut sur l’acceptation de sa quête d’un bien être. Une réflexion sur le rôle des médias comme miroir de certains discours est à approfondir : malgré une représentation très différente de la réalité du terrain, il peut s’opérer une véritable distorsion de réalité qui traduit le fonctionnement du paysage médiatique. Comment interpellent encore l’ l’historien Yvan Gastaut et le médiateur social Bruno Quemada dans l’ouvrage Migrations : quand les préjugés s’en mêlent (2007), trop de préjugés à travers l’histoire entrainent le rejet, la mise à l’écart via des images véhiculées par le cinéma, la presse, des lobbys extrémistes… Dans ce contexte, incontestablement, à quoi sert et quelle force a le droit ? Comment lutter efficacement contre les stigmates ? Aussi, pour mieux comprendre notre présent et la complexité de certains phénomènes que l’on pense uniques alors qu’ils se répètent de manière accablante, il est nécessaire de regarder vers le passé pour préconiser un retour sur la liberté de circulation. 

    Linda SAADAOUI – Dr. en Sciences de l’Information et de la Communication 

    Source : Colloque ABIDJAN 2019 / AMEDDIAS/CERCOM

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    Bibliographie

    Ouvrages

    Bonnafous S. (1991). L’immigration prise aux mots : les immigrés dans la presse au tournant des années 80. Paris, France. Éditions Kimé.

    Chesnais J.-C. (1981). Histoire de la violence en Occident de 1800 à nos jours. Paris, France : R. Laffont.

    Elias N. (1973). La civilisation des mœurs. Paris, France : Calmann-Lévy.

    Kalifa D. (1995). L’encre et le sang. Récits de crimes et société à la Belle Époque. Paris, France : Fayard.

    Lebon G. (1895). Psychologie des foules. Paris, France. Édition Félix Alcan, 9e édition, 1905.

    Lequin Y. (1983). Les villes et l’industrie. L’émergence d’une autre France. Paris, France : Armand Colin.

    Sayad A. (1999). La Double Absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré. Paris, France : Le Seuil, coll. « Liber ».

    Noiriel G. (1988). Le creuset français. Histoire de l’immigration, XIXè-XXè siècle. Paris, France : Le Seuil.

    Vigarello G. (1998). Histoire du viol XVIe- XXe siècle. Paris, Le seuil.

    Contributions de livres

    Saadaoui, L. (2009). « Perceptions psycho-sociologiques de l’immigration dans le traitement médiatique du fait divers « tournantes » ». Dans A. Cherqui & P. Hamman (dirs), Production et revendications d’identités, Éléments d’analyse sociologique (p. 117-131). Paris, France : L’Harmattan coll. Logiques sociales.

    Sayad A., (1997). « L’immigration et la « pensée d’État ». Réflexions sur la double peine ». Dans S. Palidda (dir.), La construction sociale de la déviance et de la criminalité parmi les immigrés en Europe (p.11-29). Luxembourg, Conseil de l’Europe, COST Migrations.

    Articles et publications scientifiques

    Dris C. (2008). La question migratoire dans les relations euro-méditerranéennes : entre intégration et obsession sécuritaire. Hommes et migrations, 1266, (3), 126-139.

    Gastaut Y., Quemada B. (2007). Migrations : quand les préjugés s’en mêlent. Migrations société, 19, (109), 27-206.

    Articles électroniques

    Dendoune, N. (2015) « Immigration. Une caricature de Dilem sur les naufragés provoque la colère des internautes », Le Courrier de l’Atlas, 25 avril 2015. Repéré à https://www.lecourrierdelatlas.com/immigration-une-caricature-de-dilem-sur-les-naufrages-provoque-la-colere-des-internautes–2933

    Bouffier S., Baby-Collin V. et Mourlane S., « Mister Geopolitix », EchoSciences Provence-Alpes-Côte d’Azur, 13 mai 2019. Repéré à https://orem.hypotheses.org/426

    Mémoires et thèses

    Geisser V., Ethnicité et politique dans la France des années 1990 : étude sur les élites politiques issues des migrations maghrébines (Thèse de doctorat). Université Aix-Marseille 3.

    Saadaoui, L. (2010). Traitements et interventions médiatiques autour des « tournantes » en France : du fait divers à la question de l’immigration ? (Thèse de doctorat). Ecole doctorale Perspectives Interculturelles : Ecrits, Médias, Espaces, Sociétés (PIEMES), Metz-Nancy, en partenariat avec Centre de Recherche sur les Médiations, Metz, France.


    Notes de bas de pages

    [1] Déchiffrer les viols dans nos sociétés, relevé d’un chiffre “gris”, c’est à dire indénombrable dans la mesure où aujourd’hui encore, nombreuses sont les victimes qui n’osent pas en parler.

    [2] Initialement La Gazette des tribunaux était destinée à un public de juristes, qu’elle perd à la fin du 19ème siècle pour s’approprier un lectorat de curieux, avides de sensationnel.

    [3] Se référer au Code pénal, 1810, article 333. Il est à noter que la loi de 1810 ne donnait pas la définition du viol, mais spécifiait seulement qu’il était passible de travaux forcés. C’est vers la jurisprudence (les décisions des juges) qu’il faut se tourner pour voir comment cette loi était appliquée. Par ailleurs, si La Gazette des Tribunaux mentionnait régulièrement la découverte des faits divers, elle évoquait plus rarement, le résultat des poursuites. Aucun commentaire ne s’attarde encore à leur particularité même si le code aggrave la peine, le « châtiment » pour leur violence extrême

    [4] Jean-Marie Le Pen, Élisabeth Guigou et Jean-Guy Talamoni à cette occasion discutaient des valeurs de tolérance de la République sur la question de l’immigration (09/12/2002).

    [5] Ali Dilem publie ses caricatures dans le quotidien algérien Liberté, dans l’émission de télévision Kiosque de TV5 Monde sur la chaîne francophone TV5, et dans l’hebdomadaire français Charlie Hebdo.

    [6] Par ailleurs, l’opération italienne Mare nostrum disposait de moyens plus conséquents contre moins d’un tiers pour TritonDes objectifs et un budget qui ne sont pas sans conséquence en termes de moyens humains. L’opération Triton, gérée par l’agence Frontex avec le concours de 18 états de l’espace Schengen qui fournissent des moyens techniques et humains. L’objectif des deux opérations diffèrent cependant. Mare nostrum était clairement affiche comme une mission de sauvetage des migrants en détresse. Ainsi, la zone de patrouille de la marine militaire italienne pouvait s’éloigner de ses côtes pour aller chercher les bateaux de migrants à la dérive dont une large majorité était dans une zone située proche des côtes libyennes. Alors que Triton relève avant tout de la protection des frontières de l’Union européenne. C’est pourquoi la zone de patrouille de Frontex se cantonne aux eaux territoriales italiennes loin de la majorité des naufrages.

    [7] L’expression Europe des Six désigne l’ensemble des États fondateurs de l’Union européenne, de 1951 à 1973 soit l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas.

    [8] La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, initialement nommée LICA pour Ligue internationale contre l’antisémitisme est une association née en 1928 pour combattre l’antisémitisme.

    [9] Entretien realisé a l’Amicale des Algériens en Europe de Nancy, le 26 mai 2019.

  • Ami Fidèle de Messali Hadj

    Hadj Omar Lachachi (1924-2020). Le nationaliste devant son bureau de la bibliothèque

    Messali Hadj (1898-1974)

    Le zaim nationaliste devant son bureau de travail

    Hadj Omar

    Malgré la différence d’âge, permets- moi, mon cher ami, Hadj Omar Lachachi, de te qualifier d’ami, très cher et aimable. Je sais que l’histoire et la mémoire sont les seuls témoins, après Allah, Celui qui t’a rappelé à Lui, la veille du 58ième anniversaire de l’indépendance nationale, celle qui a été demandée, exigée et rappelée par feu Sid El Hadj, en l’occurrence Messali Hadj (1898-1974), dont je n’ai pas eu l’honneur de rencontrer ou de le côtoyer puisque depuis ma naissance, il a été en France.

    Zaim et abou el haraka el wataniya

     A sa mort, en juin 1974, j’étais encore lycéen, donc j’étais dans l’impossibilité de partir en France pour le rencontrer. D’ailleurs, il faut le dire, j’étais encore très jeune pour comprendre la politique. Comme Sid El Hadj (1898-1974), tu es parti avec l’Algérie dans le cœur.

    Les bribes de l’histoire et de la mémoire de Sidi El Hadj me reviennent, de temps en temps, pour m’interroger et m’interpeller de cette tranche de vie, commune pour les uns comme pour les autres. Cette page d’histoire que je cherche à faire valoir pour la génération montante et celles de l’avenir qui m’interroge d’une part et m’interpelle de l’autre.

    Puis, nous revenons à Hadj Omar Lachachi, né le 14 mai 1924 à Tlemcen et décédé le 4 juillet 2020 à Tlemcen et enterré dans le cimetière de Sidi Snoussi où chaque année, il rassemblait les militants et les sympathisants, à la date d’anniversaire de la mort de Sid El Hadj : un recueillement sur la tombe du père du nationalisme algérien était annuel et collectif jusqu’à la dernière occasion, avant la pandémie du Covid-19.

    Feu Hadj Omar Lachachi accueillait personnellement tous les vieux militants et sympathisants chez lui ou dans la zaouia de ses ancêtres, venus pour le rendez – vous annuel de recueillement sur la tombe de Messali Hadj et célébrer l’anniversaire de sa disparition. Il est temps de signaler que son aïeul prenait en charge les travaux d’entretien des mosquées et des mausolées du hawz.

    Hadj Omar Lachachi a été l’un des fidèles militants aux côtés de Messali Hadj depuis son adhésion officielle, en 1947, au MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, alors créé en 1946). D’ailleurs, il gardait jalousement sa première carte d’adhésion. C’était une fierté pour lui, en la présentant à ses proches et ses invités dont je faisais partie. J’ai eu le plaisir de la revoir et de la contempler à plus d’une fois. Pour lui, cette carte est pleine d’histoire, de souvenirs et de mémoire.

    Hadj Omar

    J’écris cette lettre – hommage avec beaucoup de sentiments amicaux, des pleurs dans le cœur, puisque je ne suis pas encore guéri du deuil qui m’a secoué, il y a plus d’une année. Allah Yarhmek w yarham el omma el muslima. Permets – moi de te dire, bien que la phrase soit pour toi, post mortem, « tu as été la fierté de tes enfants, de tes frères et de ta famille, voire les personnes qui t’ont connu et côtoyé dans telle situation ou dans tel contexte. »

    Parfois, quelques circonstances pourrait témoigner de ton amabilité pour les gens qui venaient te voir à la maison et surtout de les accueillir dans ton bureau où l’histoire, la mémoire et les souvenirs se côtoyaient pour une meilleure compétition et surtout de faire valoir les enjeux de tes activités qui concurrençaient celles des universitaires, ces chercheurs avertis qui prennent en références tes bulletins de l’association, ACSPA, que tu publiais par tes propres moyens pour les distribuer gratuitement.

    Par passion, tu avais créé, en ce premier avril 1991, l’ACSPA (Association Culturelle pour la Sauvegarde du Patrimoine Andalous Maghrébin) pour faire valoir tes initiatives de noblesse et de considération. Son siège était chez toi, bien que tu ne recevais aucune subvention ni aide de quiconque. Tu prenais en charge tous les frais, sans distinction aucune.

    Il faut le noter : tu as rendu si belle la recherche, bien que tu sois un autodidacte, versé profondément dans la connaissance du passé révolu dont la mémoire est présente pour faire valoir ses moments de joie et de plaisir d’antan. Tu tenais à l’information, sans penser aux dépenses. D’ailleurs, la stèle, que tu avais réalisée, reste, pour l’histoire et la mémoire des régions de Achacha et de Tlemcen, l’une des plus belles œuvres de ton existence sur cette terre, bénie par le Tout Puissant et arrosée par le sang des martyrs, ceux qui sont tombés au champ d’honneur pour l’indépendance nationale.

    Hadj Omar

    Tu as été l’exemple dans la conduite et surtout dû faire valoir de l’histoire et de la mémoire de Tlemcen, ancienne capitale du Maghreb central. En effet, tu lui as consacré tout un ouvrage dont tu avais financé la recherche, les déplacements et l’impression chez des maisons d’édition privées. Tu avais illustré ce joyau par des cartes, des vieilles photos, etc. pour les passionnés et les profanes du riche passé de la région.

    Ces illustrations ont été d’un grand apport pour la mise en lumière de cette ville, Tlemcen décrite par des géographes, présentée par des grands poètes du hawzi et chantée par les grands interprètes de l’Andalou, cette musique ancestrale et patrimoine culturel immatériel qui rappelle l’Andalousie et ses provinces royales. Ces travaux, publiés, permettent aux universitaires d’avoir recours pour leurs recherches.

    Hadj Omar

     Je n’ai jamais connu des personnes si âgées, et si dynamiques que toi. Malgré ton âge avancé, tu te permettais d’aller chercher des documents pour nous les commenter, d’un verbe extraordinaire avec tant de sentiments et d’attaches à ce pays, indépendant depuis 58 ans. Les informations que tu avais récoltées, dans les archives ou lors de tes voyages en Espagne pour rappeler l’Andalousie musulmane. Tes relations de voyage méritaient tant de considérations mais la réduction de tes mobilités pourrait être la cause et la raison de ne pouvoir rassembler tes notes pour en faire, pour les générations futures, un témoignage qui aurait couvert presque un siècle dans le temps.

    Pour tes mémoires, de nombreuses informations demeurent éparses à travers les pages de tes publications, qu’ils soient les numéros du bulletin, l’ACSPA (Association Culturelle pour la Sauvegarde du Patrimoine Andalous Maghrébin) et les ouvrages que tu avais publiés, malgré les frais d’impression fortement lourdes financièrement et surtout tu les avais pris en charge, sans demander d’aide ni de financement.

    A mon sens, ces publications, entre bulletins et ouvrages, restent « sadaqa Djariya » pour toutes les générations. Ils demeurent, pour l’histoire et la mémoire, un témoignage d’une BA (Bonne Action) que Notre Allah valorise. Ces publications entrent dans le cadre de l’enrichissement des connaissances et du savoir de Tlemcen, ancienne capitale du Maghreb central. Elles sont venues augmenter les étagères de plusieurs bibliothèques, qu’elles soient publiques ou privées puisque la distribution était effective au niveau local, régional, national et international. Des exemplaires de tes œuvres seraient envoyés un peu partout dans le monde, comme par exemple l’Espagne, le pays de tes ancêtres.

     Je ne peux oublier l’arbre généalogique de toute la famille Lachachi que tu avais, pendant des années de recherche pour la réaliser et l’imprimer afin qu’elle soit mise à la disposition de la recherche scientifique et des profanes de l’histoire des familles de Tlemcen. Parmi les personnes, sages et cultivées, figurent quelques-uns de tes ancêtres, enterrés à ‘Ach-‘Acha et Mazouna, dans la région du Dahra.

    Hadj Omar

    J’ai eu de la chance de t’avoir connu et côtoyé grâce à ton fils, Mustapha, qui a bien voulu, un jour ; me faire un honneur d’un premier contact qui a été, à mon sens et mon avis, symbolique et surtout de grande importance pour la sympathie pour toi, développée en une amitié qui relie deux générations. Merci pour tout ce que tu avais fait, durant tes 96 ans. Que Dieu d’accueille dans son Paradis

    Dernier rassemblement organisé

     Comme chaque année, à la date anniversaire de la mort du père nationalisme algérien pour les uns et le zaim el wataniya, Messali Hadj (1898-1974), Hadj Omar Lachachi reçoit, dans le cadre d’un rassemblement annuel des militants, des fidèles et des sympathisants, du mouvement nationaliste algérien. Ces participants viennent de plusieurs villes et localités, à travers tout le territoire national. Cette photo représente la procession rituelle des nationalistes, fervents admirateurs du premier Secrétaire Général de l’Etoile Nord-Africaine, puis son président, avant d’être président fondateur du Parti du Peuple Algérien et du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, respectivement créé en 1937 et 1946

    Hadj Omar est parmi les vétérans du rassemblement annuel

    Source ; google.fr

    Les funérailles, identiques à celles de Messali Hadj

    Source : Mustapha Lachachi

    Source : Mustapha Lachachi

    • L’accompagnement du cortège funèbre par le poème de la Borda

    Source : google.fr

    • Salat dans l’enceinte du cimetière de Sidi Snoussi

    Source : Mustapha Lachachi

    • Hayt el djenaiz, mur des condoléances

    INNA LILLAHI WA ILAYHI RAJI’OUN

    Textes de Mustapha Guenaou suivi de témoignage de notre cher ami Hadj Abderrahim Benmansour

    « Hadj Omar !

    « Tu nous as quittés ce jour, la veille du 5 juillet, jour combien heureux pour toi qui aimais ton pays au-dessus de tout. Tu nous as quittés après une maladie, une maladie de vieillesse, somme toute naturelle, une vieillesse que tu as supportée comme une dernière jouvence.

    « Jusqu’à tes dernières limites, tu n’as cessé de revoir, de corriger les lignes pensées par toi, toi seul, mais dont la mise en forme était dévolue à d’autres, d’autres qui t’estimaient pour ta persévérance à répandre certaines vérités qui seraient tiennes, mais qui, en réalité appartiendraient à tous.

    « Tu savais par cœur tout ce que tu voulais transmettre. Combien de fois, ne nous sommes pas querellés à propos d’une phrase, d’une expression, et même d’un mot que tu tenais à remplacer, à ajouter parce qu’il te semblait plus fort, plus expressif dans un contexte expressif qui était le tien.

    « Combien tu tenais à transmettre à ceux qui ignoraient la langue étrangère, le contenu de tes pérégrinations intellectuelles historiques et culturelles.

    « Tu vouais un véritable culte à ta ville que tu as investie autant que Ibn Msaïb, à travers ses derbs, ses ruelles, ses anciens quartiers, ses ruines, ses bordjs, ses portes. Tu faisais des recherches auprès des anciens, des architectes, des entrepreneurs, de qui pouvait avoir une bribe à signaler. Tu as immortalisé des noms oubliés, des noms mis dans le sac des mémoires perdues.

    « Mais combien tu chérissais ta contrée d’origine, ses villes, ses savants, ses coutumes, sa gloire et ses malheurs. Tu as tellement remué les pierres et les écrits que tu es arrivé à retrouver les traces de tes ancêtres.

    « Ils sont, disais-tu avec quelque fierté, arrivés, fuyant l’infâme reconquista sur une felouque à la dérive, portés par ce courant marin qui pousse vers les régions de Ach’Acha où ils se sont fixés avant de fuir la cruauté d’un satrape turc.

    « Combien tu aimais raconter Grenade et ses splendeurs, ses coutumes et ses sciences qu’elle transmit à l’Europe que tu méprisais pour sa non-reconnaissance envers cette action bienfaitrice qui lui a permis de « se civiliser »

    « Tu as fini par ériger une stèle sur les lieux mêmes où tes ancêtres avaient retrouvé la terre ferme.

    « Combien tu aimais le père de la révolution du pays « le seul, affirmais-tu, Messali, qui prônais l’indépendance » et qui avait expliqué à cheikh Benbadis les dangers de l’assimilation avant le Congrès musulman tenu à Paris pour demander l’application du statut proposé par Blum-Violette. « Même cette plaisanterie, disais-tu, en plaisantant, ne fut pas retenue par les colons. »

    « Tu fus membre du parti avec carte d’adhésion à l’appui. Tu te présentas aux élections municipales du 2ième collège dans une liste avec des personnalités illustres de la société tlemcénienne nationaliste de l’époque.

    « Tu fus un authentique fils de ton pays dont tu défendais crânement l’honneur et la dignité, sans failles et sans reproches.

    « Cher ami ! Tu étais un exemplaire original d’une espèce d’hommes sincères et honnêtes qui n’agissaient pas pour leur intérêt mais pour l’intérêt de la communauté.

    « Puisse Dieu t’agréer avec « As-hâb al yamine » que tu aimais tant citer pour leur place privilégiée dans le monde de la Vérité

    « Rahimak Allah, ami Omar et Puisse Allah te compter parmi Ses élus.

  • Réflexion sur la Production cartographique dans les médias – Syrie

    par Jennifer CASAGRANDE, Dr. en Urbanisme et Géographie
    et Antonin GREGOIRE, Journaliste

    Les deux tendances  auxquelles sont confrontés les producteurs de cartes dans les médias : le biais idéologique et  une simplification à outrance : « one map to rule them all [1]»

    Les cartes sur la Syrie semblent devoir affronter deux ennemis majeurs : l’idéologie et un phénomène de « one map to rule them all », c’est à dire la tentation d’expliquer l’ensemble des aspects et enjeux des trois ans de guerre civile révolutionnaire syrienne en une seule carte.

    Le biais idéologique n’est pas nécessairement nuisible, surtout en contexte de guerre. Comme le dit Clausewitz à propos de l’information en temps de guerre : « Great part of the information obtained in war is contradictory, a still greater part is false, and by far the greatest part is of a doubtful character. », un phénomène passé dans le langage courant sous le concept de « brouillard de guerre ».[2]

    Clausewitz explique ainsi que la seule façon de solutionner le brouillard de guerre ou la friction du renseignement est de compter sur l’instinct et le jugement du commandant, seul capable, en utilisant des critères purement subjectifs, de décider quelle information croire et laquelle ignorer ou juger fausse. L’expert, le cartographe ou le journaliste n’ont donc pas nécessairement tort d’utiliser un biais idéologique (ou n’importe quel biais d’un autre type : tendance pro ou anti régime, focalisation confessionnelle, « islamisation »…), c’est même la seule manière de dégager une information claire du brouillard de guerre.

    Tant qu’une méthodologie rigoureuse ainsi qu’une précision sur les sources utilisées sont avancées avec la carte, il est possible de transformer ce biais idéologique en un atout d’information et de clarification.

    C’est par exemple en prenant compte de ce biais idéologique et en cherchant à l’équilibrer que France tv. Info  en vient à proposer une « explication en 5 cartes », permettant ainsi d’éviter l’obstacle de la carte unique en assumant l’obstacle idéologique.[3]

    Les cartes de France TV info permettent en quelques sortes d’amoindrir le biais idéologique en confrontant les diverses grilles de lectures. Une carte met en relation la contestation du régime et la répartition de la population (faisant apparaître les origines pacifiques du mouvement), une autre expose les positions militaires faisant apparaître la militarisation, une troisième expose les diverses communautés ce qui permet de restreindre la lecture confessionnelle à une carte unique, une autre encore expose les réfugiés et déplacés etc.

    La BBC reprend, quant à elle, une carte compilée par l’Institute for the Study of War mais prend le soin d’exposer la méthodologie utilisée par cet institut pour composer sa carte. Un élément intéressant pris en compte par l’ISW pour composer ses cartes est la tactique militaire utilisée par les forces en présences. Ainsi les « zones rebelles » peuvent être reprises très facilement par le gouvernement étant donné la tactique de retrait et de harcèlement employés par l’insurrection. En face, les zones du régime sont contrôlées par des positions fixes d’où l’armée bombarde les alentours mais sans effectuer de réelle offensive ou alors très coûteuses.

    Un autre défi qu’a tenté de relever l’ISW est la vérification d’information par le recoupement des incidents mentionnés dans des sources rebelles et gouvernementales. Selon les analystes d’ISW seulement un quart des incidents mentionnées ont pu être recoupés. Ce phénomène est une conséquence très directe du brouillard de guerre évoqué plus haut. Mais plus largement, c’est l’ensemble des données sur le Moyen-Orient qui souffre d’énormes lacunes depuis des dizaines d’années.

    « Conséquence de la pénurie de données sur les choix méthodologiques. L’absence de données complètes et fiables sur l’ANMO a conditionné non seulement le choix des sujets de la recherche en économie mais également celui des méthodes et instruments. La quantité et la qualité des données économiques se sont quelques peu améliorés récemment. Cependant la sophistication nouvelle mise dans la production et la présentation des données reflète uniquement le plus grand soin avec lequel les régimes en place tentent de manipuler les chiffres à des fins politiques précises. (…) l’image et les représentations officielles des questions économiques et sociales avancées par les chercheurs du courant dominant et les gouvernements en général sont critiquées depuis des décennies. (…) Les chercheurs disposant de suffisamment de temps, de soutien institutionnels (dans leur pays ou dans les pays étudiés) et d’autres ressources nécessaires tenteront de recueillir leurs propres données (…) A cet égard les entretiens dit d’experts (…) ont joué un rôle crucial. Toutefois ces entretiens posent un réel danger : ils donnent à un petit nombre d’experts connus qui disposent d’un capital relationnel fort une autorité extraordinaire en terme de pouvoir de définition et d’interprétation qui leur permet de dessiner la perception d’une communauté, de déterminer les priorités ou d’éliminer certains discours et questions. »[4]

    Le même phénomène s’applique aussi sur les autres domaines. Il est par exemple impossible de connaître avec précision l’origine (et l’acuité) des données sur la répartition confessionnelle ou ethnique voir même la datation précise de telles données, ce qui remet sérieusement en cause les cartes confessionnelles de la région du levant fournies comme explicatives du conflit actuel.

    La tendance au « one map to rule them all »[5]

     Max Fisher du Washington Post utilise une carte[6] produite par le Dr M. Izadi chef du programme Gulf 2000 project[7] de Columbia qui sert de source à de nombreux médias américains. Izadi demeure une référence en matière de carte communautaire et Max Fisher en reprend une sous le titre « the one map that shows why Syria is so complicated »

    Carte de la représentation ethnique du Levant employée par Max Fisher réalisée à partir des travaux de Dr Izadi (Gulf 2000project), 2013[8]

    L’article de Fisher, qui dissimule le biais idéologique sous une carte unique, révèle aussi le phénomène inverse de ce qui se produit avec francetv.info. Fisher utilise une carte unique (ethno-communautaro-confessionnelle à l’extrême) donc cède au principe du « one map to rule them all » , qui est précisément le titre de son article. Il tente ensuite de distinguer deux interprétations différentes de la carte « au delà des implications stratégiques concernant les zones où Assad est le plus fort (le long de la côte lourdement alaouite) et où il est faible (dans les régions Kurdes par exemple). »

    Fisher distingue alors le « cas Fareed Zakaria » qui considère que la guerre est une conséquence des divisions sectaires réunies par les puissances coloniales dans des frontières artificielles et que ce qui se passe est une inévitable réappropriation du pouvoir par la majorité confessionnelle (comme en Iraq « Lorsque les membres de la majorité chiite ont violemment repris le pouvoir à la minorité sunnite »).

    « L’autre façon de voir les choses, dit Fisher est de considérer la guerre d’abord et le conflit sectaire en second (…). Peut-être que ce qui se passe a commencé pour des raisons politiques (…) mais ce combat a eu pour cause une retraite des gens vers leur identité sectaire et leurs antagonisme et de rendre les vielles divisions plus profonde et plus vicieuses ».

    Dans aucun des cas n’est évoquée la possibilité que la lecture confessionnelle n’est pas la seule possible : soit le conflit est sectaire depuis le début soit il l’est devenu mais dans tous les cas, la carte unique a provoqué une lecture unique.

    Il semble que l’inverse soit aussi vrai : l’idéologie unique risque de provoquer la carte unique. Dans ce cas il ne s’agit pas tant d’idéologie que de la prédominance d’une information qui risque de provoquer la supériorité d’une grille de lecture par rapport aux autres, cette grille de lecture produisant sa carte unique pour s’appuyer.

    Ainsi, les cartes produites dans les médias dans le contexte d’une possible intervention militaire « occidentale » (Français, Britanniques et Américains d’abord puis juste Français et Américains) du 29 août (date de l’attaque chimique du régime sur la Ghouta) au 10 septembre (proposition Russe sur les armes chimiques acceptée par Obama) adoptent une grille de lecture unique : Les sites militaires qui pourraient être visés, les positions militaires du régime et des rebelles, les forces militaires, flottes et bases « occidentales » dans la zone…

    L’information, à ce moment, est tenue de parler d’intervention militaire et la carte suit en conséquence et ce, après des mois à tenter de produire des cartes explicatives du conflit global. C’est cette phase principalement qui est l’objet de la critique de Balanche qui cherche à dénoncer la production de cartes idéologiques, destinées selon lui à soutenir l’intervention et qu’il oppose à ses propres productions explicatives générales[9].

    Le phénomène de la domination d’une information sur la production de carte est aussi observable dans la phase qui suit directement la non-intervention. A partir du 10 septembre, l’idée qui semble dominer (de nouveau) est celle de la prédominance « islamiste » dans la rébellion. Cette information devient dominante sous l’effet conjugué de plusieurs facteurs. D’abord pour justifier et expliquer les hésitations de l’administration américaine[10], ensuite pour exprimer une interrogation qui est devenue partie intégrante du débat sur l’intervention militaire : quels sont les buts de l’intervention ? Ou, pour paraphraser Clausewitz, de quelle politique cette guerre est la continuation est-elle le moyen de continuation? La propagande du régime d’Assad a aussi fortement infiltré et manipulé le camp anti-interventionniste (comme nous l’avons montré précédemment dans un article) et a donc diffusé dans ces cercles l’idée que l’intervention va soutenir des rebelles majoritairement islamistes.

    Vient enfin, dans ce contexte, une étude du très sérieux IHS Jane’s qui affirme que les « islamistes » sont désormais majoritaires dans la rébellion. Cette étude a des visées politiques qui sont entièrement assumées : faire prendre conscience aux décideurs politiques qu’il est devenu impératif de soutenir la rébellion « modérée »[11]. Mais les chiffres de l’étude seront cependant repris pour étayer la thèse des rebelles islamistes et renforcent l’inaction et la peur de la révolution[12].

    Dans ce contexte, les cartes sont soumises à cette grille de lecture. Un des meilleurs exemples est l’article paru dans Libération de Jean-Pierre Perrin et Luc Mathieu avec la carte de Luc Mathieu et Cordélia Bonal[13]. La légende de la carte établit une distinction entre islamistes, djihadistes et salafistes sans qu’il soit possible, ni dans l’article ni dans la carte, de comprendre ce qui motive ces distinctions, ni quelles sont les définitions supposées. L’article qui traite du thème de l’islamisation de la rébellion fournit donc une carte de « la présence de la rébellion en Syrie » où le gris des « nationalistes (ASL et alliés) » s’équilibre difficilement avec le vert foncé, vert clair, et mauve des salafistes-islamistes-djihadistes et le jaune « Kurdes ».

    Un autre biais idéologique qui pèse sur la production de carte est le thème de la « division de l’opposition ». Ces divisions sont ainsi représentées sur les cartes mais les « zones gouvernementales » ou « contrôlées par le régime » sont systématiquement présentées comme unies. Les cartes fournissent alors la position des différentes brigades de l’opposition mais présentent le front gouvernemental comme uni sans aucune précision sur la position des différentes brigades, des combattants du Hezbollah ou des forces supplétives du régime (comme la brigade de combattants chiites al Fadl al Abbas ou la brigade Haidar al-Karar)[14].

    Un rapport de IISS[15] de Mars 2013 exposait ainsi les failles et divisions au sein de l’armée régulière, estimant qu’Assad ne pouvait compter que sur moins d’un quart de ses forces armées. Le recours aux auxiliaires étrangers (Hezbollah, Brigades irakiennes) et l’appel à la formation de milices d’autodéfense confessionnelles ainsi que le recours aux armes chimiques et aux missiles balistiques, semblent confirmer sur le terrain que les secteurs contrôlés par l’armée ne sont pas aussi unis qu’ils n’y paraissent sur les cartes.

    Principes de complexité, champ réservé de « l’expert »

    Dans le cas de la Syrie, quels paradigmes font loi dans la production de l’information cartographique ?

     En recherche, un objet d’étude est un construit social, tout comme la carte qui le représente, en particulier lorsque cette carte est thématique. Elle constitue une projection[16], donc n’est pas neutre. A travers la construction d’une carte, les choix de représentation de réalités sur le terrain sont projetés sur l’objet et représentent donc un acte sélectif voire déformant et réducteur. Cet acte traduit le système de pensée, de l’imaginaire de son auteur, formaté par son milieu social d’appartenance, c’est à dire son capital culturel. L’objet-carte ou l’objet d’étude ne se construit pas de manière neutre, il représente une projection de la réalité. (Bailly, 2010, Bourdieu, 2001).

    Le chercheur n’aborde pas un objet de recherche de la même manière en fonction des courants et de ses champs d’appartenance, une différence subsiste entre les écoles de pensée. Dans ce contexte, le chercheur doit se prémunir de présupposés théoriques et idéologiques. Ces courants peuvent influencer la démarche d’investigation ainsi que ses méthodes qui sont désignées par des présupposés de techniques d’investigation. Il s’agit là du principe de recherche mais qu’en est-il pour le principe de diffusion de l’information via les médias et leurs principaux acteurs les journalistes et chercheurs et experts médiatiques ?

    L’expérience continue d’être une étape essentielle dans la connaissance scientifique comme un critère de différenciation entre connaissance savante et connaissance commune. L’expérience ne sert pas à valider des hypothèses mais elle les met en cause.

    Le manque de données pertinentes accessibles et le refus de certains chercheurs de remettre en cause leur propre société d’origine devant l’état du terrain (attitude non réflexive) conduisent ce dernier à trouver des particularités locales pour justifier la non adaptabilité des paradigmes constituant son support théorique. Certains géographes et autres spécialistes se réclamant d’une pratique de la géopolitique du Moyen –Orient, excellent en la matière, ramenant systématiquement et de manière abusive l’explication des situations locales par le confessionnalisme et omettant ainsi, d’un point de vue sociologique les autres systèmes d’organisation structurant l’espace étudié (niveau d’éducation, niveau social, espérance de vie…).

    Cette démarche classificatoire relative à la géographie classique mise au service des projets coloniaux est visiblement toujours en vigueur pour justifier tout ce qui a trait au Moyen-Orient, voire à tout le monde arabe.

    « Les chercheurs tendent à conserver le paradigme avec lequel ils sont habitués à travailler, car sans lui, ils n’ont plus de base de travail, plus rien sur quoi s’appuyer. Il arrive néanmoins qu’un ensemble de résultats inattendus, incompatibles avec le paradigme, apparaissent. On commence par tenter malgré tout de leur trouver une explication, ou parfois de les ignorer provisoirement, en espérant que le problème se résoudra plus tard. Mais si de  telles anomalies s’accumulent, on commence à admettre que le paradigme est en crise, que ces modifications fondamentales sont nécessaires. Commence alors une période de remise en cause des fondements, période très différente de celle de science normale, qui peut éventuellement aboutir à l’abandon de l’ancien paradigme pour en adopter un autre fondamentalement différent » Benjamin Martolon Science humaine, N°67, 1996

    Les conditions de la production de la connaissance scientifique sont étroitement liées au rôle et à la place des intellectuels dans l’espace social. Dans le cas du Moyen-Orient, cette démarche tautologique est encore renforcée par le fait orientaliste que doit confronter tout chercheur.

    La situation de monopole théorique dérange. Pour le conformer à la réalité on ajoute d’autres modèles. C’est à dire des hypothèses ad hoc qui, à terme, affaiblissent le modèle initial. Ceci conduit à une critique du modèle hypothético déductif. Le relativisme absolu provoque un constat de perte de distance lors d’une étude d’une activité sociale à propos du point de vue du chercheur ayant le même socle social que l’activité elle-même, même rationalité que l’objet étudié. Une des principales failles des orientalistes, par exemple, concerne leur prétendue distanciation à l’égard de leur objet qui leur permettrait de prendre en considération les phénomènes « orientaux ».

    Les faits que nous observons contiennent des composantes idéologiques qui peuvent renvoyer à des anciennes théories dont nous n’avons plus conscience. Il est alors possible de parler de discontinuité scientifique.

    Comme le mentionnent divers chercheurs tels que Slaibi H[17]. ou encore  Izadi , les sources informatives confessionnelles relatives au Moyen-Orient proviennent essentiellement des études mandataires,  pour le cas de la Syrie antérieure à 1947. L’explication confessionnelle des évènements de 2013 basés sur des chiffres de l’entre-deux Guerres constituent un des meilleurs exemples de cette discontinuité. Il est inutile de rappeler qu’entre 1947 et aujourd’hui la configuration du pays a profondément changé. Néanmoins, Izadi demeure la référence pour de nombreux médias anglo-saxons qui utilisent ses cartes et celles du Gulf 2000 project  (Columbia University) pour expliquer la crise syrienne.

    Izadi révèle pourtant que ses données reposent pour une énorme part sur les chiffres fournis par les administrations coloniales françaises et britanniques qui cessent après la seconde guerre mondiale, sur les statistiques israéliennes qui ont suivi ainsi que sur les travaux ethnographiques soviétiques des années 60. Izadi indique que toute explication confessionnaliste succombe aux mêmes travers : « les écrivains modernes retombent invariablement sur ces sources pour leurs propres estimations sur l’actuelle démographie culturelle. En prenant ces chiffres comme base, ils essayent ensuite de faire des hypothèses avisées (educated guess) pour les chiffres actuels ».

    Izadi va même plus loin en expliquant qu’à part les autorités coloniales et Israel, « les autres dans la zone ont soit évité de produire de nouvelles statistiques (exemple le Liban), soit simplement diffusé des chiffres rudimentaires ou biaisés de façon évidente. [exemple la Syrie]».

    La complexité moyen-orientale créant un champ réservé pour l’expert orientaliste, il devient très difficile de laisser s’exprimer un autre type d’experts qui donneraient une autre vision des choses. Certains  experts  orientalistes utilisent le conflit en Syrie pour s’autoproclamer expert en stratégie militaire sans bénéficier des notions de bases et des théories et débats en cours dans la science militaire. L’insurrection et la contre-insurrection[18], lorsque ces termes sont employés pour expliciter la guerre en Syrie, impliquent de parler des caractéristiques topographiques, des connaissances en matière de guérilla urbaine, de connaître les débats théoriques sur la doctrine de contre-insurrection.

    Dans ce travail de cartographie de la révolution en Syrie, certains médias ou instituts prennent la peine de solliciter un fond de carte à l’échelle de la Syrie  sur base d’image satellite (Google ou autre) où transparaît le relief. Toutefois, ces caractéristiques topographiques ne sont jamais mises en exergue. Bien que ces « cartes » médiatiques soient produites dans leur majeure partie par des infographistes et non des ingénieurs GIS (geographic information system), l’absence de cette donnée pourtant fondamentale dans toute stratégie militaire est surprenante.  D’autant plus que bon nombre de modèles numériques de terrain sont disponibles sur le web. Ils se trouvent par exemple sur ce site http://www.galantis.com/maps/files/2012/08/Digital-Models-of-Syria.jpg. Les cartes des troupes du Levant sont aussi consultables entre autre lieu à la cartothèque Paris 8[19]

    Les caractéristiques topographiques mériteraient davantage d’attention et de détails dans les représentations mentionnant les positions et stratégies militaires. Par exemple les tactiques de guérilla en milieu urbain et en zone montagneuse sont très différentes. En dehors des routes, les zones névralgiques, goulots d’étranglement ne sont que peu énumérés. Revient ici le problème de terminologie de stratégie militaire employée par l’expert médiatique qui ne la maîtrise pas.

    Outre l’absence de corrélation entre les évènements et la topographie du lieu, s’ajoute celui de l’omission du principe diachronique.

    Dans le cas d’un conflit, il s’agit d’une série d’évènements représentant un processus, soit un principe dynamique et non figé. Or ce processus semble avoir été oublié à tel point que paraissent des « cartes » ou représentations infographiques tentant de résumer trois années de conflit en une seule illustration. C’est ici qu’apparait le principe du « one map to rule them all ».

    En ce qui concerne les cartes employées, censées rendre compte et synthétiser ces évènements à un instant « T », certaines cartes précisent qu’il s’agit d’évènement ponctuel. Par contre quand il s’agit d’évolution aucun gradient quant à l’expansion des dynamiques n’apparait. Tout mouvement semble réduit à un seul moment qui est figé.

    Ce phénomène peut être expliqué par le manque de données actualisées (aussi bien journalistique que scientifique), ainsi que par l’impossibilité pour les medias et/ou chercheurs d’actualiser leurs sources dû à la nature de leur objet d’investigation (état d’instabilité en Syrie).

    Schéma représentant la Dynamique du « one map to rule them all », Réalisation Casagrande Jennifer, Novembre 2013

    Malgré la mise en place de nouvelles techniques d’obtention des données à grande échelle, telle que la télédétection (aux débouchées diverses :densité de population, qualité de vie…)[20] de plus en plus employée par des chercheurs[21] et bureau d’études pour étudier les pays en voie de développement, celle-ci ne permet pas de remplacer des enquêtes de terrain et recensement exhaustif… Cette absence de données exhaustives actualisées force les chercheurs à recourir aux autorités dictatoriales corrompues et servant de relais de propagande pour l’obtention des données des plus douteuses. Faute de données fiables et diachroniques, il est compréhensible que les chercheurs soient désorientés et tentés de cristalliser une dynamique formalisée en un fait figé durant les périodes de paix (comprise à tort comme des périodes de « stabilité »). Chez les journalistes, la tendance est plus à la fixation d’une guerre perpétuelle moyen-orientale (depuis la guerre du Liban jusqu’à nos jours, les images de guerre et de violence n’ont cessé de se succéder). Pour ce qui est des périodes de guerre, la réflexion se complique d’autant plus que l’accessibilité aux données est davantage amenuisée par la mutation rapide du phénomène étudié et ses conditions d’investigation, ce qui nous renvoie au principe du brouillard de guerre précédemment cité.

    Dès lors, il est possible de questionner les compétences des experts, qui selon eux sont seuls capables de rendre compte de la complexité du phénomène en l’inscrivant sur une représentation assimilable à une carte. Outre le fait que les principes de représentations cartographiques en dehors de la forme de base ( à savoir échelle, géoréférencement, flèche du nord, légende et titre) soient relativement respectés, le contenu peine à retranscrire de manière pertinente les faits. L’objet carte, qui se veut la description d’un phénomène ou d’un fait, peut s’exprimer à travers une multitude de choix de signes d’expression. Elle consiste en la formulation d’un modèle d’analyse.

    A travers ces exemples, c’est un discours à cheval entre les principes déterministe et possibiliste qui semble prévaloir. En d’autres termes, la situation décrite à travers ce discours ne dispose pas de variante possible. Elle demeure la seule explication admissible d’après le modèle d’expression employé. Phénomène clairement illustré par l’usage du confessionnalisme comme facteur déterminant la structuration de la société syrienne et les enjeux du conflit[22].

    Complexité certes, mais laquelle ? Serait-ce celle des fonctionnalistes, des structuralistes, des systémistes …? Le mode d’interprétation est bien distinct entre ces courants.

    En conclusion, il semble qu’une cartographie la plus précise possible sur le conflit syrien doive prendre en compte les éléments suivants :

    • Un biais idéologique reconnu et assumé assorti d’une analyse réflexive. La seule solution au brouillard de guerre clausewitzien est l’instinct du commandant, le biais idéologique n’est donc pas nuisible en soi tant qu’il est reconnu et assorti d’une méthodologie réflexive.
    • La série de carte plutôt que la carte unique.
    • La prise en compte de la science militaire lors du traitement de l’aspect militaire de l’insurrection. Distinguer les différentes brigades de l’opposition impose de faire la même chose pour les brigades du régime. L’intégration des données topographique est aussi indispensable dans la prise en compte des données militaires (la guérilla est favorisée par les zones montagneuse ou de jungle)
    • La prise en compte du contexte médiatique au moment où la carte est réalisée : le débat porte-il sur une possible intervention ? Sur la présence d’armes chimiques ? Sur l’islamisation de l’insurrection ?
    • La question des échelles de grandeur et de temporalité : lorsque l’information porte sur une bataille précise ou sur un contexte local ou à l’échelle d’une ville, la carte (ou l’une des cartes) doit s’adapter à ces échelles[23]. Lorsque la représentation cartographique porte sur les trois ans de guerre, elle doit tenir compte des différentes phases du conflit.

    En définitive en ce qui concerne la Syrie, le questionnement principal qui ressort par les modèles de représentations cartographiques est de savoir quel modèle d’analyse les interlocuteurs tentent d’exprimer, que veut-on renseigner sur la Syrie, quelles « réalités », quels en sont les commanditaires ?


    [1] Pour une référence triviale au seigneur des anneaux « one ring to rule them all »

    [2] Clausewitz, 2008

    [3] http://www.francetvinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/syrie-deux-ans-de-conflit-en-cinq-cartes_281371.html

    [4]Kienle 2010

    [6] http://www.washingtonpost.com/blogs/worldviews/wp/2013/08/27/the-one-map-that-shows-why-syria-is-so-complicated/   Max Fisher August 27 at 12:28 pm

    [8] http://gulf2000.columbia.edu/images/maps/Levant_Ethnicity_sm.png

    [9]     Balanche, L’insurrection syrienne et la guerre des cartes, OrientXXI, 24/10/2013

    [10]   Obama’s uncertain path amid Syria bloodshed, New York Times, 10/23/2013

    [11]    « Because of the Islamist make up of such a large proportion of the opposition, the fear is that if the West doesn’t play its cards right, it will end up pushing these people away from the people we are backing, » he said. « If the West looks as though it is not interested in removing Assad, moderate Islamists are also likely to be pushed further towards extremists. » explique Charles Lister, auteur de l’étude
    http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/middleeast/syria/10311007/Syria-nearly-half-rebel-fighters-are-jihadists-or-hardline-Islamists-says-IHS-Janes-report.html

    [12]    Un phénomène bien connu du monde du renseignement : les rapports peuvent être parfois artificiellement gonflé pour des raisons politiques comme le furent les notes sur l’armée allemande fournies par les service de renseignement français dans les années 30. Les services gonflaient les chiffres afin d’obtenir d’avantage de budget mais cette situation a servi à convaincre les ministres et le gouvernement de ne pas réagir face à l’occupation de la Tchekoslovakie et à la remilitarisation de la Rhénanie par Hitler. Voir « Czechoslovakia at the Time of ‘Munich’: The Military Situation » Katriel Ben-Arie Source: Journal of Contemporary History, Vol. 25, No. 4 (Oct., 1990), pp. 431-446

    [13]http://www.liberation.fr/monde/2013/09/27/la-rebellion-syrienne-phagocytee-par-le-jihad_935338

    [14]Des divisions, voire des conflits armés, apparaissent aussi entre ces forces supplétives http://www.reuters.com/article/2013/06/19/us-iraq-syria-militants-idUSBRE95I0ZA20130619

    [15]http://defense-update.com/20130317_iiss-less-than-a-quarter-of-the-syrian-army-remain-loyal-to-assad.html

    [16]            « La contrainte du respect des positions relatives ne paraît pas tenable théoriquement, puisqu’on le sait, tout système de projection déforme les distances, les surfaces ou les angles. La carte résulte d’une transposition de nature analogique dont les projections classiques ne forment qu’un cas particulier. […]. On ne doit pas perdre de vue la fonction de la carte, qui est de faciliter la compréhension spatiale des objets, concepts, processus ou événements dans le monde humain »  Palsky (2004)

    [17] SLAIBI H. 2009, La recherche sociologique dans le monde arabe, thèse de doctorat, Université de Metz, TREPOS J-Y. dir

    [18] DORRONSORO G. OLSSON C., POUYE R., 2009, Sociologie de la contre-insurrection : dynamiques sociales de la nuisance et de l’opposition à l’action de l’Etat, Centre d’études sur les conflits. www.défense.gouv.fr ainsi que toute la bibliographie allant de la France en Algérie aux redéfinitions de la COIN en Afghanistan.

    [19] http://geographie.ipt.univ-paris8.fr/rubriks/carto/cartorub/cartes/numeriquerecherchepays.php?cpt=12&saisie1=&res=28

    [20] GADAL, 2008

    [21] TRAN, 2007

    [22] Bailly, Ferras 2010

    [23]    Un exemple de bonne pratique dans ce domaine se retrouve dans le travail de Hisham Ashkar http://hishamashkar.com/page/motives-behind-chemical-strikes-theory-rebel-advance

    Dernière actualisation : décembre 2013